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Entretiens avec des experts

TAPE : embolisation transartérielle dans le traitement des pathologies articulaires de la hanche, du genou, des mains et des pieds

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Alexandra Pfitzmann · 30 janvier 2026

L'embolisation périarticulaire transartérielle (TAPE) est une technique mini-invasive guidée par imagerie destinée au traitement des affections articulaires douloureuses. Elle est notamment utilisée pour traiter les douleurs au niveau des hanches, des genoux, des mains et des pieds, et vise à réduire les douleurs d'origine inflammatoire par une embolisation vasculaire ciblée. L'objectif de cette méthode est de réduire de manière ciblée l'hyperperfusion pathologique et l'inflammation au niveau de l'articulation, ce qui permet de soulager la douleur et d'améliorer la mobilité. La rédaction du Leading Medicine Guide a pu en savoir plus sur ce sujet lors d'un entretien avec le professeur Thomas J. Vogl, docteur en médecine.

Univ.-Prof. Dr. Dr. med. Thomas J. Vogl

La thérapie TAPE (embolisation périarticulaire transartérielle) est notamment utilisée dans le traitement des maladies articulaires chroniques causées par des modifications dégénératives ou des processus inflammatoires. 

« TAPE signifie embolisation périarticulaire transartérielle. On parle parfois simplement de TAE, c’est-à-dire d’embolisation transartérielle, mais le terme TAPE décrit en réalité le processus de manière plus précise. Ce qui est fascinant, c’est qu’on peut aider les patients en occluant de manière ciblée certains vaisseaux. Normalement, on utilise ce type de procédure artérielle pour arrêter des hémorragies ou traiter des tumeurs. Ici, cependant, des médicaments sont administrés directement dans l’articulation via les vaisseaux. L’occlusion de certains vaisseaux coupe la synoviale proliférante – la synoviale – ainsi que les états inflammatoires existants de la circulation sanguine. Cela conduit alors à une amélioration des symptômes. Cette technique n’est pas adaptée aux inflammations aiguës ou aux tumeurs, mais plutôt aux lésions articulaires chroniques : lésions du cartilage, anciennes lésions ligamentaires ou états inflammatoires généraux au niveau de l’articulation. Ce sont précisément ces états inflammatoires qui sont interrompus par l’embolisation, car l’irrigation sanguine est réduite. « De nombreux patients retrouvent ensuite une meilleure mobilité, gagnent en souplesse et constatent une nette amélioration de leur qualité de vie », explique le Prof. Dr Dr Vogl au début de notre entretien, avant de poursuivre :

« En général, nous recevons des patients dont les articulations se détériorent continuellement depuis longtemps, mais qui ne souhaitent pas encore de prothèse articulaire. Un exemple : un patient de 60 ans souffrant d’arthrose sévère du genou. Si cette intervention lui permet de bien marcher pendant un ou deux ans de plus, le moment de la pose d’une prothèse peut être repoussé. C’est important, car si l’on reçoit une prothèse de genou à 60 ans, celle-ci est souvent usée à 70 ans – et le remplacement d’une prothèse est toujours nettement plus risqué à un âge avancé. C'est précisément ce que l'on cherche à éviter. Cette technique est le plus souvent utilisée au niveau du genou ; c'est le principal domaine d'application à l'échelle mondiale. Viennent ensuite les articulations de la hanche. On traite plus rarement les coudes en cas d’arthrose sévère, les poignets ou les pieds – mais en principe partout où des réactions des tissus mous apparaissent. Cela se contrôle bien, car les zones fortement irriguées absorbent beaucoup de produit de contraste et on peut réduire de manière ciblée ces zones « nébuleuses » grâce aux billes. Il existe deux variantes : des particules permanentes, qui se dégradent lentement sur plusieurs années, et des particules temporaires plus récentes, qui se dissolvent complètement dans le sang en trois à six mois grâce à des processus naturels. De nombreux patients trouvent cela très intéressant. L’effet est fondamentalement le même, mais on ne sait pas encore si l’effet des particules temporaires reste aussi stable à long terme, car elles ne sont pas utilisées depuis assez longtemps. Et il est important de noter que cette procédure ne guérit pas l’articulation. Le cartilage reste endommagé. Mais la douleur s’atténue, la qualité de vie s’améliore et on peut utiliser son articulation plus longtemps.

Le TAPE est souvent utilisé lorsque les mesures conservatrices telles que la kinésithérapie, les analgésiques ou les injections intra-articulaires ne sont plus suffisamment efficaces, mais qu’une opération n’est pas encore nécessaire ou n’est pas souhaitée. Cette méthode est particulièrement avantageuse pour les patients qui recherchent une alternative préservant l’articulation, car elle ne modifie pas l’articulation elle-même et est réalisée de manière mini-invasive.

Arthrose Knie._Stündle, CC0, via Wikimedia Commons

« En règle générale, le patient nous contacte au préalable, soit par l’intermédiaire de son orthopédiste, soit directement. Nous commençons par déterminer lors d’un entretien téléphonique si la procédure est en principe envisageable. Lorsque le patient se présente ensuite en personne, nous réalisons des clichés en trois dimensions, généralement une IRM incluant une visualisation vasculaire. Nous vérifions ainsi si les vaisseaux sont perméables et si l’intervention est techniquement possible. Il faut ensuite clarifier la question de la prise en charge financière, c’est-à-dire déterminer quelle caisse d’assurance maladie est compétente. Selon l’assurance, il peut être nécessaire d’obtenir une autorisation. Nous accompagnons les patients dans cette démarche. Certaines caisses d’assurance maladie exigent une justification précise ou une estimation des coûts avant de donner leur accord. Il faut examiner cela au cas par cas. Après l’examen, nous discutons à nouveau de tout cela avec le patient, passons en revue les chances et les risques et décidons ensemble si l’intervention sera réalisée. L'intervention peut avoir lieu soit le jour même, soit à une date ultérieure. Elle dure environ une heure et est généralement indolore. Nous gardons ensuite le patient en observation pendant quatre heures. Si tout se passe bien, il peut quitter la clinique le jour même », explique le Prof. Dr Dr Vogl.

Les traitements conservateurs tels que les analgésiques, les anti-inflammatoires ou les injections n’ont généralement qu’un effet symptomatique, sans s’attaquer directement à la cause de la douleur, tandis que les interventions chirurgicales sont nettement plus invasives, nécessitent des temps de récupération plus longs et peuvent comporter des risques plus élevés. Le TAPE, en revanche, agit de manière ciblée sur les vaisseaux pathologiques, préserve les tissus, préserve l’articulation et peut être utilisé aussi bien comme traitement autonome qu’en complément d’autres mesures. Grâce à ce traitement direct et mini-invasif, il est souvent possible de réduire efficacement la douleur et d’améliorer la fonction articulaire sans qu’une opération soit nécessaire.


Le TAPE ne convient pas aux patients présentant des articulations fortement endommagées, par exemple en cas d’arthrose prononcée ou de perte massive de cartilage, car la douleur y est principalement due à des lésions structurelles. Les articulations infectées ou présentant une inflammation aiguë, ainsi que les infections systémiques, excluent également cette intervention. De plus, la coagulation sanguine et les vaisseaux doivent être adaptés : des troubles graves de la coagulation, une anticoagulation non contrôlée ou certaines maladies vasculaires augmentent le risque. En cas de surpoids important ou d'anatomie défavorable, l'accès aux vaisseaux peut être compliqué. En principe, la TAPE ne remplace pas une opération lorsqu'une prothèse ou une autre intervention est clairement nécessaire, par exemple en cas d'instabilité, de fonction fortement réduite ou de lésions importantes.


Le déroulement de la thérapie TAPE est bien structuré pour les patients, peu invasif et peut généralement être réalisé en ambulatoire. Avant l'intervention, une préparation minutieuse est nécessaire, comprenant une anamnèse détaillée, un examen physique et des examens d'imagerie tels que l'échographie, l'IRM ou le scanner, afin d'évaluer avec précision l'articulation concernée et la structure vasculaire. De plus, les risques potentiels sont évalués, tels que les troubles de la coagulation ou les comorbidités, et le patient est informé du déroulement de l'intervention, des effets secondaires possibles et des soins postopératoires. Un ajustement des médicaments anticoagulants est souvent nécessaire.

TAPE_Case_Study_Leading_Medicine_Guide

Le jour de l'intervention, le patient reçoit d'abord une anesthésie locale. Ensuite, un cathéter fin est introduit par une artère de l'aine ou du bras et avancé sous contrôle radiographique jusqu'aux petits vaisseaux entourant l'articulation touchée. Une fois sur place, les vaisseaux responsables de l’inflammation sont obturés de manière ciblée à l’aide de minuscules particules. Pendant l’intervention, le patient reste éveillé ou reçoit une légère sédation ; une anesthésie générale n’est pas nécessaire. Après le retrait du cathéter et une brève phase de surveillance, le patient peut généralement rentrer chez lui le jour même.

Le Prof. Dr Dr Vogl commente à ce sujet : « Pendant l’intervention elle-même, il faut disposer de résultats sanguins récents, et un très petit cathéter est mis en place, qui est guidé avec précision à l’endroit voulu. L'intervention dure généralement entre une demi-heure et une heure, car le travail sur ces très petits vaisseaux est extrêmement minutieux. Avec l'expérience nécessaire, cela est toutefois tout à fait réalisable. En principe, cette méthode s’adresse aux patients dont la qualité de vie est fortement réduite en raison d’une arthrose articulaire, mais qui ne sont pas encore prêts ou aptes à recevoir une prothèse totale – que ce soit parce qu’ils sont trop jeunes, qu’ils ne le souhaitent pas encore ou que les lésions ne sont pas encore suffisamment avancées. C’est précisément dans cette lacune que s’inscrit cette procédure. Après tout, même avec une prothèse, il n’y a aucune garantie d’être totalement libéré de ses douleurs par la suite. Beaucoup agiraient de la même manière à ce stade : essayer d’abord de voir si l’embolisation permet de retrouver une meilleure qualité de vie. On peut toujours poser une prothèse plus tard – elle ne va pas s’enfuir, et on en pose aujourd’hui partout. « La méthode elle-même a vu le jour dans un contexte similaire à celui de l’embolisation de la prostate ou des myomes », explique-t-il pour conclure notre entretien, avant de décrire ce qui se passe après l’intervention :

« Un peu de repos ne fait pas de mal, et il faut d’abord réduire l’effort physique. Sur plusieurs centaines de patients, nous n’avons jamais constaté de complications graves. Il peut tout au plus y avoir un léger saignement au niveau du site de ponction dans l’aine, mais heureusement, aucun problème sérieux n’est survenu jusqu’à présent. En ce qui concerne l’effet, la plupart des patients rapportent que les premiers signes d’amélioration apparaissent au bout de trois à quatre semaines. Le résultat maximal est atteint au bout d’environ trois mois, et les bénéfices durent généralement un à deux ans – en fonction de l’amplitude des mouvements et de la coopération du patient lui-même. Si les symptômes s’aggravent à nouveau, l’intervention peut en principe être répétée. Il ne faut pas le faire à l’infini, mais deux à trois fois, c’est tout à fait possible. C’est une option très intéressante, en particulier pour les patients plus jeunes qui ont des problèmes de genou précoces et qui souhaitent retarder le plus longtemps possible la pose d’une prothèse.

Merci beaucoup, Professeur Dr Dr Vogl, pour cet aperçu intéressant du traitement TAPE très prometteur !


  • Spécialiste en radiothérapie-radio-oncologie, neuroradiologie et radiologie interventionnelle à Francfort-sur-le-Main, il est reconnu comme l’un des experts européens de premier plan en radiologie interventionnelle.
  • Il pratique des procédures de pointe, telles que la chimio-perfusion régionale transartérielle, les techniques d’ablation tumorale et les embolisations.
  • Innovateur en technologie médicale, il est connu pour avoir développé un robot d'angiographie permettant un meilleur diagnostic des tumeurs.
  • Spécialisé dans les traitements mini-invasifs, y compris l'utilisation de technologies de pointe telles que la caméra 3D et l'IA.
  • Engagé en faveur d'une prise en charge centrée sur le patient, de l'assurance qualité et des échanges interdisciplinaires.
  • Partenaire officiel de la DFB (Fédération allemande de football), spécialisé dans la prise en charge médicale des sportifs professionnels.
  • Auteur de nombreux ouvrages de référence, lauréat de plusieurs prix scientifiques et membre de diverses associations professionnelles internationales.

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