En tant que spécialiste de la chirurgie bariatrique, le Dr Martin Susewind occupe à Berlin le poste de chef de l'équipe de chirurgie générale au MIC, une clinique de chirurgie mini-invasive réputée bien au-delà de la capitale. C'est surtout en tant que directeur du centre de compétence certifié en chirurgie de l'obésité et en chirurgie métabolique « Weight Balance » que le Dr Susewind jouit d'une renommée internationale. Dans un entretien avec le Leading Medicine Guide, ce médecin spécialiste empathique offre un aperçu rare des coulisses de sa discipline et explique de nombreux détails concernant le surpoids, les régimes et l’obésité, une maladie chronique.

Les prévisions sont alarmantes : le surpoids se généralise de plus en plus, surtout dans les pays industrialisés. Il ne s’agit pas ici de quelques kilos en trop, d’une silhouette de bikini perdue ou de la fameuse « bedaine » que l’on peut encore dissimuler tant bien que mal. Car la situation ne devient vraiment préoccupante que lorsque le surpoids devient incontrôlable. Bien sûr, quelques kilos en trop sur les hanches ne sont généralement pas très graves. Mais lorsque le surpoids se transforme en maladie chronique, les conséquences pour l'organisme sont considérables.
L'obésité peut entraîner de graves problèmes de santé et doit donc impérativement être traitée. Souvent, on n'y parvient pas seul. Il est alors recommandé de s’adresser à des experts en surpoids et en obésité. Ceux-ci peuvent aider durablement à perdre du poids grâce à des conseils nutritionnels, une thérapie et, en dernier recours, une intervention chirurgicale. Pour réduire efficacement et surtout durablement un surpoids pathologique, il faut un concept thérapeutique multimodal personnalisé.

On entend par obésité un surpoids pathologique © New Africa / AdobeStock
Leading Medicine Guide : Dr Susewind, quel rôle joue l'alimentation dans le surpoids ?
Dr Martin Susewind : Une alimentation saine est bien sûr très importante. Un équilibre entre beaucoup de fruits et légumes, de la viande et du poisson de temps en temps en quantité modérée, des graisses saines et de faibles quantités de sucre est naturellement l’un des piliers permettant de stabiliser le poids lorsqu’il s’agit d’atteindre un poids corporel normal.
Leading Medicine Guide : Mais ce n'est pas tout...
Dr Martin Susewind : Si l'on y ajoute une activité physique suffisante, on ne court pratiquement aucun risque de prendre du poids de manière excessive. Le danger réside souvent aujourd’hui dans le fait que les gens ont perdu leur sensation de satiété. Manger pour le plaisir, c’est-à-dire simplement parce que c’est bon, peut devenir un problème. Il y a certes de temps à autre des phases où l’on mange plus que d’habitude, mais cela ne doit pas devenir la règle. Chez les personnes en surpoids important, on observe souvent une alimentation compulsive due à la frustration, car une alimentation saine ne donne pas de résultats concrets. Cela s'explique par le niveau métabolique de ces patients. Il s'agit ici de la description du métabolisme d'une personne par rapport à son métabolisme au repos, en fonction de son poids corporel.
Leading Medicine Guide : Existe-t-il des régimes qui peuvent aider ?
Dr Martin Susewind : La « folie des régimes » joue aujourd’hui un rôle littéralement « de poids », car il n’existe en réalité aucun régime qui fonctionne à long terme et de manière durable. Les gens sont orientés dans une direction complètement erronée. Il se peut que quelques kilos fondent, mais ils finissent par revenir, et ce avec une force redoublée. Seul un changement durable des habitudes alimentaires, associé à d’autres traitements, contribue à perdre du poids et à maintenir ensuite ce nouveau poids.
Leading Medicine Guide : Comment faites-vous comprendre aux patients qui viennent vous consulter pour des maladies graves telles que l’obésité qu’ils doivent désormais changer leur alimentation ? Quelles méthodes proposez-vous ?
Dr Martin Susewind : Tout d’abord, il faut prendre la personne concernée par la main. Il faut instaurer un climat de confiance et faire prendre conscience de la situation actuelle afin de créer une base de départ cohérente. Il faut débarrasser les patients atteints d’obésité du sentiment de culpabilité qui accompagne souvent la maladie. Beaucoup ont honte et ont souvent subi toute une série d’insultes et de moqueries de la part du public, voire de leur propre famille ; ils se sentent stigmatisés, sont blessés dans leur for intérieur et affectés psychologiquement. Ici, à la clinique MIC, nous proposons une thérapie à long terme et durable. Celle-ci commence par un entretien médical approfondi suivi de conseils nutritionnels. Nous expliquons aux personnes concernées qu’une alimentation saine est savoureuse et agréable. Il est important ici que la préparation des repas sains soit adaptée au quotidien et ne prenne pas des heures. Dans le même temps, nous montrons qu'une alimentation saine n'est pas coûteuse. Pour beaucoup de gens, l'idée d'une alimentation saine est associée à des dépenses élevées et à un effort important. C'est là que nous apportons des éclaircissements.

Un changement d'alimentation et de l'activité physique aident à perdre du poids et à le maintenir © M.studio / AdobeStock
Leading Medicine Guide : Combien de temps dure un tel traitement ?
Dr Martin Susewind : Le suivi nutritionnel s'étend sur une période de six mois. Pendant cette période, nous faisons également les courses avec nos patients. Au supermarché, par exemple, nous prenons en main toute une gamme de paquets de céréales et comparons la teneur en sucre des différents produits. Il s'agit ici d'une démonstration concrète, afin que les personnes concernées réalisent à quel point il est facile, dans certaines situations, de réduire son apport calorique.
Leading Medicine Guide : Ce sont là des conseils très concrets ! Quel autre type de prise en charge proposez-vous à vos patients ?
Dr Martin Susewind : Les consultations nutritionnelles ont lieu une fois par mois pour répondre aux questions, contrôler le poids et donner d’autres conseils. Il est possible de bénéficier d’une consultation individuelle, mais la plupart des gens optent pour une consultation en petit groupe de quatre à cinq personnes, ce que nous recommandons également. Au sein du groupe, les personnes concernées se rendent compte qu’elles ne sont pas seules face à leur problème. Elles se sentent alors mieux prises en charge et tirent également profit des questions posées par les autres participants. À tout moment pendant cette phase de consultation, les personnes peuvent nous contacter, nous et nos experts, par téléphone ou par e-mail pour clarifier spontanément des questions ou pour trouver de la motivation. Celle-ci est bien sûr d’une importance cruciale pour l’ensemble de la thérapie.

Leading Medicine Guide : Un changement alimentaire aussi radical n’est certainement pas toujours facile pour les personnes concernées, n’est-ce pas ?
Dr Martin Susewind : Lors des consultations nutritionnelles, nous donnons également des recommandations de recettes très concrètes, en nous inspirant du régime méditerranéen, qui comprend beaucoup de légumes, peu de glucides, mais du poisson et peu de viande. Les patients suivent en parallèle une rééducation gustative. Ceux qui ont bu pendant des années du thé avec beaucoup de sucre ont besoin d’un certain temps pour se rendre compte que ce thé a en fait le goût d’eau sucrée. Cela peut prendre plusieurs semaines avant que le sens du goût ne s’adapte.
Leading Medicine Guide : Les aides alimentaires jouent-elles également un rôle dans la perte de poids ?
Dr Martin Susewind : Certainement. On recommande par exemple des boissons protéinées, qui sont particulièrement utiles en cas de fringales, car elles procurent une sensation de satiété sans apporter de calories inutiles et malsaines. On aborde également la question des portions et on intègre des rituels dans le nouveau quotidien. Manger n’est pas seulement un apport nutritionnel, c’est aussi un moment de partage et cela fait partie de notre patrimoine culturel. Le respect des aliments et le plaisir de les préparer sont négligés par beaucoup de gens. Il est important de cultiver cette culture alimentaire afin de pouvoir adopter une alimentation saine avec plaisir.
Leading Medicine Guide : L'alimentation joue donc un rôle important. Mais quand une opération est-elle indiquée ?
Dr Martin Susewind : Le facteur déterminant est ici l'IMC, c'est-à-dire l'indice de masse corporelle. Celui-ci est calculé à partir du rapport entre le poids en kilogrammes et la taille en mètres au carré. Pour pouvoir évaluer le poids de manière plus précise, il faut tenir compte non seulement du poids et de la taille, mais aussi de l’âge. À partir de quarante ans, le métabolisme et la composition corporelle changent, ce qui entraîne une prise de poids tout à fait naturelle, et l’IMC recommandé évolue en conséquence.
Leading Medicine Guide : Quelles sont les valeurs de référence en matière d’IMC ?
Dr Martin Susewind : En cas d'obésité, on distingue quatre catégories :
Niveau I : IMC de 30 à 35
Niveau II : IMC de 35 à 40
Niveau III : IMC supérieur à 40
Stade IV : IMC supérieur à 50 (superobésité, c'est-à-dire surpoids extrême)
L'IMC se calcule en divisant le poids par la taille au carré.
Exemple : pour une taille de 1,70 m et un poids de 68 kg, l'IMC d'une personne est le suivant :
68 kg / (1,70 m × 1,70 m) = 23,53
Un IMC compris entre 20 et 25 correspond à un poids normal, tandis qu'un IMC compris entre 25 et 30 correspond à un surpoids.Nous nous basons sur les indications conformes aux directives. Par conséquent, une intervention chirurgicale est nécessaire au stade II en cas de comorbidités supplémentaires, telles que l'hypertension artérielle, l'apnée du sommeil ou l'arthrose. L'indication chirurgicale est présente au stade III, même en l'absence de comorbidités, et une intervention chirurgicale immédiate est indiquée au stade IV.
Leading Medicine Guide : Et quel type d’intervention chirurgicale est pratiqué ?
Dr Martin Susewind : Autrefois, on posait des anneaux gastriques chez les patients obèses. Cela ne se fait plus que dans de très rares cas. La réduction gastrique, en premier lieu le pontage gastrique ou la sleeve gastrique, est plus efficace et mieux tolérée. Ces méthodes chirurgicales permettent surtout de prendre en compte l'importante composante hormonale. En effet, de nombreuses hormones sont produites dans le tractus gastro-intestinal et envoient des signaux au cerveau. Celles-ci jouent également un rôle décisif dans la sensation de satiété du patient.
Leading Medicine Guide : Comment peut-on se représenter une opération de pontage gastrique ?
Dr Martin Susewind : Lors d'un pontage gastrique, l'ensemble du tractus gastro-intestinal est remodelé. De grandes parties de l'estomac et de l'intestin grêle sont contournées lors du passage des aliments, de sorte que la nourriture parvient directement dans les parties inférieures de l'intestin grêle peu après son entrée dans l'estomac. Cela permet d'absorber moins de nutriments et donc moins de calories. Il est généralement nécessaire de réguler l'équilibre en vitamines et en minéraux à l'aide de compléments alimentaires. Cette méthode chirurgicale est particulièrement efficace chez les personnes atteintes de diabète de type 2, car après l'opération, il n'est souvent plus nécessaire de prendre des médicaments contre le diabète.

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Leading Medicine Guide : Et qu'en est-il de la sleeve gastrectomie ?
Dr Martin Susewind : Dans le cas d'une sleeve gastrectomie, le volume de l'estomac est également réduit. Pour ce faire, une grande partie de l'estomac est retirée et le reste est transformé en un organe en forme de tube. Le patient ne peut ainsi ingérer que de petites quantités de nourriture. Dans cette intervention également, la composante hormonale est un facteur déterminant. L’objectif de toutes ces interventions est de réduire le poids de manière durable et, en particulier, de guérir les maladies associées telles que le diabète sucré, l’hypertension artérielle ou l’apnée du sommeil.

Illustration d'un pontage gastrique selon la technique de Roux-en-Y © bilderzwerg / AdobeStock
Leading Medicine Guide : Comment se déroulent exactement ces opérations ?
Dr Martin Susewind : Nous pratiquons exclusivement des interventions mini-invasives. Cela signifie que seules cinq minuscules incisions, de cinq à quinze millimètres, sont nécessaires. Le patient n'arrive à la clinique que le jour de l'opération et peut généralement en sortir au bout de trois jours.
Leading Medicine Guide : Déjà après trois jours ? Et comment ça se passe ensuite ?
Dr Martin Susewind : L'intervention chirurgicale de réduction gastrique constitue une étape importante. Mais le chemin vers une perte de poids durable et saine se poursuit, car ce n'est qu'en combinant activité physique et alimentation saine que l'objectif souhaité peut être atteint. Une fois que le patient a quitté la clinique après l'opération, il doit respecter le régime alimentaire qui lui a été expliqué en détail avant l'intervention lors d'entretiens et à l'aide de brochures d'information. Cela signifie que pendant les deux premières semaines, il ne doit consommer que des aliments liquides. La troisième semaine marque le début de la phase dite « des purées », qui comprend des aliments tels que des soupes ou des purées fines. Pendant toute la période postopératoire, nous assurons un suivi médical étroit. Ensuite, un contrôle de suivi est effectué tous les six mois, puis une fois par an.
Leading Medicine Guide : Chez certaines personnes, une perte de poids aussi importante laisse des plis cutanés inesthétiques. Que recommandez-vous dans ces cas-là ?
Dr Martin Susewind : Une éventuelle chirurgie plastique doit être discutée avant l’opération gastrique. L’apparition de plis cutanés et leur importance ne sont pas prévisibles. Certains patients vivent bien et sont heureux avec ces plis cutanés, simplement parce qu’ils se sentent tellement soulagés qu’ils les acceptent volontiers. Si une intervention de chirurgie plastique est envisagée, il faut d’abord laisser s’écouler beaucoup de temps après l’opération gastrique. En effet, le corps continue de changer après l'opération et l'étendue des plis cutanés éventuels n'est pas prévisible. Il faut alors relever le défi d'obtenir la prise en charge des frais par la caisse d'assurance maladie, ce qui n'est pas toujours le cas. Nous travaillons de manière interdisciplinaire, ce qui permet de consulter à tout moment un collègue en chirurgie plastique.
Leading Medicine Guide : Y a-t-il aussi des patients qui « rechutent » et qui finissent par retrouver leur poids initial ?
Dr Martin Susewind : Je peux en effet féliciter la plupart des patients. Ce sont de véritables modèles. Grâce à leur nouvelle mobilité, certaines personnes passent du statut de sédentaires à celui de véritables accros à l'activité physique. La gratitude pour cette nouvelle joie de vivre est immense. S'il arrive que des patients aient tendance à retomber dans leurs anciens schémas comportementaux, nous y remédions grâce à notre thérapie d'accompagnement. L’aide psychologique que nous proposons sur place grâce à nos psychologues est toujours très importante. Il s’agit de briser la « carapace » des patients, de les libérer de leur honte et de leur faire comprendre qu’ils peuvent changer les choses.
Leading Medicine Guide : Surmonter le problème de l’obésité a certainement un impact sur la qualité de vie globale des patients, n’est-ce pas ?
Dr Martin Susewind : Nous avons souvent constaté que des relations se brisent effectivement après une perte de poids importante. La confiance en soi et le sentiment d’attractivité augmentent considérablement, ce qui permet d’adopter un regard plus critique sur les choses qu’auparavant. Cela vaut particulièrement pour les femmes. C'est pourquoi, dans le cas d'une famille, nous veillons toujours à ce que ce ne soit pas seulement le membre de la famille atteint d'obésité qui change ses habitudes alimentaires, mais tous les membres de la famille. Et c'est une bonne chose : ainsi, tous les membres de la famille découvrent à quel point il est agréable et savoureux de s'alimenter de manière saine et équilibrée !
Dr Susewind, nous vous remercions chaleureusement pour cet entretien sympathique et très instructif !
Vous pouvez contacter directement le Dr Susewind, spécialiste de l'obésité, via sa page de profil dans le Leading Medicine Guide.
