Un médecin spécialiste expérimenté jouissant d'une réputation internationale, qui s'est surtout fait un nom en tant que directeur du Centre oncologique des cliniques Maria Hilf de Mönchengladbach : voici le professeur Ullrich Graeven, docteur en médecine. Le médecin-chef du service d’hématologie, d’oncologie et de gastro-entérologie est considéré comme une véritable sommité en oncologie interne. Son centre oncologique a ainsi été certifié par la Société allemande du cancer. Cela prouve qu’il répond pleinement aux exigences techniques élevées et aux critères de qualité de la société. Le professeur Graeven s’est entretenu avec Leading Medicine Guide au sujet des carcinomes colorectaux – communément appelés « cancer de l’intestin ». Et c’est précisément le cancer de l’intestin qui constitue l’une des spécialités phares de ce médecin de renom.

Leading Medicine Guide : Professeur Graeven, nous, profanes, ignorons totalement que l’intérieur de l’intestin peut offrir un spectacle tout à fait esthétique : rose, brillant, façonné par les anneaux musculaires comme une sculpture intéressante.
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : C'est vrai. Lors d’une coloscopie, nous avons vraiment l’occasion de voir, si l’on peut dire, un bel organe. Et autre chose d’intéressant : l’intestin reste d’une beauté intemporelle, il a exactement le même aspect chez une personne âgée que chez une personne jeune – c’est l’un des rares organes qui ne montre pratiquement aucun signe de vieillissement.
Leading Medicine Guide : Et c’est un organe pour lequel les examens de dépistage peuvent vraiment aider à prévenir un cancer ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : Oui, c'est exact. Dans tous les autres examens de dépistage, on détecte un cancer à un stade précoce ; lors de la coloscopie, nous détectons le stade précurseur du cancer. Ces précurseurs sont ce qu'on appelle les polypes intestinaux. Ils sont en principe bénins, mais ils peuvent évoluer au bout d’un certain temps en une tumeur maligne. C’est la raison pour laquelle, lors d’une coloscopie, nous retirons tous les polypes détectés. On les reconnaît généralement bien, car ils se distinguent de la muqueuse intestinale normale. Le coloscope, l'appareil avec lequel nous effectuons l'examen, comporte, outre la caméra et l'éclairage, un petit canal de travail par lequel de petits instruments peuvent être introduits, ce qui permet d'ablater les polypes, par exemple à l'aide d'une boucle électrique, ou de les retirer simplement à l'aide d'une petite pince. Une fois retirés, les polypes ne peuvent plus se transformer en tumeur ; c'est pourquoi une coloscopie de dépistage permet de réduire presque à zéro le risque personnel de développer un cancer colorectal.

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On peut donc affirmer que la coloscopie, utilisée à des fins de dépistage, contribue réellement à prévenir le cancer. Dans tous les autres examens de dépistage, il s’agit souvent de détecter une tumeur maligne à un stade précoce afin d’avoir de meilleures chances de guérison. Comme je l'ai dit, la coloscopie permet d'éliminer les stades précurseurs de la tumeur, et le cancer n'apparaît tout simplement pas. Je ne peux donc que conseiller à tout le monde de profiter de ce dépistage, qui est réglementé par la loi et entièrement pris en charge par les caisses d'assurance maladie publiques.
Leading Medicine Guide : Pourquoi faut-il se contenter d’une coloscopie de dépistage tous les dix ans ? Comment s’explique cet intervalle aussi long ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : La durée de cet intervalle s'explique par le fait que des études ont montré qu'il faut un laps de temps correspondant pour qu'un polype bénin se transforme en tumeur maligne. Nous disposons donc de suffisamment de temps, grâce aux examens de dépistage et aux intervalles prévus, pour interrompre le développement de la tumeur.
Leading Medicine Guide : Existe-t-il des facteurs qui favorisent la croissance des carcinomes ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : Il n’y a pas de cause monocausale, mais nous connaissons une série de facteurs qui jouent un rôle ici. Chez quelques patients, il existe une prédisposition génétique. Pour la majorité d’entre eux, c’est la combinaison de différents facteurs, par exemple une alimentation pauvre en fibres, une consommation importante de viande rouge ; de plus, le tabagisme, le manque d’activité physique, le surpoids et l’alcool contribuent au développement des carcinomes du côlon. Comme bon nombre de ces facteurs font partie de notre mode de vie occidental, il est difficile de prévenir efficacement cette maladie uniquement par des changements de mode de vie. C'est pourquoi le dépistage du cancer colorectal revêt une telle importance, car il nous offre justement la possibilité d'éliminer efficacement les polypes qui se sont formés.

Leading Medicine Guide : Si tel est le cas, à quoi ressemble généralement le traitement ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : Le traitement d’un cancer du côlon se compose, selon le stade et l’étendue de la maladie, de différents éléments, si l’on peut dire. Il y a d’une part la chirurgie, la radiothérapie ou encore la chimiothérapie médicamenteuse. Aux stades précoces, l’objectif est toujours l’intervention chirurgicale, qui permet de créer les conditions nécessaires à la guérison chez un grand nombre de patients. Toutes les formes de traitement ont également connu des progrès ces dernières années, qu'il s'agisse de l'optimisation de la radiothérapie, de la chirurgie laparoscopique ou, plus récemment, de la chirurgie robotique. Dans le domaine de la thérapie médicamenteuse, de nouveaux médicaments ont fait leur apparition ces dernières années, ce qui a également permis d'améliorer les résultats thérapeutiques. Dans le cas des tumeurs du rectum, c'est-à-dire des derniers centimètres de l'intestin, on recourt souvent à une combinaison de toutes les thérapies et il peut être nécessaire, dans certains cas, de procéder à une radiothérapie et à une chimiothérapie avant une opération prévue, afin d'améliorer le résultat thérapeutique et les chances de guérison. Pour les patients atteints d'un cancer du côlon, un traitement adjuvant est nécessaire dans certaines situations après l'opération, ce qui contribue à réduire le risque de métastases ; là aussi, des progrès significatifs ont été réalisés ces dernières années et nous savons aujourd’hui que, chez un grand nombre de patients, une chimiothérapie adjuvante de trois mois est tout aussi efficace que le traitement adjuvant de six mois, qui était auparavant considéré comme la norme. Aux cliniques Maria Hilf de Mönchengladbach, nous participons également en permanence à des études nationales et internationales afin d’améliorer les différents aspects du traitement.
Leading Medicine Guide : Qu'en est-il de l'immunothérapie dans le cancer du côlon ou le cancer colorectal, comme on l'appelle généralement ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : Les immunothérapies ont profondément transformé le domaine de l'oncologie. Auparavant, on pensait qu’il fallait activer le système immunitaire pour qu’il puisse lui-même lutter contre les cellules malignes. Mais nous savons désormais qu’un grand nombre de cellules cancéreuses ont la capacité de se camoufler de telle sorte qu’un système immunitaire par ailleurs actif ne les reconnaît plus. Les connaissances scientifiques acquises sur ces processus ont conduit à la mise au point de médicaments appelés « inhibiteurs de points de contrôle », administrés par perfusion, qui permettent en quelque sorte de retirer le voile de camouflage des cellules tumorales, permettant ainsi au système immunitaire de les reconnaître à nouveau et de les combattre efficacement. Cette « immunothérapie » a depuis été utilisée avec succès pour de nombreux types de tumeurs. Dans le cas du cancer du côlon, nous savons que des progrès doivent encore être réalisés, car seule une petite proportion de patients bénéficie actuellement de l’immunothérapie. La condition préalable est une modification génétique spécifique de la tumeur, appelée instabilité des microsatellites, dont la présence permet d’espérer une bonne réponse à l’immunothérapie. En revanche, chez les patients dont la tumeur ne présente pas cette caractéristique, l’immunothérapie n’est pas encore efficace.
Leading Medicine Guide : Pourriez-vous décrire plus en détail, de manière compréhensible pour le profane, l'état actuel des connaissances en matière d'immunothérapies pour le cancer du côlon ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : Grâce à la biologie moléculaire et à la biologie tumorale, nos connaissances sur les tumeurs ne cessent de s’enrichir et, sur la base de ces découvertes, nous avons réussi ces dernières années à développer sans cesse de nouveaux concepts thérapeutiques destinés à des groupes de patients ciblés. L'instabilité des microsatellites, mentionnée plus haut, en est un exemple : il s'agit de modifications du génome des tumeurs qui entraînent une augmentation des mutations dans les tissus. Ces tumeurs présentent alors un taux de mutation nettement plus élevé et répondent mieux à l'immunothérapie par inhibiteurs de points de contrôle.
Leading Medicine Guide : Parlons brièvement de la prévention. Peut-on prévenir le cancer colorectal grâce à son mode de vie ? Quel rôle joue l’aspirine dans ce contexte ?
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : J'ai déjà mentionné au début les facteurs pouvant favoriser l'apparition du cancer colorectal. Si l'on examine ces facteurs de près, il s'agit en fait des mêmes recommandations de changement de mode de vie que celles qu'un cardiologue donnerait pour éviter les maladies cardiovasculaires, et ce sont certainement des conseils de base qu'il convient d'intégrer autant que possible dans son mode de vie. Il n'existe pas d'autres mesures médicamenteuses de prévention. L'efficacité de l'AAS (acide acétylsalicylique) a toujours été rapportée ; on observe ici également un certain effet sur la croissance des polypes. Néanmoins, aucune recommandation n'a été formulée à ce jour en faveur de l'utilisation systématique de l'AAS à titre préventif, car les effets secondaires potentiels, notamment les saignements, l'emportent sur les bénéfices.
Leading Medicine Guide : Si la préparation à la coloscopie consistant à boire ces laxatifs n'était pas aussi désagréable, on serait peut-être plus enclin à se faire examiner.
Prof. Dr méd. Ullrich Graeven : Oui, malheureusement, les mesures laxatives sont incontournables, car en tant qu'examinateurs, nous devons avoir une vue dégagée sur l'intestin. C'est la seule façon de détecter et d'exciser même les plus petits polypes, et ainsi de garantir la sécurité nécessaire de l'examen. Mais la gêne occasionnée par les mesures laxatives varie aussi beaucoup d’une personne à l’autre. L’examen lui-même est généralement réalisé sous sédation légère, de sorte que les patients ne ressentent en réalité rien de désagréable pendant l’examen et peuvent rentrer chez eux avec le sentiment rassurant qu’aucun danger ne menace leur intestin.

Leading Medicine Guide : Monsieur le professeur Graeven, nous vous remercions chaleureusement pour ces aperçus intéressants et instructifs sur votre travail.
Si vous souhaitez contacter directement ce spécialiste renommé, vous pouvez le faire via sa page de profil sur le Leading Medicine Guide.
