Le terme « systémique » désigne une approche globale. En psychologie, cela signifie que l'on ne se concentre pas uniquement sur la personne souffrant d'un trouble psychique, mais aussi sur son environnement relationnel, c'est-à-dire les relations au sein de la famille ainsi que dans le milieu professionnel et le cercle d'amis.
La psychosomatique (du grec : « psyche » signifie âme ou esprit, « soma » signifie corps), qui s’intéresse aux effets de l’état psychique sur le corps, y est étroitement liée. Le contraire de la psychosomatique est la somatopsychologie (effets du corps sur l'esprit).
La thérapie systémique et la psychosomatique constituent donc une forme de psychothérapie qui traite les troubles et maladies sociaux, psychiques ou somatiques ayant des répercussions sur le patient, sa famille et ses relations. La thérapie systémique s'appuie sur les relations systémiques au sein d'un groupe pour établir le diagnostic et traiter les maladies psychiques et les conflits interpersonnels.
Définition : thérapie systémique
La thérapie systémique et la psychosomatique constituent une forme de diagnostic et de traitement interactive et axée sur le processus. Elles sont utilisées dans le cas de maladies circulaires, c'est-à-dire liées à des boucles de régulation.
Du point de vue de la thérapie systémique, les interactions psychosomatiques naturelles (c'est-à-dire entre l'esprit et le corps) s'opèrent par le biais de l'information, de l'interaction, de la rétroaction et de l'autorégulation. Parallèlement, tout traitement médical a, volontairement ou non, un effet sur l'expérience consciente et inconsciente d'une personne, ainsi que sur ses processus somatiques (physiques) et son comportement social.
La thérapie systémique et la psychosomatique se caractérisent également par le fait qu'elles
- sociale,
- psychiques ou
- somatique
qui ont des répercussions sur le patient, sa famille et ses relations. Elle intègre ainsi les relations sociales, l’esprit et le corps dans une thérapie impliquant le patient, sa famille et la société ; elle favorise en outre la collaboration avec les institutions sociales et médicales.
Objectif de la thérapie systémique
La thérapie systémique ne vise pas seulement un diagnostic ou un traitement linéaire (unilatéral), par exemple du corps. Parallèlement à cela, elle prend en compte et active l'auto-organisation du psychisme et du corps, y compris d'un point de vue écologique. Sur le plan diagnostique, cela est possible grâce à une approche tenant compte de l'environnement, de la famille et de la médecine sociale.
Sur le plan thérapeutique, cela se fait par des impulsions psychosomatiques ou somatopsychiques guidées et des interventions thérapeutiques ayant un effet rétroactif correspondant. Sur le plan associatif, cela se fait par l'activation de la mémoire et l'élaboration de constructions psychiques stables.
En résumé, les traitements systémiques dans le cadre de la thérapie systémique permettent des processus de guérison à la fois au niveau psychosomatique et somatopsychique.
Les trois principes de la thérapie systémique
L'application des perspectives systémiques et des techniques d'intervention aux domaines de la médecine et aux structures des soins de santé repose sur trois principes :
- Intégration des facteurs psychiques et physiques dans le diagnostic et la thérapie
- Collaboration entre le thérapeute, le patient et la famille
- Intégration de spécialistes issus de la médecine, de la psychologie, de la pédagogie et de la thérapie sociale avec la formation d'équipes interdisciplinaires (pluridisciplinaires) pour le diagnostic et la thérapie
Plus que tout autre groupe professionnel, les médecins sont qualifiés pour mettre en place des groupes de travail interdisciplinaires qui pratiquent une médecine centrée sur le patient. Ainsi, la thérapie systémique et la médecine systémique montrent comment la collaboration entre le médecin, le thérapeute, le patient et ses proches peut permettre d'atteindre compétence, efficacité et qualité de vie.
Théorie cybernétique des systèmes et thérapie systémique
Le terme « cybernétique » remonte à Norbert Wiener. Il l'a dérivé du mot grec signifiant « timonier » et l'a utilisé pour désigner le mécanisme de rétroaction dans son ouvrage « L'homme et la machine humaine, cybernétique et société » (1948). En allemand, le terme « Regelungstechnik » (technique de régulation) peut être utilisé comme synonyme de cybernétique.
L'exemple d'un thermostat illustre le principe d'un système cybernétique : l'individu demande une certaine température ambiante, que le thermostat compare à la température réelle. Si les valeurs divergent, le thermostat régule la température ambiante au niveau demandé.
Selon Ludwig von Bertalanffy, un système cybernétique est un « système particulier qui se distingue des autres systèmes par le principe d’autorégulation ». En tant que système ouvert, il dispose de relations modifiables entre ses composantes, qui varient sous l’effet d’influences extérieures imprévisibles. Grâce à cette variabilité, le système parvient à s’équilibrer au sein d’un processus interne et externe. C’est ce qu’on appelle l’équilibre dynamique : certains composants disparaissent, d’autres s’ajoutent, mais globalement, l’équilibre est maintenu.
L'objectivité n'existe pas
Les systèmes ouverts développent une interaction avec leur environnement, ils se complètent mutuellement et se relaient dans leurs tâches. Ce faisant, ils conservent leur finalité première. Ils restent, pour ainsi dire, fidèles à eux-mêmes. Ils ne peuvent se modifier qu’eux-mêmes (« boîte noire »), même s’ils sont influencés de l’extérieur. C'est le principe de l'auto-organisation. En cybernétique, Heinz von Foerster parle d'influence réciproque (circularité) et de reproductibilité (récursivité, référentialité) des systèmes vivants.
Les processus d’auto-organisation des systèmes vivants sont donc circulaires et récursifs. Dans une interaction circulaire, celui qui contrôle est donc lui-même celui qui est influencé et celui qui change.
Exemple : un médecin évalue un patient d'une part de manière neutre, mais d'autre part pas non plus, car le patient l'influence inconsciemment ou consciemment par son milieu social, sa langue, son expression, son âge, son sexe et la nature de sa maladie (par exemple, un trouble histrionique). En même temps, les deux acteurs s'influencent mutuellement par leurs projections. Une observation objective n'est donc pas possible.
L'objectivité est donc toujours aussi de la subjectivité. Heinz von Foerster affirme ainsi qu'il n'y a pas d'objectivité, tout comme il n'y a pas de vérité réelle (voir son livre « La vérité est l'invention d'un menteur »).
La circularité, la récursivité et la loi dialogique de la vie qui y est associée peuvent être exprimées le plus clairement par les concepts de psyché et de soma (l’âme contrôle le corps et inversement). Le concept de « psychosomatique systémique » englobe donc la médecine générale, la psychiatrie, la psychosomatique et la psychothérapie. Les concepts de psychiatrie (« étude des maladies mentales ») et de psychothérapie (« traitement de l’âme ») ne peuvent, dans ce contexte, transmettre de manière didactique la signification circulaire et récursive de la psyché et du soma, même s’ils le font sur le fond. Le terme « psychosomatique » ne rend pas non plus tout à fait justice à l'interdépendance entre l'esprit, le cerveau, le corps et l'environnement.
Pour être précis, il s’agit en réalité d’une « médecine socio-psycho-neuro-immuno-bio-somato-physique ».
Classification des différentes disciplines de la thérapie systémique
Appliquée aux différentes disciplines médicales, cette classification donne lieu à la répartition suivante :
- Médecine psychologique : psychiatrie (avec la neuropsychologie), médecine sociale (avec la sociologie et la médecine familiale)
- Médecine somatique : neurologie (avec neurophysiologie et médecine physique), médecine interne (médecine des organes et des hormones, immunologie), médecine environnementale (environnement biologique et physiologique).
Sens et finalité d’un système en thérapie systémique
La cybernétique ou la thérapie systémique offre la possibilité de comprendre de manière récursive les notions de « sens » et de « vie » d’un système et, par là même, d’une personne malade :
La finalité (utilité) « d’un système complexe, tel qu’un être vivant, est le système lui-même » (H. von Foerster). Une finalité n'a pas besoin d'un sens (objectif) distinct du système. La finalité est le sens. Par exemple, un petit enfant joue, s'en réjouit et ne se remet pas en question. Le sens et la finalité de son existence sont, à cet instant, sa joie.
Niklas Luhmann va plus loin dans sa cybernétique sociale en constatant que l’individu n’existe pour ainsi dire « pas » dans les systèmes sociaux, mais que ce sont plutôt son style de communication et sa communication qui existent. (Citation : « Les systèmes sociaux ne sont constitués que de communication, et non d’individus, et se créent ainsi eux-mêmes. ») En conséquence, nous existons parce que nous informons, communiquons et comprenons (circularité). C'est parce que nous faisons cela que naît la récursivité (référence à soi-même), c'est-à-dire que nous apprenons les uns des autres, nous nous développons et transmettons nos connaissances et nos compétences à la génération suivante. L'objectif de ce processus est notre autoconservation en tant qu'êtres humains.
Sur le plan psychique et somatique, Luhmann, von Foerster, Bertalaffny, Maturana et d’autres parviennent toutefois à la même conclusion : la vie (et donc la thérapie) repose sur la circularité et la récursivité.
Auto-organisation et systèmes auto-organisés en thérapie systémique
Un système auto-organisé définit sa structure fondamentale en fonction de son expérience de lui-même et de son environnement. Cette définition du terme « auto-organisation », formulée dès 1954 par Farley et Clark, présente déjà des liens étroits avec des thèmes d'actualité, tels que la cybernétique des réseaux neuronaux.
Les caractéristiques suivantes sont propres aux systèmes auto-organisés :
- La nature d'un système influence ses composantes (une interaction a lieu).
- Les parties du système décident de la manière dont elles doivent réagir aux limites de celui-ci.
- Elles agissent en conséquence.
Un exemple illustre clairement ce principe : un groupe influence les individus par le langage, le contenu des discours, les activités, les intérêts, l’intensité et la forme des relations entre ses membres. Les membres individuels du groupe « décident » comment réagir au groupe par le biais des affects, du choix des thèmes de conversation et des idées. L'individu et le groupe agissent en conséquence. L'auto-organisation se manifeste dans de nombreux domaines tels que la biologie, la psychologie et la sociologie, etc.
Constructions et symboles en thérapie systémique
L'individu se forge une image de son monde de manière interactive et auto-organisée, et éprouve ainsi des sentiments. Il en résulte pour lui des constructions qu'il classe hiérarchiquement selon leur importance et auxquelles il attribue des structures. En même temps, cela appartient en partie au passé. Car un nouveau rapprochement entre les images intérieures et extérieures a lieu en permanence.
Exemple : j’observe un certain comportement chez autrui, que j’interprète d’une certaine manière et qui me permet donc de déduire un certain trait de caractère de cette personne (formation d’un construct). D’autres observations contribuent à confirmer ou à réviser mon opinion.
Exemple de construct : pendant longtemps, la Terre a été considérée comme le centre du cosmos, autour duquel tous les autres corps célestes gravitent. Cette vision résultait d’observations et d’interprétations.
La somme des constructions, qui se forment sans cesse, donne alors subjectivement à l’individu le sentiment d’avoir une perception cohérente et réaliste, un point de vue ou une vision réaliste. Mais cela n’est pas tout à fait exact : les constructions sont toujours un compromis entre la réalité et la réalité supposée.
Il s'agit de constructions, pas de vérités
Sur le plan diagnostique et thérapeutique, la psychosomatique systémique porte donc sur des constructions, et non sur des vérités, comme on le croit souvent. Les processus psychiques et somatiques sont adaptatifs (c'est-à-dire qu'ils s'adaptent). « Ils possèdent la capacité des organismes et des systèmes autorégulés à s’adapter à des conditions environnementales modifiées » (Surhone, Timpledon, Marseken, 2010). Ils sont orientés vers la survie, comme la nature le montre depuis des millions d’années.
La nature suit pour cela une règle stricte mais efficace : elle veut préserver ce dont elle a besoin pour rester en équilibre. Elle ne veut pas, comme l’être humain avec sa nature perfectionniste et donc destructrice, détruire cet équilibre de temps à autre. D'un point de vue homéostatique, et donc médical, on peut donc se demander pourquoi nous, les humains, mettons en danger l'environnement avec nos technologies sophistiquées et leurs déchets, qui provoquent par exemple le réchauffement climatique. D'un point de vue cybernétique, par exemple, il est inefficace d'affaiblir notre système immunitaire par la pollution atmosphérique, l'utilisation excessive de désinfectants et d'antibiotiques. Il est tout aussi inefficace de mettre en péril nos capacités sociales innées, telles que la considération, la serviabilité et la tolérance, par la sévérité, la dévalorisation et la perfection.
De toute évidence, nous comptons sur l’auto-guérison par la nature. Dans ce cas, ce seront toutefois des catastrophes, petites et grandes, qui nous réguleront contre notre gré, comme cela a été le cas à maintes reprises dans l’histoire de l’humanité. D'un point de vue médical, on peut bien sûr toujours espérer que la capacité de l'être humain, et donc du patient, à la circularité et à la récursivité l'aide, en tant que partie intégrante de la nature, à s'adapter à ses règles.
Les connaissances sont des constructions
Selon la « théorie évolutionniste de la connaissance » de Jean Piaget (2010), la réalité et l’appareil cognitif s’adaptent l’un à l’autre, car nos sens, notre cerveau et notre pensée se sont développés au cours de l’évolution de ce monde et s’y sont adaptés.
« Ce que perçoivent nos réseaux neuronaux est donc réel » (J. Piaget, 2010), c'est-à-dire adapté à ce que nous voyons.
Exemple : sauver une personne en train de se noyer ne prouve en rien que celle-ci ne voulait pas se noyer. Peut-être voulait-elle mettre fin à ses jours. Ainsi, le réel est tout au plus ce que nous percevons et qui correspond à notre action. Nous ne savons pas si cela reflète la réalité. Une seule chose est déterminante pour le sauveteur : l’autre était en train de se noyer. Il l’a sauvé. Ainsi, sa soi-disant réalité était la réalité, car elle avait un sens et « fonctionnait ». Le contexte de la prétendue noyade échappe à sa réalité ou n’est pas pertinent pour le sauveteur. Sinon, il ne pourrait plus sauver rapidement et avec succès.
Les connaissances, les sentiments, les pensées et les expériences d’un individu se reflètent de manière dynamique, c’est-à-dire marqués par des changements constants, même s’ils sont très minimes, dans le réseau de sa perception cérébrale et de ses processus synergiques. Ainsi, ce n’est pas seulement la connaissance qui change, mais aussi la réalité telle que nous la vivons. Celle-ci change assurément dans l’expérience subjective. Les formes de la connaissance sont donc orientées vers le processus et ne sont jamais statiques. De plus, la connaissance est subjective.
La santé est un équilibre
La thérapie systémique vise à donner une expression à tous les sens et à la perception émotionnelle et cognitive (images et symboles) d’une personne malade, afin d’entrer en contact avec ce qui la touche. Le chercheur en neurosciences Wolf Singer déclare à ce sujet (2005) : « La connaissance ne se produit que là où nous observons, classons nos pensées et nous formons des représentations. Tout ce qui se trouve au-delà n'existe pas pour nous, mais est stocké dans le subconscient ». Cela signifie que notre perception consciente entraîne toujours une activité particulièrement intense des réseaux neuronaux. Cela nécessite une certaine plasticité et un grand nombre de nouvelles connexions, qui rendent l’apprentissage possible. C’est là le sens fonctionnel de l’attention et de la conscience.
La connaissance ne peut donc avoir lieu que là où notre conscience l’admet en tant que constructions mentales. À cet égard, tout résultat thérapeutique est relatif et instable. Il est relatif, car la plupart de ce qui nous anime n’est pas ou ne peut être reconnu. Il est instable car de nouvelles prises de conscience apparaissent constamment, modifiant les anciennes et les relativisant ainsi. En fin de compte, ce ne sont donc pas les prises de conscience qui sont pertinentes sur le plan thérapeutique. Ce qui importe, c’est que ces prises de conscience permettent une homéostasie intérieure, c’est-à-dire un équilibre.
Il est essentiel que les constructions élaborées à partir de ces connaissances soient acceptées intérieurement par l’individu. Il n’est pas forcément déterminant qu’elles correspondent à ce qu’on appelle la réalité objective, que personne ne connaît de toute façon, ni sur le plan physique ni sur le plan épistémologique.
L'homéostasie signifie donc l'équilibre des connaissances, et non la vérité absolue. En ce sens, celui qui croit en ses constructions est en bonne santé. Il est en effet en paix avec lui-même. Mais certaines personnes sont malades parce qu'elles remettent constamment en question la soi-disant vérité. Elles ne sont en effet pas en paix avec elles-mêmes.
La vie et ses symboles
Indépendamment de la complexité de l’action, de la pensée et des sentiments humains, la vie de l’être humain est régie par des règles fondamentales : Il s'agit d'interaction (échange d'informations) et de synergie (interaction entre réseaux), qu'elle soit mentale, émotionnelle ou écologique (biologique, physique, sociale).
Les souvenirs de mots, d’images, ainsi que les sentiments et les représentations qui y sont associés, sont en interaction et développent des schémas neurogènes. Ils se manifestent également sous forme de constructions et de représentations. Celles-ci façonnent la réalité vécue et perçue. Les images symboliques en font également partie, elles unissent les images réelles, les représentations et les sentiments qui y sont projetés.
Des symboles, des esquisses et des constructions
Il est possible que l'être humain les utilise depuis ses origines, comme le montrent les peintures rupestres très anciennes. Elles représentaient une esquisse d'une réalité simplifiée, telle que l'être humain la percevait à l'époque. Grâce à elles, l’homme pouvait « appréhender », mémoriser, évaluer et symboliser la vie (le lion comme symbole de pouvoir, le cheval comme symbole de force, le soleil comme symbole de fertilité, etc.). [Gravures rupestres en Scandinavie (âge du bronze, env. 4000-3000 ans) ; symbole solaire à Aspeberget (Sur la plus belle représentation du soleil de Scandinavie, à Aspeberget, on voit des femmes aux longues tresses. Le soleil était un symbole de fertilité et d’abondance chez les peuples scandinaves).]
Si un ou plusieurs symboles (constructions mentales) sont modifiés de manière thérapeutique dans nos représentations individuelles ou collectives, par exemple par de nouvelles images symboliques, la relation entre toutes les autres images ou schémas et leurs connexions neuronales change également. À cet égard, les images et les représentations, en tant que constructions, peuvent contribuer au rétablissement tout autant que des expériences apaisantes dans la réalité.
Un exemple très simple de la manière dont les images façonnent une société : à l’époque de N. Copernic et de G. Galilée, la question de savoir si la Terre était le centre du cosmos ou simplement une planète parmi d’autres constituait un défi pour la société et son Église. Pour le monde du XVIe siècle, la découverte de la Terre en tant que planète du Soleil ne représentait dans un premier temps aucune menace. Mais la construction mentale selon laquelle la Terre était le centre du cosmos a disparu. Dans un premier temps, l’Église a tenté de défendre ses constructions mentales, jusqu’à ce que les influences plus fortes des Lumières s’imposent. La vision du monde des hommes, et donc leur place dans ce monde, a dès lors radicalement changé jusqu’à nos jours, simplement parce qu’une image ou une symbolique a changé.
La Terre au centre du cosmos : la vision géocentrique du monde dans la Chronique du monde de Schindel (vers 1493)
Sur le plan thérapeutique, la symbolique peut également être utilisée en modifiant les images et les représentations dans notre conscience. On y parvient en perturbant les « fausses connexions » (ce qu’on appelle la perturbation) et en s’en remettant à l’autorégulation du corps, du psychisme ou des processus sociaux. Mais cela fonctionne également avec des représentations ou des constructions positives.
Résumé sur la thérapie systémique
Tout traitement médical, y compris la thérapie systémique, offre la possibilité d'entrer en contact avec soi-même à travers des symptômes somatiques, des conflits psychiques, mais surtout à travers des symboles, des images et des représentations intériorisés.
Pour Viktor von Weizsäcker, fondateur de la psychosomatique, c'était la maladie somatique elle-même, avec sa symbolique, sa signification et le moment de son apparition. Karl Jaspers, psychiatre et philosophe, a mis l'accent dans sa philosophie existentielle sur l'existence de l'être humain marquée par les images et les représentations (« Être soi, être soi-même et recherche de sens »). Pour C.G. Jung, psychiatre et analyste, ce sont les symboles et les contes qui font remonter à la surface les souvenirs et les empreintes de nature collective. Pour S. Freud, neurologue et psychanalyste, ce sont les constructions des fantasmes de transfert et la mémoire de la personne concernée. Pour le biophysicien H. von Foerster, ce sont les constructions de l’homme, façonnées par la connaissance, qui reflètent sa psyché. Pour le médecin et chirurgien Hans Kilian, c’était la détermination du médecin et du patient.
Lorsque les symptômes, les conflits et les images intériorisées, c'est-à-dire les symboles et les expériences d'une personne, sont mis en évidence avec soin et une capacité d'analyse, cela implique, dans le cadre d'un traitement, une approche interactive, synergique d'un point de vue cybernétique.
Sur le plan thérapeutique, la thérapie systémique consiste donc à mettre en œuvre des traitements qui s’appuient sur l’information et la rétroaction comme concepts centraux. Au sens de N. Luhmann, la rétroaction de processus capables de se reproduire n’est toutefois pas dénuée de sens (« les systèmes sociaux et psychiques opèrent avec un sens »). Cela signifie qu’un traitement dépourvu de sens (ou d’objectif) ne peut pas être efficace pour le patient et l’environnement thérapeutique. Dans le cadre d’une thérapie systémique, le patient est par exemple prêt à se confier, le thérapeute est donc prêt à le valider. Dans un processus plus large, le patient est prêt à laisser remettre en question certains aspects de sa vie avec bienveillance, et le thérapeute est prêt à le « perturber » au sens thérapeutique du terme, afin de déclencher des processus d’auto-organisation et d’autorégulation.
Perturbation et auto-organisation en thérapie systémique
Si l'on part du principe que l'individu et son environnement agissent comme un système autopoïétique (capable de se maintenir lui-même) et que l'on peut provoquer un changement par la perturbation, la question qui se pose naturellement est de savoir comment une intervention doit être conçue pour perturber et provoquer un changement (si possible dans le sens souhaité).
Cela est possible grâce à une « irritation ou perturbation ciblée de boucles de régulation non intactes » (ce qu’on appelle une perturbation) et, par conséquent, à l’activation de processus de guérison auto-organisés.
Cela s’obtient à son tour par une rétroaction changeante : face à une irritation thérapeutique, le patient réagit différemment de son habitude ; ce comportement en entraîne un autre de la part de son entourage, qui à son tour le confirme, l’irrite ou le corrige, etc. Les processus interactifs se maintiennent, se renforcent ou se corrigent ainsi également au cours d’un traitement.
En principe, cependant, dans un traitement marqué par le processus d’auto-organisation, on laisse les choses « s’écouler », on autorise les associations, les idées et les fantasmes de toute nature, on « accompagne le patient » et on retrouve le « moi » ou le « soi » du patient, ce qui est finalement l’objectif d’un traitement psychosomatique. Car celui qui est en harmonie avec lui-même guérit plus facilement qu’une personne déchirée intérieurement.
