Entretiens avec des experts
Hallux valgus : quand le gros orteil dévie de son axe
Alexandra Pfitzmann · 28 août 2026
L'hallux valgus est l'une des déformations les plus courantes de l'avant-pied – et bien plus qu'un simple problème esthétique. Lorsque le gros orteil s'incline de plus en plus vers l'extérieur et que le métatarse dérive vers l'intérieur, l'équilibre global du pied s'en trouve modifié. Cela entraîne des douleurs, des points de pression et souvent des limitations importantes dans la vie quotidienne. Un diagnostic précoce et un traitement ciblé sont essentiels pour soulager les douleurs et préserver la fonction naturelle du pied.

L’hallux valgus se développe à la suite d’une interaction complexe entre des sollicitations biomécaniques inappropriées et des facteurs génétiques qui, ensemble, entraînent un déplacement progressif du gros orteil vers l’extérieur.
« Les causes de l’apparition d’un hallux valgus, communément appelé « oignon », sont multiples. On observe souvent une prédisposition familiale, ce qui explique que les facteurs génétiques et une prédisposition congénitale jouent un rôle important.
De plus, des modifications biomécaniques du pied, telles qu’un pied plat valgus, peuvent favoriser l’apparition et la progression de cette déformation. De telles modifications entraînent une altération de la répartition des charges et de la stabilité de l’avant-pied. Dans de rares cas, un accident peut également être à l’origine de cette malformation.
Par ailleurs, le port de chaussures inadaptées peut aggraver les symptômes. Les chaussures étroites ou qui serrent, ainsi que les talons hauts, augmentent notamment la pression sur l’avant-pied et la zone de la plante du pied. Bien qu’elles ne soient généralement pas la seule cause d’un hallux valgus, elles peuvent toutefois aggraver considérablement les déformations et les symptômes existants.
« D’autres causes possibles sont les maladies articulaires inflammatoires, qui compromettent la stabilité de l’articulation, ainsi que les faiblesses musculaires ou les maladies neurologiques, qui peuvent entraîner une modification de la répartition des charges sur le pied et, par conséquent, une déformation du gros orteil », explique le Dr Krapf au début de notre entretien.
En cas d’hallux valgus, les patients consultent généralement un médecin lorsque la déformation n’est plus seulement un problème esthétique, mais qu’elle perturbe sensiblement leur vie quotidienne.
« La plupart des patients se plaignent de douleurs liées à l’effort lorsqu’ils marchent ou restent debout. Souvent, ces troubles se développent progressivement au fil des années, mais ils peuvent aussi s’aggraver considérablement en relativement peu de temps. Outre les douleurs au niveau de la plante du pied, on observe fréquemment des points de pression, des gonflements et des difficultés à porter des chaussures. Aux stades avancés, des troubles nocturnes, des sensations de brûlure, des fourmillements ou d’autres troubles sensoriels peuvent également apparaître », explique le Dr Krapf.

Photo d’hallux valgus générée par IA
Les personnes concernées font état d’un déroulement du pied instable, d’une tendance à s’appuyer sur le bord extérieur du pied ou de douleurs au niveau du métatarse liées à l’effort, résultant de la modification de la répartition des pressions. Certaines personnes développent en outre des troubles au niveau des petits orteils, tels que des orteils en marteau ou des métatarsalgies (douleurs au niveau du métatarse), qui sont provoquées de manière secondaire par la déformation.
Les douleurs nocturnes, une sensation d’instabilité ou l’impression de « ne plus pouvoir marcher correctement » sont également des motifs fréquents de consultation médicale. Beaucoup viennent en outre parce qu’ils constatent que le gros orteil continue de se déporter visiblement vers l’extérieur ou parce que la déformation s’aggrave soudainement plus rapidement.
Seule une combinaison d’examen clinique, d’analyse fonctionnelle et d’imagerie médicale permet d’évaluer de manière fiable si un hallux valgus reste stable ou s’il s’aggrave nettement. Le diagnostic suit un protocole clair, dans lequel sont évaluées à la fois la déformation visible et les schémas biomécaniques sous-jacents.
Dans un premier temps, l’examen clinique permet de déterminer dans quelle mesure l’axe du gros orteil est déjà dévié et s’il existe des altérations associées. Une douleur à la pression croissante sur la face interne du pied, une région bursale enflammée ou épaissie, ainsi que des altérations secondaires telles que des orteils en marteau ou une surcharge du métatarse, sont autant d’indices d’une évolution progressive de la pathologie.
La mobilité de l’articulation métatarsophalangienne du gros orteil joue également un rôle : une articulation instable ou hypermobile favorise une aggravation, tandis qu’une articulation ferme et peu mobile indique plutôt une évolution stable.
Le Dr Krapf commente à ce sujet : « Il est difficile d’établir un pronostic fiable au cas par cas. Divers facteurs peuvent toutefois indiquer s’il faut s’attendre à une aggravation de la déformation. La cause de l’hallux valgus ainsi que la stabilité générale du pied revêtent notamment une importance particulière.
De plus, des instabilités au niveau du métatarse, par exemple au niveau de l’articulation de Lisfranc (série d’articulations entre les os métatarsiens et les os du tarse), peuvent favoriser la progression de la déformation. En cas de modifications déjà présentes, il est donc judicieux de consulter rapidement un orthopédiste spécialisé en chirurgie du pied. Souvent, des mesures préventives telles que le port de chaussures adaptées, la mise en place de semelles orthopédiques ainsi que des exercices ciblés de renforcement et de mobilité peuvent contribuer à ralentir la progression de la déformation.
L’évolution d’un hallux valgus peut être bien évaluée à l’aide de modifications visibles, de limitations fonctionnelles, d’angles radiologiques et de schémas biomécaniques. Le diagnostic repose donc toujours sur une combinaison d’examen clinique, de mesures techniques et d’évaluation des facteurs de risque individuels.
Les mesures conservatrices peuvent influencer l'évolution d'un hallux valgus en améliorant les forces biomécaniques agissant sur l'avant-pied et en stabilisant ainsi fonctionnellement la déformation. Il est essentiel de noter que ces mesures sont particulièrement efficaces lorsque l’hallux valgus est encore flexible et que les axes articulaires n’ont pas subi de modifications permanentes.
« Les traitements conservateurs visent avant tout à soulager les douleurs et à ralentir autant que possible la progression de la déformation. Les problèmes biomécaniques existants, tels qu’un pied plat valgus ou des déséquilibres musculaires, peuvent être améliorés grâce à des semelles orthopédiques sur mesure, à la kinésithérapie et à des exercices ciblés. Le choix de chaussures adaptées, offrant suffisamment d’espace au niveau de l’avant-pied, est tout aussi important pour réduire les points de pression et les douleurs.
Les limites du traitement conservateur résident toutefois dans le fait qu’une déformation osseuse déjà existante ne peut généralement pas être corrigée de manière définitive. « Si les symptômes s’aggravent malgré un traitement conservateur ou si la déformation progresse de manière significative, il convient de réévaluer la situation et, le cas échéant, d’envisager une intervention chirurgicale », recommande le Dr Krapf.
La décision quant à savoir si une intervention chirurgicale pour l’hallux valgus est judicieuse ou médicalement nécessaire repose sur une combinaison de symptômes cliniques, de limitations fonctionnelles, de résultats radiologiques et sur la question de savoir si la déformation est encore flexible ou déjà fixée sur le plan structurel.
« Le facteur le plus important pour l’indication chirurgicale réside dans les symptômes du patient et la diminution de la qualité de vie qui en résulte. Une intervention chirurgicale peut être indiquée lorsque les activités quotidiennes, les exigences professionnelles ou les loisirs importants ne peuvent plus être pratiqués sans douleur.
De même, une intervention peut être indiquée lorsque des analgésiques sont régulièrement nécessaires ou que les traitements conservateurs ne permettent plus d’obtenir une amélioration suffisante. En principe, avant toute intervention chirurgicale, dans la mesure où cela est médicalement justifiable, il convient d’abord de tenter un traitement conservateur », conseille le Dr Krapf.
Lors de l’examen, le médecin vérifie si le gros orteil est encore mobile et peut être corrigé, ou si l’axe est déjà figé sur le plan structurel. Un hallux valgus flexible peut souvent être stabilisé par des moyens conservateurs, tandis qu’une déformation fixe nécessite généralement une intervention chirurgicale à long terme. La radiographie fournit les indications objectives décisives : un angle fortement accru, des os sésamiens déplacés ou une arthrose naissante indiquent que la déformation est ancrée et qu’elle continuera à s’aggraver sans intervention chirurgicale.
L'évolution est également importante. Si l'hallux valgus s'aggrave visiblement au fil des mois, malgré l'utilisation systématique de semelles orthopédiques, de séances de kinésithérapie et de chaussures adaptées, il est considéré comme progressif. Des modifications supplémentaires, telles que des orteils en marteau ou des douleurs métatarsiennes marquées, sont d’autres signes indiquant que l’avant-pied est déjà surchargé et qu’une correction chirurgicale peut s’avérer judicieuse.

Une intervention chirurgicale est indiquée lorsque les douleurs et les limitations fonctionnelles s’aggravent, que les traitements conservateurs ont été épuisés, que la déformation est structurellement fixée ou que les paramètres radiologiques montrent une déviation axiale progressive. La nécessité médicale résulte donc de la combinaison des symptômes, des résultats objectifs et de la question de savoir si le pied peut retrouver sa fonction naturelle sans correction chirurgicale.
Les interventions chirurgicales modernes de l’hallux valgus se distinguent aujourd’hui nettement par la manière dont elles corrigent la déformation, par la stabilité à long terme de la correction et par les résultats auxquels les patients peuvent s’attendre. Le choix du niveau d’intervention sur le premier métatarse est déterminant, tout comme le fait de traiter directement la cause de la déformation, par exemple une instabilité du premier rayon.
Les différents types et techniques chirurgicales se distinguent non seulement par l’emplacement de la correction sur l’os, mais aussi par la signification de leurs noms. Les techniques distales, telles que l’ostéotomie en chevron, tirent leur nom du fait que l’os est sectionné en forme de V – un « chevron » – directement au niveau de l’articulation métatarsophalangienne du gros orteil. Ce petit déplacement ciblé convient bien aux déformations légères à modérées, permet une guérison rapide et une mise en charge précoce, mais atteint ses limites lorsque les angles sont plus importants.
Les techniques diaphysaires, telles que l’ostéotomie de Scarf, tirent leur nom du fait que l’os est sectionné selon un long tracé oblique qui rappelle une écharpe (« scarf »). Cette forme crée une grande surface de contact et donc une grande stabilité, ce qui permet de corriger de manière fiable les déformations modérées à prononcées et réduit le risque de récidive à long terme.
Les techniques proximales, telles que l’arthrodèse de Lapidus, tirent leur nom du chirurgien Paul Lapidus. Elles consistent à rigidifier l’articulation instable située entre le métatarse et le tarse afin de stabiliser directement à la source la cause des déformations graves. La guérison prend plus de temps, mais la stabilité biomécanique est maximale, en particulier en cas d’instabilité marquée ou d’articulations hypermobiles.
« L’hallux valgus n’est pas une pathologie homogène, mais englobe différentes déformations aux causes et aux degrés d’expression variés. C’est pourquoi il existe aujourd’hui de nombreuses techniques chirurgicales. L’objectif de la chirurgie moderne de l’hallux valgus est de traiter les causes sous-jacentes de la manière la plus ciblée possible, de corriger la déformation avec précision et d’obtenir des résultats stables à long terme. Selon les résultats de l’examen, on recourt aussi bien à des techniques chirurgicales mini-invasives qu’à des techniques ouvertes.
Le choix de la technique optimale se fait au cas par cas, sur la base de l’examen clinique, des antécédents médicaux et d’une imagerie détaillée. Une radiographie sous charge ou une radiographie 3D moderne en position debout s’avère particulièrement utile à cet égard. Les différentes options thérapeutiques sont ensuite discutées avec le patient et adaptées à ses caractéristiques anatomiques ainsi qu’à ses besoins personnels », précise le Dr Krapf.
La durée de la convalescence après une opération de l’hallux valgus dépend de plusieurs facteurs interdépendants qui déterminent à quelle vitesse les os, les articulations et les tissus mous redeviennent aptes à supporter une charge.
« La durée de la convalescence dépend de différents facteurs. Parmi ceux-ci figurent l’état de santé général du patient, la technique chirurgicale choisie ainsi que le respect rigoureux des consignes de suivi postopératoire. Les patients peuvent contribuer activement au processus de guérison en suivant scrupuleusement les mesures recommandées avant et après l’opération.
Il s’agit notamment d’arrêter de fumer, de surélever systématiquement le pied, de respecter les consignes relatives à la mise en charge, de faire des exercices réguliers et de porter des chaussures de décharge, des attelles ou des bandages, dans la mesure où ceux-ci ont été prescrits. Les contrôles de suivi réguliers sont tout aussi importants afin de surveiller le processus de guérison et d’adapter le traitement en temps utile si nécessaire », constate le Dr Krapf, qui, à la fin de notre entretien, souligne à propos des soins dispensés au Centre du pied de Lucerne :
« Au Centre du pied, les patients sont pris en charge par des médecins spécialistes en orthopédie et en chirurgie traumatologique, spécialisés dans la chirurgie du pied et de la cheville. Forts d’une longue expérience et d’une formation continue, nous proposons un diagnostic complet ainsi que des prises en charge individuelles, tant conservatrices que chirurgicales. Notre prise en charge est interdisciplinaire et s’effectue en étroite collaboration avec des kinésithérapeutes, des techniciens orthopédistes ainsi que d’autres professionnels de la santé. Cela nous permet de garantir une prise en charge optimale grâce à des semelles orthopédiques, des chaussures orthopédiques et des thérapies complémentaires.
Si une intervention chirurgicale s’avère nécessaire, nous accompagnons nos patients tout au long du processus de traitement, de la planification préopératoire à la rééducation. Les interventions sont réalisées dans les cliniques Hirslanden St. Anna à Lucerne, St. Anna Meggen ainsi qu’au Centre suisse des paraplégiques. Même après l’opération, nos patients bénéficient d’un réseau étroit de médecins généralistes, de kinésithérapeutes et d’autres spécialistes afin d’obtenir la meilleure rééducation possible et un résultat durable.
- Spécialiste de la chirurgie du pied et de la cheville jouissant d’une réputation internationale
- Expert en hallux valgus, arthrose et rhumatismes – traitements chirurgicaux et conservateurs
- Directeur du Centre du pied de Lucerne depuis 2018
- Médecin de l'équipe du FC Lucerne – prise en charge de sportifs de tous niveaux
- Chirurgien du pied certifié (certificat d’expert de la DGFF, microchirurgie à l’université de Bâle)
- Spécialisé en traumatologie et orthopédie du sport, y compris l'optimisation de l'entraînement et l'adaptation du matériel
- Analyse biomécanique spécialisée de la marche pour un diagnostic précis et la prévention
- Large éventail de traitements conservateurs : chaussures orthopédiques, semelles, orthèses, kinésithérapie
- Gamme complète d'interventions chirurgicales, de l'avant-pied au milieu et à l'arrière-pied, en passant par les déformations, les lésions tendineuses, les instabilités et les fractures
- Collaboration interdisciplinaire
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