La professeure d'université Claudia Rudack, docteur en médecine, est l'une des principales expertes en oto-rhino-laryngologie en Allemagne. Depuis 2012, elle dirige avec une grande compétence professionnelle et un dévouement sans faille la clinique d'oto-rhino-laryngologie de l'hôpital universitaire de Münster, l'un des établissements les plus prestigieux de ce type en Allemagne.
Le Prof. Dr Rudack est synonyme de diagnostics hautement spécialisés et de méthodes thérapeutiques de pointe pour les pathologies touchant la région sensible de la tête et du cou. Son expertise chirurgicale s'étend de la chirurgie complexe de l'oreille moyenne et des implantations cochléaires aux interventions complexes à la base du crâne, en passant par la chirurgie plastique et reconstructive du visage. Sous sa direction, la clinique est devenue un centre de médecine ORL reconnu au niveau suprarégional, avec des axes prioritaires clairs dans le traitement des tumeurs de la tête et du cou, des maladies de l’oreille, des affections du nez et des sinus, ainsi que des troubles allergiques et des troubles respiratoires liés au sommeil.
Qu'il s'agisse d'enfants ou d'adultes, en ambulatoire ou en hospitalisation : avec plus de 8 000 consultations et environ 4 000 opérations par an, la clinique ORL dirigée par le Prof. Dr Rudack offre des soins complets, modernes et à l'écoute des patients. À la clinique ORL, les candidats à un implant cochléaire bénéficient d’un suivi personnalisé, de l’examen préliminaire à l’opération, en passant par les soins postopératoires. Un accent particulier est mis sur la rééducation auditive et orthophonique en semi-hospitalisation des enfants, y compris ceux présentant des handicaps multiples, ainsi que des adultes. À cet effet, une étroite collaboration est mise en place avec des écoles spécialisées dans l’audition et la communication, des cliniques de rééducation, des orthophonistes locaux ainsi que des groupes d’entraide.
Lors d'un entretien avec le Prof. Dr Rudack, la rédaction du Leading Medicine Guide a pu en apprendre davantage sur les implants auditifs et, en particulier, sur les implants cochléaires (IC).
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La perte auditive est un phénomène très répandu qui touche des personnes de tous âges et peut avoir des répercussions importantes sur la vie quotidienne et la participation à la vie sociale. Cette perte auditive peut être due à divers facteurs tels que l’âge, l’exposition au bruit ou une prédisposition génétique. Bien qu'il existe différents degrés de perte auditive, une solution efficace s'offre à de nombreuses personnes concernées : l'aide auditive. Les aides auditives constituent une aide essentielle qui permet aux personnes concernées de gérer leur quotidien et de continuer à participer activement à la vie sociale. Elles améliorent non seulement la communication, mais aussi le bien-être général et la qualité de vie. Cependant, lorsque les cellules sensorielles de la cochlée sont gravement ou irrémédiablement endommagées, de sorte que l'oreille ne peut plus transmettre le son de manière suffisante, un implant cochléaire est alors indiqué. 
Oreille externe humaine._Peter Niemayer, CC BY-SA 3.0
Une aide auditive contour d'oreille moderne équipée d'une mini-pile._Jonn Leffmann, CC BY 3.0
Selon les estimations, l'Allemagne compte environ 15 millions de personnes malentendantes. Les quelque 6 millions de personnes souffrant d'une perte auditive sévère sont particulièrement concernées par la pose d'un implant cochléaire.
« Dans la tranche d'âge des 50 à 60 ans, environ une personne sur cinq souffre d'une forme de déficience auditive. Pourtant, seules environ 3,1 millions de personnes en Allemagne portent un appareil auditif, ce qui suggère que l’utilisation d’appareils auditifs est sous-représentée. Cette sous-utilisation pourrait s’expliquer par le coût élevé des appareils auditifs ainsi que par la réticence à consulter un ORL ou un audioprothésiste. Une étude de santé, l'étude Guttenberg menée à Mayence, a révélé que sur près de 5 000 patients examinés, environ 7,7 % portaient une aide auditive bilatérale. Cependant, 47 % des patients répondaient aux critères d’une perte auditive confirmée par audiométrie tonale, ce qui signifie que toutes les personnes qui en ont besoin ne sont pas effectivement prises en charge. En général, les personnes âgées concernées expliquent qu’elles doivent augmenter le volume de la télévision ou qu’elles ont du mal à comprendre les conversations. Un test auditif permet alors de déterminer le niveau d'audition d'une personne et de déterminer si une aide auditive, voire un implant cochléaire, est nécessaire. De nos jours, les aides auditives sont petites et discrètes, et elles conviennent particulièrement bien au traitement d'une perte auditive modérée ou légère. Une aide auditive augmente simplement la pression acoustique dans l’oreille moyenne. Normalement, les ondes sonores traversent le conduit auditif externe pour atteindre le tympan, qui met en mouvement la chaîne des osselets. L'étrier transmet ensuite les ondes sonores à l'oreille interne, la cochlée. Celle-ci est remplie de liquide et dotée de cellules sensorielles qui transforment l'énergie mécanique en signaux électriques et les transmettent au cortex auditif dans le cerveau. « Ce type d’amplification sonore est suffisant tant que les cellules ciliées de la cochlée sont intactes », explique Mme la professeure Rudack au début de notre entretien.
Oreille externe, oreille moyenne et oreille interne._Lars Chittka_ Axel Brockmann, CC BY 2.5
Il existe différents types de systèmes d’implants auditifs, qui sont utilisés en fonction du type et du degré de déficience auditive ainsi que des conditions anatomiques.
- Implants cochléaires (IC) :
Ils sont utilisés en cas de surdité de l’oreille interne sévère à totale ou de surdité totale, lorsque les appareils auditifs classiques ne suffisent plus. Un IC contourne les cellules ciliées endommagées de la cochlée et stimule directement le nerf auditif.

- Implants à conduction osseuse (par ex. BAHA, Bonebridge) :
Ces systèmes transmettent le son directement à l’oreille interne par l’os. Ils sont utilisés en cas de troubles de la conduction ou de troubles auditifs mixtes, par exemple en cas d’absence ou d’obstruction du conduit auditif, d’otites moyennes chroniques ou de surdité unilatérale.
- Implants de l'oreille moyenne (par exemple, Vibrant Soundbridge) :
Ils conviennent aux personnes souffrant d’une perte auditive de conduction légère à sévère, d’une perte auditive neurosensorielle ou d’une forme mixte. L’implant transmet les signaux sonores mécaniquement aux osselets ou directement à l’oreille interne.

Comparaison de taille entre un étrier humain et une pièce de 10 euros._Welleschik, CC BY-SA 3.0
- Implants auditifs du tronc cérébral (ABI) :
Ils sont utilisés lorsque le nerf auditif lui-même est endommagé ou absent, par exemple en cas de certaines tumeurs ou malformations. L'implant stimule directement la voie auditive dans le tronc cérébral.
Un implant auditif est envisagé lorsque les appareils auditifs classiques ne suffisent plus à permettre une compréhension suffisante de la parole – c'est-à-dire lorsqu'aucune amélioration satisfaisante de l'audition n'est plus obtenue malgré des appareils auditifs parfaitement adaptés. Le moment choisi dépend du degré, du type et de l'évolution de la perte auditive.
« Un implant cochléaire est essentiellement une prothèse électronique de l’oreille interne, qui est insérée directement dans la cochlée et alimentée en électricité depuis l’extérieur. L’implant génère des impulsions électriques qui stimulent le nerf auditif, lequel transmet les signaux au cortex auditif dans le cerveau. L'implant se compose d'une partie externe et d'une partie interne. La partie externe, le capteur de sons, ressemble à une aide auditive moderne et se porte derrière l'oreille. Elle capte les sons, les convertit en signaux électriques et les transmet à une bobine placée sur la peau. À l’intérieur se trouve l’implant proprement dit, qui traite les signaux et les transmet à l’électrode située dans la cochlée. Cette électrode, dont la longueur varie selon le modèle, couvre un certain spectre de fréquences qui englobe la cochlée », explique le Prof. Dr Rudack, avant d’ajouter :
« Le spectre d’indication s’est considérablement élargi ces dernières années, de sorte que même les personnes souffrant d’une surdité unilatérale ou les enfants malentendants, implantés dès l’âge de neuf mois environ, en ont désormais bénéficié. Auparavant, l’âge minimum était de quatre ans, mais la prise de conscience que le développement auditif précoce favorise considérablement le développement du langage a considérablement modifié la pratique. Il existe désormais également des systèmes hybrides dans lesquels l’aide auditive continue d’être utilisée pour les hautes fréquences, tandis que l’implant couvre les gammes de fréquences plus basses. Ce spectre individuel laisse une grande marge de manœuvre à l’équipe médicale et aux patients pour garantir la meilleure prise en charge possible. Ces progrès techniques ont considérablement élargi les possibilités de l’implantation cochléaire ces dernières années, permettant ainsi à de plus en plus de personnes de compenser leur perte auditive de leur propre initiative et à l’aide de moyens modernes ».

Unité externe du système cochléaire._I, Ydomusch, CC BY-SA 3.0
L’âge des personnes concernées joue un rôle important dans le choix d’un implant auditif particulier, car il influence les attentes, les conditions anatomiques et physiologiques ainsi que les chances de succès de la prise en charge.
« Il n’y a pas de limite d’âge fixe. Le patient le plus âgé que j’ai implanté avait 86 ans, mais l’âge en soi n’est pas déterminant. Il est bien plus important d’évaluer la capacité de réadaptation et l’aptitude à utiliser l’appareil. Cette évaluation est aujourd’hui interdisciplinaire et tient compte à la fois de la perte auditive et des capacités motrices et cognitives. L’utilisation de l’appareil est certes possible, mais pas facile, surtout lorsqu’il s’agit de gérer différents bruits ambiants. Au quotidien, il peut par exemple être difficile de distinguer les différents bruits de fond. Dans une pièce calme, on comprend généralement bien son interlocuteur, mais dans des environnements bruyants comme les salles de concert ou les restaurants, il faut régler correctement les paramètres pour faciliter l’écoute. Écouter de la musique avec un implant cochléaire reste généralement difficile. Il existe cependant aujourd’hui des possibilités de réglage de plus en plus fines, appelées « stratégies », qui ajustent différentes bandes de fréquences. On s’appuie pour cela sur l’anatomie de la cochlée : les basses fréquences sont reproduites à l’extrémité de la cochlée (dans les aigus), tandis que les hautes fréquences le sont dans la partie basale (dans les graves). L'implant est donc inséré jusqu'à l'extrémité de la cochlée, et les contacts des électrodes peuvent être commandés individuellement. Selon le fabricant, le nombre de contacts d'électrodes varie, par exemple 16 ou 21, et ceux-ci peuvent être réglés physiologiquement de manière à reproduire de manière optimale les gammes de fréquences correspondantes. Un technicien spécialisé en implant cochléaire ou un audiologiste se charge du réglage fin des électrodes et adapte les bandes de fréquences en fonction de principes physiologiques. « Ce que l'on appelle l'« ajustement basé sur l'anatomie » est aujourd'hui la méthode courante et permet aux patients, une fois les réglages optimisés, d'apprendre plus facilement à entendre et d'être à nouveau compris rapidement dans le plus grand nombre de situations possible », explique le Prof. Dr Rudack.
Implant cochléaire chez un homme._Hear hear!, CC BY-SA 4.0
Chez les enfants, c’est surtout la fenêtre temporelle pour le développement du langage qui est déterminante. Plus un trouble auditif est détecté tôt et traité à l’aide d’un implant adapté, plus les chances d’un développement du langage et de la communication adapté à l’âge sont grandes. En particulier en cas de surdité congénitale ou acquise en petite enfance, une prise en charge précoce par implant cochléaire (souvent dès la première année de vie) est importante pour stimuler suffisamment les structures neuronales nécessaires à l’audition. Au cours de cette phase, le cerveau est particulièrement réceptif aux stimuli acoustiques – une « fenêtre critique » qui ne reste pas ouverte indéfiniment.
L'intervention médicale visant à poser un implant auditif, en particulier un implant cochléaire (IC), est une intervention chirurgicale de routine bien établie, qui est néanmoins réalisée avec le soin et la préparation nécessaires.
« Une opération au niveau de la tête, en particulier au niveau de l’oreille, est sans aucun doute une intervention exigeante. Elle est considérée comme une intervention relativement complexe comportant un certain risque, les risques périopératoires étant évalués avec précision au cas par cas au préalable. De nombreux patients âgés sont éligibles pour cette intervention, c’est pourquoi l’évaluation par l’anesthésiste est particulièrement importante. Avant l’opération, l’état de santé du patient est minutieusement examiné, notamment la tension artérielle, la fonction cardiaque et d’autres facteurs pertinents. Cet examen sert à réduire au maximum le risque lié à l’anesthésie et à garantir la sécurité de l’intervention. L'opération elle-même est essentiellement une intervention chirurgicale de l'oreille de difficulté moyenne. L'accès se fait derrière l'oreille. Une incision d'environ six centimètres est pratiquée afin de mettre à nu l'os du crâne, appelé calotte crânienne. Ensuite, l'apophyse mastoïde est fraisée afin de créer un accès à la cochlée. Tout se déroule sous contrôle microchirurgical à l'aide d'une fraise. L’objectif est de trouver un accès à la cochlée au niveau de la fenêtre ronde, une membrane qui sépare la cavité de l’oreille moyenne de la cochlée. Cette membrane est incisée, généralement sur une longueur d’environ 1,5 millimètre seulement, afin de permettre l’accès. « L’électrode est introduite avec précaution dans la cochlée à travers cette fente – il est parfois nécessaire de nettoyer la zone ou de tenir compte de particularités anatomiques, par exemple chez les enfants présentant une cochlée raccourcie ou dysplasique », explique le Prof. Dr Rudack, qui souligne :
« L’étape la plus importante consiste à insérer l’électrode lentement et de manière contrôlée dans la cochlée ; des études ont montré qu’une insertion prudente, d’une durée de sept minutes, préserve la fonction auditive. Il existe aujourd’hui des robots spéciaux qui effectuent cette insertion de manière mécanique, très lentement et avec précision, ce qui, selon des études récentes, conduit à de meilleurs résultats auditifs. L’opération dure généralement environ une heure. Des mesures peropératoires sont ensuite effectuées : un audiologiste vérifie les seuils électriques, teste les réactions du nerf auditif et s’assure que l’implant réagit correctement. Ces mesures sont décisives pour configurer l’appareil et procéder au premier réglage, afin que le patient puisse entendre de manière optimale par la suite »._ b=Hammer_ c=Amboss_ d=Steigbügel_ e=Mittelohr._Zoph, CC BY-SA 3.0.png)
a = tympan (rouge) _ b = marteau _ c = enclume _ d = étrier _ e = oreille moyenne. _Zoph, CC BY-SA 3.0
À long terme, la pose d’un implant cochléaire (IC) a généralement des effets très positifs sur la compréhension de la parole et la qualité de vie, tant chez les enfants que chez les adultes – à condition que les conditions médicales soient remplies et que le suivi soit rigoureux.
Après l'opération, les patients entament une phase de rééducation intensive qui dure environ un an. Ce processus est accompagné par une équipe spécialisée composée de différents professionnels qui s'occupent du suivi. « Lors de cette première programmation, environ 14 jours après l'opération, l'appareil est réglé afin d'assurer son fonctionnement de base et de permettre au patient d'entendre. Un technicien met l’appareil en service, explique les fonctions de base au patient, lui présente la télécommande et lui montre comment allumer et éteindre l’appareil. L’objectif est d’habituer le patient à son environnement et de recueillir ses premières impressions. Au cours de cette phase, le patient doit effectuer des exercices à domicile, par exemple allumer et éteindre lui-même l’appareil, afin de développer une première perception auditive. « Chez les adultes et les enfants, cette procédure est similaire, mais il existe des différences en termes de timing et d’objectifs », précise le Prof. Dr Rudack, avant d’expliquer les particularités chez les enfants concernés :
« Chez les enfants, l’indication d’un implant cochléaire est fondamentalement différente. Il y a des enfants qui deviennent sourds dès leur première ou deuxième année de vie en raison de maladies spécifiques, ainsi que des enfants qui sont nés sourds. En cas de surdité précoce, le défi consiste à apprendre à l’enfant à la fois à entendre et à parler. C’est une tâche complexe, car chez les enfants qui ont déjà entendu, le cerveau est déjà programmé en conséquence et il suffit de réactiver l’audition. Chez les enfants sourds, en revanche, ce développement du langage et de l’audition doit d’abord être mis en place, ce qui nécessite une période de prise en charge plus longue et plus intensive. Les implantations précoces sont décisives pour la réussite. « Les enfants qui bénéficient d’un implant cochléaire à un stade précoce peuvent désormais fréquenter une école ordinaire dès leur première année scolaire. Une prise en charge précoce permet de favoriser de manière optimale le développement des capacités linguistiques et de faciliter l’intégration dans le système scolaire ordinaire », explique le Prof. Dr Rudack.
Femme avec la main à l’oreille_générée par IA
Cette première étape est suivie d’un réglage fin, qui s’effectue dans le cadre de ce qu’on appelle les soins de base. L’appareil est alors réajusté chaque semaine afin d’optimiser le confort auditif individuel. Parallèlement, un orthophoniste accompagne l’entraînement, qui se concentre sur la perception des sons, la compréhension de mots isolés ainsi que l’entraînement de certains sons. Pour cela, il existe des outils spéciaux et des programmes d’entraînement auditif qui sont utilisés régulièrement au cours des quatre premières semaines, généralement une fois par semaine. Par la suite, les intervalles entre les séances s’allongent, suivis de séances de suivi qui durent généralement entre 11 et 15 minutes.
« Ces séances d’entraînement ont lieu soit dans une clinique de jour, soit dans les locaux des caisses d’assurance maladie, soit dans des cliniques de rééducation CI (implants cochléaires) en hospitalisation. En Allemagne, les plus courantes sont celles de Hanovre, qui suivent leur propre concept hospitalier. Lorsque le patient est bien adapté et que le développement auditif reste stable, il vient deux fois par an pour un contrôle. On vérifie alors le bon fonctionnement de l’audition avec l’implant et des ajustements sont effectués – ceux-ci varient considérablement en fonction des progrès individuels. Les spécialistes ne savent pas encore exactement pourquoi certains patients obtiennent de meilleurs ou de moins bons résultats. Pour y remédier, de nombreuses données sont collectées, notamment dans le registre national des implants cochléaires, créé en 2021. « Ces données contribuent à améliorer les pronostics afin de prédire dans quelle mesure un patient entendra bien avec l’implant, s’il sera capable d’interpréter correctement la musique ou quel sera le succès de son développement du langage », explique le Prof. Dr Rudack.
Un implant cochléaire (IC) est une solution auditive très efficace, mais aussi complexe, et, par rapport à d’autres implants auditifs tels que les implants de l’oreille moyenne ou les systèmes à ancrage osseux (BAHA), elle comporte des risques et des limitations spécifiques, qui peuvent être de nature médicale, technique ou pratique.
« Une opération au niveau de la tête est considérée comme une intervention complexe comportant un certain risque, le déroulement périopératoire devant être soigneusement planifié et surveillé. La procédure chirurgicale elle-même est essentiellement une opération de l’oreille de difficulté moyenne : l’os du crâne est mis à nu via une incision d’environ six centimètres derrière l’oreille. La mastoïde est alors fraisée afin de permettre l’accès à la cochlée. Tout se déroule sous contrôle microscopique à l’aide d’une fraise. L'objectif est de créer une ouverture au niveau de la fenêtre ronde, la membrane. Celle-ci est incisée, et l'électrode est introduite avec précaution à travers la membrane dans la cochlée. Il faut parfois tenir compte de particularités anatomiques, par exemple chez les enfants présentant une cochlée raccourcie ou dysplasique. Les progrès techniques permettent aujourd'hui d'insérer l'électrode de manière très douce. Des études montrent qu'une insertion lente, généralement d'au moins six minutes, est moins traumatisante pour l'audition. Il existe désormais également des techniques assistées par robot, dans lesquelles un bras robotisé insère l'électrode lentement et avec une précision au millimètre près dans la cochlée, ce qui, selon les études actuelles, conduit à de meilleurs résultats. L'opération dure généralement environ une heure. Après l’intervention, des mesures intra-opératoires sont effectuées : un audiologiste vérifie les seuils électriques, la réactivité du nerf et le bon fonctionnement de l’implant. « Ces données servent de base au premier réglage de l’appareil, afin que le patient puisse entendre le mieux possible par la suite », précise le Prof. Dr Rudack.
La complexité du traitement implique également l’évaluation de risques particuliers. L’organe de l’équilibre se trouve dans l’oreille et est en contact étroit avec l’organe de l’audition. En règle générale, les interventions à cet endroit ne posent toutefois pas de problèmes.
Le Prof. Dr Rudack concède toutefois : « Chez certains patients âgés, des vertiges peuvent toutefois survenir après l’opération, mais ils disparaissent généralement en quelques semaines. L’organe de l’équilibre lui-même n’est généralement pas endommagé, sauf en cas de particularités anatomiques. L'utilisation d'appareils spéciaux de surveillance nerveuse pendant l'opération permet de minimiser le risque de lésion, y compris du nerf facial. Heureusement, les lésions nerveuses peropératoires sont extrêmement rares. L'oreille interne étant reliée au cerveau par l'espace sous-arachnoïdien, il existe un risque supplémentaire d'infection. C'est pourquoi tous les patients doivent être vaccinés contre les pneumocoques afin de prévenir une éventuelle méningite. Lorsqu'il s'agit de lésions pathologiques telles qu'un schwannome vestibulaire, la situation est encore plus complexe. Cette tumeur bénigne touche le nerf qui contrôle l'équilibre et l'audition. Elle peut se développer dans le conduit auditif interne, dans le petit angle du pont ou même dans le cerveau. Un tel diagnostic nécessite un examen approfondi. La tumeur peut affecter le nerf auditif ou provoquer des acouphènes et des troubles de l'équilibre. Le traitement va de l'approche « watch and wait » (surveillance) à la radiochirurgie (par exemple, le Gamma Knife), en passant par l'ablation chirurgicale. La tendance est de plus en plus à la radiothérapie mini-invasive, en particulier pour les petites tumeurs, afin de minimiser les risques liés à une opération. En cas de tumeurs plus volumineuses ou si le nerf est déjà endommagé, il convient d'évaluer soigneusement si un implant cochléaire est indiqué. Si le nerf auditif a été complètement sectionné par l'opération ou s'il ne transmet plus les signaux, un implant n'a pas de sens. Il faut alors décider au cas par cas si une autre option thérapeutique est nécessaire. En résumé, cette question complexe dépend fortement de la situation et nécessite une coordination minutieuse et interdisciplinaire.
Schwannome vestibulaire._Partynia, CC BY-SA 4.0
Auparavant, on partait du principe que tous les patients, y compris ceux qui étaient sourds depuis 30 ou 40 ans, pouvaient bénéficier d’une implantation réussie. Cependant, il s’est avéré que cela ne fonctionne pas aussi simplement. Pendant les nombreuses années où le patient est sourd, le cerveau ne reçoit plus d’informations provenant du cortex auditif. Le cerveau a toujours besoin d’une tâche active, et d’autres zones cérébrales prennent le relais du cortex auditif.
« Un exemple en est le cortex visuel, qui est fortement activé chez les patients sourds de longue date, car ils se concentrent sur la lecture labiale et les indices visuels pour comprendre la communication. On parle ici de réorganisation corticale : le cortex cérébral déplace ses activités, et les zones actives migrent vers d’autres régions, principalement vers le cortex visuel. La récupération de la fonction auditive lors d’une implantation cochléaire dépend donc fortement de la durée de la surdité ou de la perte auditive. Plus la période sans stimulus auditif est longue, moins la réactivation des zones auditives d’origine est efficace. Le cerveau « oublie » en quelque sorte comment entendre, ce qui peut être considéré comme un processus de désapprentissage. Une fois l’implant activé, il doit être reprogrammé régulièrement pour obtenir les meilleurs résultats auditifs. Il reste toutefois en place et n’a pas besoin d’être remplacé en permanence. Il est conçu pour une utilisation à long terme et est généralement prévu pour durer toute une vie. Le processeur vocal, la partie externe du système, peut toutefois être renouvelé régulièrement, souvent tous les cinq ans, afin de bénéficier des dernières technologies et des meilleures stratégies auditives. « Les puces mises à jour sont alors à la pointe de la technologie, ce qui améliore le traitement de la parole et optimise les résultats auditifs », constate le Prof. Dr Rudack.
La clinique d’oto-rhino-laryngologie de l’hôpital universitaire de Münster organise régulièrement des « CI-Cafés », où les patients intéressés et les personnes concernées peuvent se rencontrer. Ils y reçoivent des instructions sur l’utilisation de l’implant cochléaire, ses fonctionnalités et ses interfaces avec les smartphones – qu’il s’agisse d’iPhone ou d’Android. Des entreprises y présentent leurs dernières innovations, et les patients peuvent les tester. Cela leur permet non seulement de se sentir en confiance face à la technologie, mais aussi de surmonter leur appréhension.

Personne avec un téléphone portable._Généré par IA
« Chaque année, nous posons environ 120 implants cochléaires à Münster. Pour l’avenir, nous souhaitons avant tout disposer de facteurs pronostiques plus précis qui nous permettraient d’évaluer de manière fiable à l’avance si un patient entendra bien ou non avec un implant. Chez les enfants, la situation est en train de changer, car aux États-Unis, on commence déjà à explorer la thérapie génique : de nombreux enfants nés sourds présentent des anomalies génétiques, notamment au niveau de l’équilibre sodium-potassium de leurs cellules ciliées dans l’oreille interne. Les premiers essais montrent que la thérapie génique permet d’introduire ces gènes manquants, ce qui favorise le développement d’une audition normale chez les enfants – une avancée très prometteuse qui a le potentiel de transformer radicalement la prise en charge. De plus, nous accordons de plus en plus d’importance à la recherche sur les soins. L'objectif est de mieux comprendre les facteurs pronostiques et d'améliorer encore le réglage des implants cochléaires. Nous souhaitons également prendre en charge des patients en dehors des soins conventionnels, par exemple dans le cadre d'études spécifiques, notamment sur la perception musicale. Nous poursuivons nos recherches sur le lien entre la perte auditive et la démence, car il est bien connu que la perte auditive constitue un facteur de risque pour le développement de la démence. Nous prévoyons de mesurer les ondes cérébrales et la programmation corticale chez les patients atteints de perte auditive, y compris ceux porteurs d’implants cochléaires, afin d’en savoir plus sur l’activité cérébrale liée à l’utilisation de l’implant. Les connaissances sur la manière dont le cerveau se reprogramme après la pose d’un implant cochléaire sont encore peu développées, et nous souhaitons progresser de manière ciblée dans ce domaine. En ce qui concerne les défis, nous devons également reconnaître que l’utilisation de cette technologie chez les patients âgés nécessite parfois de nombreuses explications. Pour apaiser leurs craintes, nous misons sur des approches innovantes telles que ce que l’on appelle le « Remote-Fitting » : cela signifie que nos audioprothésistes peuvent configurer l’appareil par vidéo dans des régions moins bien desservies, comme le Münsterland. Les réglages peuvent être effectués par vidéoconférence, ce qui facilite grandement la vie des patients, car ils n’ont pas toujours à parcourir de longues distances pour se rendre chez nous à Münster », explique le Prof. Dr Rudack pour conclure notre entretien.

Merci beaucoup, chère Professeure Rudack, pour cet aperçu détaillé des technologies des appareils auditifs et des implants !
