En matière de cancer colorectal, il fait partie des meilleurs spécialistes : son expertise chirurgicale de haut niveau se révèle notamment lors d'interventions particulièrement complexes, comme dans le cas du cancer du rectum. Dans ce domaine, le Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer et son équipe ont même mis au point leur propre technique chirurgicale. Le Leading Medicine Guide s’est entretenu avec ce chirurgien de renommée internationale, notamment sur ce qui fait le succès d’une opération pour ce type de cancer.

« La précision chirurgicale est déterminante ! »
Le rectum – ou canal anal – désigne la dernière partie du gros intestin. Il mesure en moyenne environ douze centimètres de long et jouxte le canal anal. Le Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer, chirurgien viscéral expérimenté, souligne que, parmi tous les organes de la cavité abdominale, c’est précisément le rectum qui est le plus souvent touché par des tumeurs malignes. Mais ce n’est de loin pas la seule information intéressante que le spécialiste a à nous livrer.
Leading Medicine Guide : Professeur Maurer, vous affirmez que les cancers du rectum représentent environ quarante pour cent de toutes les tumeurs du côlon. C'est un chiffre impressionnant. Qui est le plus souvent touché par les tumeurs du rectum ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Tout d’abord, il faut noter qu’une prédisposition familiale liée à une mutation génétique héréditaire ne peut être mise en évidence que chez moins de 10 % des patients. Nous avons donc environ 90 % de cas sans antécédents familiaux – et dans ces cas-là, le cancer du rectum survient rarement avant l’âge de 50 ans. De plus, la tumeur se développe lentement sur plusieurs années et suit, dans environ 97 % des cas, ce qu’on appelle la séquence adénome-carcinome.
Leading Medicine Guide : La séquence adénome-carcinome ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Dans la séquence adénome-carcinome, un petit polype plat se forme d'abord, qui se développe lentement en un adénome en touffe ou en adénome en forme de champignon. Ce polype intestinal finit par se dégénérer et se transforme en tumeur invasive, c'est-à-dire en cancer. Ce processus peut durer de sept à dix ans.
Leading Medicine Guide : Existe-t-il des facteurs de risque que l'on pourrait éviter ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Les facteurs de risque modifiables du cancer du rectum sont le surpoids, le tabagisme ainsi que la consommation excessive de viande rouge, en particulier lorsqu’elle est grillée à point.
Leading Medicine Guide : Et comment puis-je savoir si je souffre d’un cancer du rectum ? Par des douleurs intenses ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Une remarque fréquente des patients est : « Je ne ressens rien, donc je n'ai pas de cancer du côlon ! » Mais cela revient à une idée fausse. En effet, les symptômes de loin les plus fréquemment cités en cas de cancer du rectum sont un changement des habitudes intestinales ou des saignements anaux de couleur rouge vif. Ces derniers sont souvent attribués à tort à des hémorroïdes, ce qui peut avoir des conséquences fatales. Les douleurs ou l'occlusion intestinale sont des symptômes tardifs et indiquent donc une tumeur déjà à un stade très avancé.

Leading Medicine Guide : Si le diagnostic est un cancer du rectum, comment se déroule la planification du traitement ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Tout d'abord, le diagnostic est posé par coloscopie et prélèvement d'un échantillon de tissu, appelé biopsie. On détermine ensuite l'étendue de la tumeur, généralement par tomodensitométrie de l'abdomen et du thorax et par imagerie par résonance magnétique du bassin. À partir de ces informations, une proposition de traitement est élaborée pour le patient lors de notre conférence interdisciplinaire sur les tumeurs, en tenant compte du stade individuel de la tumeur. Souvent, les trois modalités thérapeutiques que sont la chimiothérapie, la radiothérapie et la chirurgie doivent être utilisées de manière séquentielle.
Leading Medicine Guide : Les opérations du cancer du rectum sont-elles dangereuses ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Cela dépend également du stade de la maladie. Dans tous les cas, les opérations du cancer du rectum relèvent de la chirurgie abdominale hautement spécialisée. En Suisse, elles ne peuvent plus être pratiquées que par quelques centres. Pour cela, un centre doit remplir de nombreuses conditions – par exemple, un nombre minimum de cas par an et par clinique et par chirurgien.
Leading Medicine Guide : Vos établissements et vous-même remplissez ces conditions, n’est-ce pas ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Oui, tant la Solothurner Spitäler AG que la clinique Hirslanden à Berne sont considérées comme des centres de compétence de premier plan pour les maladies abdominales, notamment parce qu’elles s’appuient sur un réseau de gastro-entérologues, de chirurgiens viscéraux, de radio-oncologues, d’oncologues et de pathologistes. C'est précisément la conférence interdisciplinaire sur les tumeurs, c'est-à-dire la collaboration étroite pour chaque cas individuel, qui garantit à nos patients une valeur ajoutée significative en termes d'expertise médicale.
Leading Medicine Guide : Cela tient certainement aussi au fait que ce genre d’opérations n’est pas vraiment simple...
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Tout à fait. Le champ opératoire situé en profondeur dans le petit bassin, l’étroitesse fréquente de l’espace pelvien, l’obésité souvent présente chez les patients et, chez les hommes, l’hypertrophie occasionnelle de la prostate rendent ces opérations du rectum particulièrement exigeantes. Cependant, avec l’expérience et l’expertise nécessaires, ces interventions sont presque sans exception précises, peu hémorragiques et sans complications.
Leading Medicine Guide : En cas de tumeurs du rectum, la crainte de perdre l’anus et de devoir vivre avec une stomie est certainement présente.
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Grâce à un savoir-faire approprié, le diagnostic préopératoire et la technique chirurgicale sont aujourd’hui tellement perfectionnés qu’une amputation du rectum n’est désormais que rarement nécessaire. Dans notre population de patients, seuls 5 à 6 % des cas entraînent la perte de l’anus et, par conséquent, la perte de la continence normale.
Leading Medicine Guide : Cela vaut-il pour toute la Suisse ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Malheureusement non, ces chiffres encourageants sont le fruit de notre expertise. À l’échelle nationale, une ablation du rectum est pratiquée chez 25 % en moyenne de tous les patients atteints d’un cancer du rectum.
Leading Medicine Guide : Puis-je guérir de mon cancer du rectum ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Le pronostic à long terme dépend d'une part du stade de la tumeur au moment du diagnostic, et d'autre part de la qualité de la chirurgie. Et c'est précisément là, à savoir au niveau de la qualité de la chirurgie, que la réalisation précise d'une excision mésorectale totale est décisive. Cette technique consiste à retirer minutieusement du petit bassin, le long d’une fine couche de tissu conjonctif, le corps adipeux qui porte les voies lymphatiques et les ganglions lymphatiques et qui entoure le rectum. Ce corps adipeux mésorectal est en effet l'endroit où la tumeur peut s'infiltrer directement ou métastaser, c'est-à-dire former des métastases. Afin de prévenir une récidive tumorale dans le petit bassin, ce tissu adipeux – le mésorectum – doit donc être complètement retiré. Chez nous, le taux de récidive locale après cinq ans de suivi est inférieur à trois pour cent ; même lors des suivis à long terme, nous restons en dessous de cinq pour cent. Nous avons d'ailleurs déjà présenté notre méthode aux chirurgiens germanophones sous forme de livre dès 1998. L'ouvrage s'intitule « Das Konzept der totalen mesorektalen Exzision » (Le concept de l'excision mésorectale totale) et a été publié aux éditions Karger.
Leading Medicine Guide : La chimiothérapie et la radiothérapie sont-elles alors encore nécessaires ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Le perfectionnement et l’optimisation de la technique chirurgicale dans le petit bassin nous permettent aujourd’hui de renoncer à la radiothérapie chez environ 60 % des patients – et ce, chez les patients pour lesquels, selon les directives, un tel traitement serait recommandé en raison d’une chirurgie conventionnelle. Ainsi, une part considérable des patients est épargnée des effets secondaires potentiels de la radiothérapie, sans compromis quant au taux de récidive locale ou à la survie à long terme. En revanche, aux stades tumoraux intermédiaires et avancés, une chimiothérapie est recommandée à des fins de prévention ou de traitement des métastases à distance au niveau du foie ou des poumons. Depuis peu, la chimiothérapie est de préférence administrée avant l’opération.
Leading Medicine Guide : Dans quelle mesure les patients perdent-ils en moyenne en qualité de vie après une opération d'une tumeur du rectum ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Au sein de mon équipe de recherche, nous avons mis au point une technique de remplacement du rectum. Le côlon, qui est suturé au canal anal, est remodelé de manière à former un réservoir fécal similaire à celui d’un rectum d’origine. De plus, un frein péristaltique se forme : le mouvement intestinal propulsif ralentit donc avant le canal anal. Ainsi, après l’intervention chirurgicale, les patients sont beaucoup moins souvent gênés par des selles fréquentes, des selles liquides ou même une incontinence. Au bout d’un an seulement, nos patients ne se plaignent pratiquement plus de ces troubles. Grâce au perfectionnement de notre technique chirurgicale et à l’approfondissement de nos connaissances anatomiques du petit bassin, nous sommes aujourd’hui également en mesure de préserver dans une large mesure les nerfs innervant la vessie et les organes génitaux. Ainsi, les troubles urogénitaux sont nettement moins fréquents après une chirurgie du rectum lorsque le chirurgien dispose de l’expérience nécessaire et réalise l’intervention avec une grande précision. Nous avons d’ailleurs déjà publié ces résultats scientifiques en 2001 dans une revue chirurgicale de renom (Br J Surg).
Leading Medicine Guide : De nombreux patients ne savent pas quoi faire après un diagnostic. Que leur recommandez-vous ?
Prof. Dr méd. Christoph A. Maurer : Je conseille à toutes les personnes concernées de se renseigner dès le moindre doute. Personne ne devrait hésiter à demander un deuxième avis – même après un traitement déjà effectué si le résultat n’est pas satisfaisant.
Leading Medicine Guide : Professeur Maurer, nous vous remercions pour ces aperçus passionnants sur l’art de la chirurgie du rectum ! Nous espérons que cette conversation donnera un peu de courage à de nombreuses personnes concernées – et leur fera comprendre qu’il vaut mieux s’adresser à un spécialiste très expérimenté. À notre avis, les chiffres de réussite mentionnés parlent d'eux-mêmes !

Cette illustration montre une préparation du rectum coupée longitudinalement – au centre se trouve la grosse tumeur de couleur rouge foncé, et près de l'extrémité inférieure de la préparation, on distingue un deuxième cancer plus petit. La graisse mésorectale environnante est représentée en jaune.
