Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) englobent des affections telles que la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse, dans lesquelles le système immunitaire provoque une inflammation persistante de l'intestin. Elles évoluent généralement par poussées, peuvent fortement perturber la vie quotidienne et nécessitent un diagnostic précis ainsi qu'un traitement à long terme adapté à chaque patient. Les traitements modernes permettent aujourd'hui de mieux contrôler l'inflammation, de soulager les symptômes et d'aider de nombreuses personnes atteintes à améliorer durablement leur qualité de vie.
Pour en savoir plus, la rédaction du Leading Medicine Guide s'est entretenue avec le professeur Birgit Terjung, spécialiste en gastro-entérologie et en médecine nutritionnelle.
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« La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse sont deux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin distinctes qui, bien que clairement différenciées, peuvent également se recouper sur certains aspects.
Leurs causes ne peuvent être attribuées à un seul facteur déclenchant, mais résultent d’une interaction entre de nombreux facteurs. Ces deux maladies reposent sur une réaction immunitaire inappropriée contre la muqueuse intestinale, dont les mécanismes exacts ne sont pas encore entièrement compris. À cela s’ajoutent des influences génétiques : de nombreux gènes contribuent dans une faible mesure au risque de développer la maladie, parmi lesquels le gène NOD2, qui a fait l’objet de nombreuses études.
On observe une prédisposition familiale : le risque pour les enfants est de 6 à 10 % si l’un des parents est atteint, et d’environ 30 % si les deux parents sont atteints. La flore intestinale joue également un rôle important. Des modifications du microbiome peuvent favoriser les inflammations, sans qu’une bactérie spécifique ait été identifiée comme facteur déclenchant. Des facteurs liés au mode de vie interviennent également : le tabagisme aggrave nettement l’évolution de la maladie de Crohn, tandis que la colite ulcéreuse réagit dans une certaine mesure de manière positive à la nicotine.
L'alimentation – en particulier les aliments hautement transformés – peut influencer les processus inflammatoires. Le stress et les tensions psychologiques ne sont pas considérés comme des causes, mais peuvent aggraver des maladies existantes. « De nombreuses personnes touchées associent l’apparition de leurs symptômes à des événements de vie stressants, mais ceux-ci agissent plutôt comme des facteurs aggravants d’une prédisposition à la maladie déjà existante, mais jusqu’alors inaperçue », explique le Prof. Dr Terjung au début de notre entretien, avant de décrire les symptômes des patients :
« Ces maladies peuvent en principe survenir à tout âge, même s’il existe deux pics de fréquence typiques : les enfants et les jeunes adultes sont particulièrement touchés, tout comme les personnes âgées de 50 ans environ jusqu’à un âge avancé. Même les bébés peuvent être atteints, tandis que d’autres ne connaissent leur première poussée qu’à 80 ans. Aucun sexe n’est plus fréquemment touché, et on estime actuellement à environ 600 000 le nombre de personnes atteintes en Allemagne.
Les poussées se manifestent de manière très similaire dans les deux maladies. Le symptôme principal est la diarrhée, souvent plusieurs fois par jour et typiquement aussi la nuit – une différence par rapport au syndrome du côlon irritable, où les troubles nocturnes sont rares. Dans le cas de la colite ulcéreuse, on observe en outre fréquemment des traces de sang dans les selles, car l'inflammation touche la muqueuse superficielle bien irriguée.
Dans la maladie de Crohn, c'est toute la paroi intestinale qui est enflammée et présente des ulcères profonds, ce qui explique que les saignements soient moins marqués. À cela s’ajoutent des douleurs abdominales, parfois intenses, autour de la défécation, un manque d’appétit, des nausées et une perte de poids. De la fièvre ou des marqueurs inflammatoires élevés dans le sang peuvent constituer d’autres indices. D’un point de vue clinique, il n’est toutefois pas possible de distinguer avec certitude ces deux maladies l’une de l’autre sur la base des symptômes.
Le diagnostic des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin nécessite une approche systématique, car les symptômes sont souvent non spécifiques et de nombreuses autres causes peuvent être envisagées. Étape par étape, on vérifie s’il y a effectivement une inflammation de la muqueuse intestinale, où elle se situe et s’il s’agit plutôt de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse.

À ce sujet, le Prof. Dr Terjung explique : « Lorsqu’un patient se présente avec des symptômes non spécifiques tels que des diarrhées, des douleurs abdominales ou une perte de poids, il faut d’abord déterminer s’il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin ou d’une autre cause.
On procède d’abord à un examen clinique visant à évaluer les points douloureux dans la région abdominale, les modifications palpables ou les ganglions lymphatiques hypertrophiés. Un échantillon de selles est ensuite analysé, notamment pour détecter la calprotectine, un marqueur inflammatoire (une protéine libérée par certains globules blancs en cas d’inflammation active dans l’intestin).
Si son taux est élevé, cela indique une inflammation de la muqueuse. De plus, des analyses de selles sont réalisées pour détecter des infections bactériennes ou virales, afin d’exclure les agents pathogènes classiques tels que les salmonelles, les shigelles, les campylobacters ou les norovirus comme causes de la diarrhée. Une échographie permet de déterminer si la muqueuse intestinale est épaissie ou s'il y a un épanchement inflammatoire dans la cavité abdominale.
Une prise de sang fournit des indications supplémentaires, telles qu’une élévation des marqueurs inflammatoires ou des modifications des paramètres organiques. Si le soupçon de maladie de Crohn ou de colite ulcéreuse persiste, une coloscopie est réalisée. Lors de cet examen, la muqueuse est directement examinée à l’aide d’un endoscope et des prélèvements tissulaires sont effectués.
En fonction des résultats, la partie terminale de l'intestin grêle, l'iléon terminal, est également examinée. En cas de suspicion de maladie de Crohn, un examen IRM spécifique de l'intestin grêle peut être réalisé, au cours duquel un produit de contraste est bu afin de rendre visibles les segments intestinaux enflammés. Une gastroscopie peut également s’avérer utile, car la maladie de Crohn peut toucher l’ensemble du tube digestif, de la lèvre à l’anus.
À la fin, tous les résultats sont regroupés et le pathologiste confirme, à l'aide des échantillons de tissu, s'il s'agit plutôt d'une maladie de Crohn ou d'une colite ulcéreuse.
Plusieurs options thérapeutiques sont disponibles, et il faut souvent se décider dès le début, même si le diagnostic n’est pas toujours formel. Le résultat pathologique peut parfois se limiter à confirmer la présence d’une inflammation, sans distinguer clairement la maladie de Crohn de la colite ulcéreuse.
« C’est frustrant pour de nombreuses personnes concernées, mais cette imprécision n’a pas beaucoup d’importance pour les premières étapes thérapeutiques, car le traitement initial est similaire pour les deux maladies. La première étape consiste généralement à utiliser un protecteur de la muqueuse, typiquement la mésalazine (anti-inflammatoire). Ce médicament agit directement sur la muqueuse intestinale et peut être administré sous forme de comprimés, de granulés, de suppositoires, de lavements ou de mousse.
Il est particulièrement efficace lorsque l’inflammation n’est pas encore très prononcée et favorise la cicatrisation locale de la muqueuse. Si la mésalazine ne suffit pas, un traitement à la cortisone est souvent prescrit en deuxième étape afin d’endiguer rapidement l’inflammation. Il existe des préparations à base de cortisone qui présentent moins d'effets secondaires, car elles sont en grande partie métabolisées par le foie avant d'atteindre leur site d'action.
Ces préparations spéciales à base de cortisone (par exemple le budésonide) sont particulièrement indiquées lorsque l'inflammation se limite à la zone de transition entre l'intestin grêle et le gros intestin, également appelée iléon terminal. Si cela ne suffit pas, il faut recourir à la cortisone classique – mais seulement pendant quelques semaines, car une prise à long terme doit être évitée en raison des effets secondaires.
« Après cette phase, on évalue si le traitement est suffisamment efficace ou si d’autres médicaments, tels que les biologiques, sont nécessaires », explique le Prof. Dr Terjung, avant d’évoquer l’administration éventuelle de biologiques :
« Pour les patients chez qui ces traitements ne suffisent pas, il existe aujourd’hui des médicaments modernes à action ciblée : les biologiques. Leur nom évoque d’abord pour beaucoup des remèdes naturels, mais il s’agit en réalité d’anticorps produits par biotechnologie qui bloquent de manière ciblée les médiateurs inflammatoires de l’organisme.
Ils agissent selon le principe de la clé et de la serrure et interviennent de manière très spécifique sur le système immunitaire déréglé de la muqueuse intestinale. Ces médicaments ont radicalement changé la thérapie : ils sont très efficaces et, en même temps, relativement bien tolérés. Ils permettent souvent d’obtenir ce qu’on appelle une « guérison de la muqueuse », c’est-à-dire un état dans lequel la muqueuse intestinale apparaît, à l’endoscopie, comme étant totalement exempte d’inflammation. Cela était autrefois considéré comme pratiquement impossible et représente aujourd’hui l’une des plus grandes avancées dans le traitement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
Les médicaments biologiques sont des médicaments modernes fabriqués à l’aide de cellules vivantes, et non par des procédés chimiques classiques. Dans des cultures cellulaires spécialisées, ces cellules agissent comme de minuscules usines : elles reçoivent un « plan de construction » génétique et produisent alors des molécules protéiques bien précises, le plus souvent des anticorps. Ces anticorps peuvent bloquer de manière très ciblée certaines substances inflammatoires dans l’organisme et ainsi apaiser l’inflammation intestinale. Grâce à ce mode d’action précis, les médicaments biologiques sont aujourd’hui considérés comme une avancée majeure dans le traitement des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
Les médicaments biologiques sont généralement utilisés sur une longue période et suivent un schéma thérapeutique clairement structuré.

« Au début, ils sont généralement administrés par perfusion, à des intervalles d’environ deux à huit semaines, pendant environ une heure à chaque fois, au cabinet médical ou à la clinique. Dès que le traitement est bien stabilisé, il est souvent possible de passer à des seringues prêtes à l’emploi ou à des stylos prêtes à l’emploi pour une auto-administration – comme c’est le cas avec les stylos à insuline.
Ces injections sont également effectuées toutes les deux à huit semaines à domicile, après que les patients ont reçu les instructions nécessaires. Le traitement est en principe prévu pour durer des années, et non des mois. L’objectif est de permettre une guérison durable de la muqueuse et d’empêcher ou d’atténuer considérablement les poussées typiques de la maladie.
La maladie de Crohn et la colite ulcéreuse étant des maladies chroniques, une certaine prédisposition à l’inflammation persiste toujours en arrière-plan. C’est pourquoi les médicaments biologiques sont généralement administrés pendant au moins deux ans, mais souvent bien plus longtemps. Si un médicament n’est pas suffisamment efficace, il est possible de passer à un autre – ce qui constitue également un processus à long terme. De nombreuses personnes atteintes restent sous un médicament biologique efficace pendant de nombreuses années, certaines même depuis leur adolescence.
Le traitement en lui-même n’est pas nouveau : les premiers médicaments biologiques sont apparus sur le marché dès les années 1990. Au début, les effets secondaires potentiels, tels que les infections graves, suscitaient de vives inquiétudes. Aujourd’hui, ils sont considérés comme un élément indispensable du traitement, car ils allient une grande efficacité à une tolérance relativement bonne et permettent à de nombreux patients de mener une vie largement normale.
La cortisone peut certes soulager les symptômes aigus, mais elle ne permet pas une guérison durable des muqueuses – contrairement aux médicaments biologiques, ce qui constitue une véritable avancée. Leur prix élevé reste toutefois un inconvénient : les coûts peuvent atteindre 5 000 euros ou plus par trimestre. Pour les caisses d’assurance maladie, cela représente une charge qui est toutefois partiellement compensée par une diminution des hospitalisations et des opérations », explique le Prof. Dr Terjung, qui souligne :
« Le choix du produit biologique adapté est actuellement l’un des plus grands défis. Il n’existe aucun marqueur permettant de déterminer clairement quel médicament est le plus efficace chez quel patient. Tout repose en grande partie sur l’expérience, les schémas cliniques typiques et un échange étroit entre le médecin et le patient. De plus, des contrôles réguliers – tels que des coloscopies ou le dosage de la calprotectine dans les selles – aident à évaluer objectivement l’efficacité du traitement. Un choix véritablement personnalisé, tel qu’il est en partie possible en oncologie, reste un objectif important de la recherche actuelle ».
À long terme, le traitement par des médicaments biologiques se planifie très bien, car ces médicaments peuvent en principe être utilisés de manière durable. De nombreux patients y répondent si bien après peu de temps qu’ils retrouvent une vie tout à fait normale : selles normales, absence de symptômes, vie quotidienne, études, travail, grossesse – c’est précisément l’objectif du traitement.

Le Prof. Dr Terjung commente à ce sujet : « Il existe toutefois des cas où, malgré tous les médicaments biologiques disponibles et les traitements médicamenteux supplémentaires, aucune amélioration suffisante n’est observée. Il faut alors clairement évaluer si une intervention chirurgicale est plus judicieuse pour mettre fin aux poussées constantes. Dans le cas de la colite ulcéreuse, le côlon, qui est le principal site d’inflammation, peut être entièrement retiré. Ensuite, l’intestin grêle est suturé à une partie du rectum, ce qui crée un rectum artificiel et rend inutile la mise en place d’une stomie.
Dans le cas de la maladie de Crohn, cela s’avère plus difficile, car la maladie peut toucher n’importe quelle partie du tube digestif. On opère alors de manière ciblée lorsque certaines sections sont fortement enflammées ou cicatrisées. Malgré toutes les mesures prises, certaines personnes souffrent de poussées récurrentes pour lesquelles la chirurgie n'apporte pas grand-chose – pour ces personnes, l'évolution de la maladie est particulièrement pénible.
La grande majorité des patients peut toutefois être très bien stabilisée. Sur cent personnes traitées, seules deux ou trois présentent une évolution vraiment difficile et doivent faire l’objet d’une nouvelle discussion au sein de comités d’experts. Pour tous les autres, les traitements modernes permettent de mener une vie largement normale. Il s’agit néanmoins d’une maladie chronique. La fréquence des poussées varie considérablement d’un individu à l’autre : certains présentent des symptômes une à deux fois par an, d’autres restent totalement asymptomatiques pendant de nombreuses années. Il est difficile de faire des prévisions.
L’alimentation, le mode de vie et la gestion du stress peuvent influencer considérablement l’évolution des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, car ils sont étroitement liés aux processus inflammatoires, au microbiome et à la capacité de régénération de l’intestin.
« Outre la prédisposition génétique et le dysfonctionnement immunologique, les facteurs liés au mode de vie jouent un rôle important. Cela est particulièrement évident dans le cas de la maladie de Crohn : les personnes qui continuent de fumer après une opération au niveau de la jonction entre l’intestin grêle et le gros intestin ont un risque jusqu’à douze fois plus élevé de voir se former à nouveau un rétrécissement au même endroit. C’est un facteur énorme – et un domaine sur lequel les personnes concernées peuvent elles-mêmes exercer une grande influence.
Ne pas fumer est donc l’un des appels les plus importants. L’alimentation peut également influencer sensiblement l’évolution de la maladie. Elle agit sur la flore intestinale et les fonctions de défense de l’intestin et peut ainsi favoriser la cicatrisation de la muqueuse. « L'alimentation et l'arrêt du tabac sont donc deux leviers essentiels permettant d'influencer positivement l'évolution de la maladie – en plus des facteurs génétiques et immunologiques sur lesquels on ne peut pas agir soi-même », précise le Prof. Dr Terjung.
De nombreuses personnes atteintes réagissent de manière sensible aux aliments hautement transformés contenant des additifs tels que des émulsifiants ou des édulcorants artificiels, car ceux-ci peuvent perturber le microbiome et affaiblir la barrière muqueuse. Les aliments très gras ou frits, les régimes riches en sucre, l’alcool, les aliments hautement transformés ainsi que la viande rouge ou très transformée sont souvent moins bien tolérés, car ils favorisent les processus inflammatoires ou pèsent sur la digestion.
Lors des poussées actives, les aliments riches en fibres ou flatulents, tels que les crudités, les légumineuses, les noix ou les produits à base de céréales complètes, peuvent également aggraver les symptômes, car l’intestin enflammé réagit de manière plus sensible.
La gestion du stress est un autre élément central, car le stress agit directement sur le système immunitaire et la fonction intestinale via l'axe intestin-cerveau. De nombreuses personnes atteintes constatent une aggravation de leurs symptômes lors de périodes stressantes. Des méthodes telles que la pleine conscience, les exercices de respiration, le yoga ou des programmes de relaxation structurés peuvent aider à réguler la réaction de stress de l'organisme. Un soutien psychologique ou l'échange avec d'autres personnes concernées peut également apporter un soulagement et renforcer le sentiment de mieux pouvoir gérer la maladie.
La fréquence des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin augmente depuis des années, et cela s’explique par plusieurs raisons. D’une part, ces maladies sont aujourd’hui mieux diagnostiquées ; d’autre part, les habitudes environnementales et alimentaires ont considérablement changé.
« Le régime dit « à l’occidentale » – caractérisé par des aliments hautement transformés, des plats préparés, de la restauration rapide et un profil nutritionnel globalement défavorable – est notamment considéré comme un facteur d’influence important. De nombreuses personnes concernées continuent de consommer des aliments hautement transformés même après le diagnostic, alors que c’est précisément ce qui peut favoriser l’inflammation intestinale.
Parallèlement, on observe aujourd’hui une tendance au retour vers des aliments fraîchement préparés et moins transformés, ce qui est très positif d’un point de vue médical. Pourtant, de nombreux patients ont une idée fausse : en cas de diarrhée et de douleurs abdominales, ils se tournent automatiquement vers des aliments « légers » comme le pain blanc ou des plats très doux et pauvres en fibres.
Pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, cela s’avère cependant souvent contre-productif. Les fibres alimentaires – issues des légumes, des fruits, des légumineuses, des graines et des semences – sont essentielles, car elles ont un effet positif sur la flore intestinale et favorisent la production de métabolites anti-inflammatoires. Les régimes alimentaires de type méditerranéen ont également un effet bénéfique. En revanche, les régimes extrêmement riches en viande ou cétogènes (très pauvres en glucides mais riches en graisses) sont moins adaptés.
Afin que les personnes concernées puissent comprendre ces liens et les mettre en pratique, des consultations nutritionnelles sont proposées en milieu hospitalier. En ambulatoire, on fait appel à des diététiciens spécialisés. De plus, les connaissances en médecine nutritionnelle sont directement intégrées dans la prise en charge médicale, car le changement des habitudes alimentaires est un élément central du concept thérapeutique global », précise le Prof. Dr Terjung.
Bon nombre des recommandations générales – activité physique suffisante, sommeil de qualité, réduction du stress – s’appliquent bien sûr également ici. Mais c’est précisément en matière d’alimentation que l’on constate souvent à quel point les habitudes sont profondément ancrées.

À ce sujet, le Prof. Dr Terjung constate : « Beaucoup de personnes, en particulier les plus âgées, ont du mal à s’adapter aux changements et ressentent une sorte de résistance intérieure. L'idée de cuisiner des plats frais ou de manger plus riche en fibres leur semble rapidement insurmontable, alors qu'en pratique, c'est généralement moins compliqué qu'elles ne le pensent. Ce schéma se retrouve souvent lors des consultations : presque tout le monde est convaincu de s'alimenter déjà sainement.
Ce n’est qu’en tenant un journal alimentaire qu’on se rend compte à quel point l’alimentation reste marquée par des aliments hautement transformés (qui, malheureusement, ne sont souvent pas clairement étiquetés comme tels), beaucoup de blé, peu de fibres et des habitudes traditionnelles. C'est justement le passage à davantage de sources de protéines végétales, comme les légumineuses, ou à un régime de type méditerranéen qui pose problème à beaucoup, car cela exige un changement de mentalité : abandonner la viande rouge au profit des légumes, des fruits, des graines et des semences.
Bien sûr, il peut y avoir des « jours moins sains ». Ce qui est déterminant, c’est le principe de base : une alimentation riche en blé et pauvre en fibres a un effet néfaste sur l’intestin, tandis qu’une alimentation variée et riche en fibres renforce la flore intestinale et favorise les processus anti-inflammatoires. Transmettre précisément ce changement de perspective fait partie des tâches les plus importantes du conseil ».
Le microbiome intestinal joue un rôle central dans l’apparition et l’évolution des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, car il est étroitement lié au système immunitaire et à la fonction de barrière de la muqueuse intestinale.
Le microbiome désigne l'ensemble des micro-organismes – principalement des bactéries – qui vivent dans notre intestin. Cette « flore intestinale » facilite la digestion, renforce le système immunitaire et influence de nombreux processus dans l'organisme. Si le microbiome est déséquilibré, cela peut nuire sensiblement à la santé intestinale et au bien-être.
De nouvelles découvertes suggèrent que certains groupes de bactéries favorisent les inflammations, tandis que d’autres pourraient avoir un effet protecteur. La diversité du microbiome semble également importante : une diversité réduite est plus fréquemment observée en cas de maladie active.
Des approches scientifiques actuelles étudient comment influencer le microbiome de manière ciblée – par exemple par l'alimentation, des stratégies probiotiques ou de nouvelles méthodes thérapeutiques visant à rétablir l'équilibre de la flore intestinale. À long terme, ces avancées pourraient contribuer à mieux contrôler l’activité inflammatoire et à influencer positivement l’évolution de la maladie.
« Le microbiome réagit de manière très sensible aux conditions environnementales et alimentaires, et il varie en effet considérablement selon le pays, la région et le mode de vie. Les voyages, une alimentation différente ou un changement d’environnement peuvent modifier le microbiome à court terme – ce qui se traduit souvent par une modification des selles.
Après le retour, il revient généralement à son schéma « pré-déterminé » individuel, mais reste à tout moment sensible aux influences extérieures. Des facteurs environnementaux tels que l’air des grandes villes, les gaz d’échappement ou les particules fines jouent également un rôle, même si de nombreux liens n’ont pas encore été entièrement étudiés. Une chose est sûre cependant : le microbiome peut être constamment perturbé par les conditions environnementales, et ces changements peuvent influencer l’apparition ou la gravité des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin.
Pour prévenir ou atténuer une éventuelle poussée de la maladie, les facteurs classiques liés au mode de vie sont considérés comme déterminants : une alimentation de type méditerranéen, peu transformée, l'arrêt du tabac, une consommation modérée d'alcool, une activité physique régulière et une bonne gestion du stress. Si des symptômes apparaissent, il est important de consulter rapidement un médecin.
Le premier interlocuteur est le médecin généraliste, qui, en cas de suspicion, oriente le patient vers un gastro-entérologue – même s’il est souvent difficile d’obtenir un rendez-vous à court terme. « Il vaut la peine de persévérer, car un suivi spécialisé est déterminant pour un traitement efficace », explique le Prof. Dr Terjung, qui conclut notre entretien sur une note optimiste :
« Le message central reste important : avec un traitement adapté, la plupart des personnes concernées peuvent mener une vie largement normale – y compris en matière de projet familial, de vie professionnelle et de quotidien ! ».
Un grand merci, Madame la Professeure Terjung, pour ces explications détaillées sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin !

- Médecin-chef du service de gastro-entérologie des cliniques GFO de Bonn et experte reconnue dans le domaine des maladies du tractus gastro-intestinal et du foie
- Spécialiste en médecine interne et en gastro-entérologie, forte d’une longue expérience clinique et scientifique
- Spécialisée dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (maladie de Crohn, colite ulcéreuse), le reflux gastro-œsophagien, les ulcères gastriques et duodénaux, la maladie diverticulaire, le syndrome du côlon irritable et les intolérances alimentaires
- Expertise dans le diagnostic et le traitement des tumeurs malignes du côlon ainsi que des maladies des voies biliaires et du pancréas
- Pratique des techniques endoscopiques modernes, notamment la gastroscopie, la coloscopie et le diagnostic spécialisé du tube digestif
- Prône une prise en charge individuelle, fondée sur des données probantes et répondant aux normes médicales les plus élevées
- Dirige une équipe interdisciplinaire pour la prévention, le diagnostic et le traitement complets des maladies gastro-entérologiques complexes
- Engagé en faveur d'une médecine centrée sur le patient, axée sur le diagnostic précoce et des méthodes de traitement modernes et peu invasives
