Le professeur Richard Berger, docteur en médecine, est une figure éminente dans le domaine de l'obstétrique et de la gynécologie. En tant que médecin-chef du service de gynécologie et d'obstétrique de la clinique Marienhaus Klinikum St. Elisabeth de Neuwied, qui, avec près de 2 000 naissances par an, est la plus grande de la partie nord de la Rhénanie-Palatinat. Le centre certifié de cancérologie gynécologique s'est imposé comme la référence régionale pour les patientes atteintes de tumeurs malignes de l'appareil génital féminin. Le centre du sein propose également des services de diagnostic et de traitement optimaux. Cette qualité exceptionnelle est également garantie par une certification complète. Des traitements hautement spécialisés et souvent complexes y sont dispensés selon les normes médicales les plus élevées. Cela est assuré par un réseau soigneusement coordonné d’experts issus de différentes disciplines médicales qui collaborent au sein du centre. L'expertise du Prof. Dr Berger porte tout particulièrement sur la médecine périnatale, qui englobe la prise en charge spécialisée des mères et de leurs enfants à naître pendant la grossesse et au-delà. Le centre périnatal bénéficie d’une coopération étroite avec l’unité de soins intensifs néonatals, ce qui garantit une prise en charge de premier ordre des grossesses à risque et des grossesses multiples. Ceci est particulièrement important, car environ 50 enfants naissent chaque année avec un poids inférieur à 1 500 grammes. Le Prof. Dr Berger a créé un groupe de travail sur la recherche en matière de prématurité et coordonne les lignes directrices relatives à la prévention et au traitement de la prématurité pour l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse. Cette mission représente une contribution importante à l'amélioration des soins de santé pour les femmes enceintes. La prédiction et la prévention des naissances prématurées revêtent une grande importance, car celles-ci sont associées à des risques accrus pour le nouveau-né. La rédaction du Leading Medicine Guide s'est entretenue avec le Prof. Dr Berger sur ce sujet passionnant.

Les naissances prématurées constituent un phénomène médical qui représente un défi majeur pour les soins de santé à l'échelle mondiale. Elles surviennent lorsque les bébés naissent avant la 37e semaine de grossesse et peuvent être associées à une multitude de risques pour la santé des nouveau-nés. La compréhension, la prédiction et la prévention des naissances prématurées revêtent une grande importance pour protéger la santé de la mère et de l'enfant.
La prédiction des naissances prématurées est essentielle pour permettre des interventions précoces et minimiser les risques pour la mère et l’enfant.
« De nombreux facteurs prédictifs et signes avant-coureurs peuvent aider les professionnels de santé à détecter précocement les naissances prématurées. Parmi ceux-ci figurent des contractions irrégulières ou douloureuses avant la 37e semaine de grossesse, des saignements vaginaux, une rupture prématurée des membranes et la grossesse gémellaire, triplée ou multiple. Les femmes qui ont déjà accouché prématurément présentent un risque accru de revivre une naissance prématurée. Parfois, de simples maux de dos ou un ventre qui se durcit peuvent également être des signes avant-coureurs », commence le Prof. Dr Berger lors de notre entretien. Les anomalies utérines, les infections génitales ou urinaires, les complications de grossesse telles que la prééclampsie ou le diabète gestationnel, ainsi que la consommation de tabac, d’alcool et de drogues pendant la grossesse constituent des facteurs de risque avérés. « Des facteurs psychosociaux tels qu’un niveau de stress élevé et un manque de soutien social peuvent également avoir un impact négatif sur le déroulement de la grossesse. Les femmes issues d’un milieu social défavorisé sont également exposées à un risque plus élevé de naissance prématurée. En raison de la persistance de la pandémie de coronavirus, nous recommandons également aux femmes enceintes de se faire vacciner contre la Covid (ainsi que contre la grippe) », ajoute le Prof. Dr Berger.
Un raccourcissement du col de l'utérus (cervix) peut également indiquer un risque accru de naissance prématurée.
« Le col de l'utérus joue un rôle crucial pendant la grossesse, car il protège le fœtus contre les infections. Normalement, le col de l'utérus reste long et fermé pendant la grossesse. Cela signifie que si le col de l'utérus se raccourcit trop tôt, en dessous de 25 mm avant la 24e semaine, cela peut augmenter le risque de naissance prématurée, car il existe un risque que le col de l'utérus s'ouvre trop tôt et que le travail commence avant que l'enfant ne soit suffisamment développé. Il est donc important de mesurer régulièrement la longueur du col de l'utérus. Cela se fait à l’aide d’une technique d’échographie spécifique, l’échographie transvaginale, une méthode non invasive qui consiste à introduire un appareil d’échographie muni d’une sonde vaginale dans le vagin afin de visualiser le col de l’utérus et le fœtus », explique le Prof. Dr Berger à propos du rôle important du col de l’utérus.
Les hormones du corps jaune, également appelées progestérone, jouent un rôle important en ce qui concerne la longueur du col de l'utérus. « La progestérone est une hormone produite par les ovaires chez la femme qui contribue à détendre les muscles de l’utérus et à maintenir le col de l’utérus stable et fermé. Cela est important pour prévenir les contractions prématurées et une éventuelle naissance prématurée. Un déséquilibre dans le métabolisme de la progestérone peut entraîner un raccourcissement du col de l'utérus, car les muscles utérins se contractent de manière incontrôlée et raccourcissent le col. Dans de tels cas, un traitement hormonal à base de progestérone peut être envisagé afin de stabiliser le col de l'utérus et de réduire le risque de naissance prématurée », explique le Prof. Dr Berger.
La suture du col de l'utérus, une procédure appelée cerclage cervical, peut être envisagée dans certaines situations afin de minimiser le risque d'accouchement prématuré.
« Cette intervention est généralement pratiquée lorsqu’une femme présente, pendant sa grossesse, une insuffisance cervicale, caractérisée par une ouverture prématurée ou un raccourcissement du col de l’utérus, ce qui constitue un facteur de risque potentiel d’accouchement prématuré. La cerclage cervical peut être pratiqué chez les femmes ayant déjà accouché prématurément lors de grossesses antérieures ou chez celles chez qui un raccourcissement du col de l'utérus a été diagnostiqué. Cette intervention peut contribuer à fermer ou à stabiliser prématurément l'orifice du col de l'utérus afin de prévenir le déclenchement prématuré du travail et une naissance prématurée. En règle générale, la cerclage cervical est pratiqué à partir de la 14e semaine de grossesse et le fil ou les sutures ne sont pas retirés après l’intervention. « La suture peut contribuer à maintenir le col de l'utérus fermé pendant la grossesse et à minimiser le risque d'accouchement prématuré », poursuit le Prof. Dr Berger.
Une autre cause majeure de naissances prématurées réside dans les infections bactériennes de la région vaginale, également connues sous le nom de vaginose bactérienne.
« Ces infections permettent aux bactéries de remonter dans l’utérus et peuvent déclencher des contractions prématurées ou une rupture prématurée de la poche des eaux », explique le Prof. Dr Berger en décrivant les risques. La prédiction des naissances prématurées nécessite toujours une évaluation individuelle, car les risques varient en fonction de la grossesse. Une collaboration étroite entre les femmes enceintes et leurs soignants est donc essentielle pour évaluer les risques et prendre les mesures appropriées.
Le changement climatique a également entraîné une augmentation des naissances prématurées. En effet, il provoque des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses, même sous nos latitudes. Une chaleur excessive peut provoquer du stress et un malaise chez les femmes enceintes, ce qui peut augmenter le risque de complications pendant la grossesse, y compris les naissances prématurées. Une exposition à long terme à la pollution atmosphérique peut également augmenter le risque de prééclampsie et d'autres problèmes de santé pendant la grossesse, ce qui peut favoriser les naissances prématurées.
Les naissances prématurées sont classées en différents stades, selon le stade de la grossesse auquel elles surviennent. Cette classification aide à déterminer les mesures de maintien en vie nécessaires.
Naissance prématurée tardive (entre la 34e et la 36e semaine de grossesse) : ce stade est parfois appelé « naissance prématurée tardive ». Les bébés nés à ce stade ont généralement déjà franchi certaines étapes importantes de leur développement. Ils ont de meilleures chances de survie et ne nécessitent pratiquement pas de soins intensifs. Les mesures de maintien en vie peuvent viser principalement à dégager les voies respiratoires de l’enfant et à soutenir ses fonctions vitales.
Naissance prématurée modérée (naissance entre la 30e et la 34e semaine de grossesse) : lors d’une naissance prématurée à ce stade, les bébés sont encore moins développés. Ils ont généralement besoin d’une prise en charge plus intensive, comprenant une assistance respiratoire, une surveillance et des soins médicaux. L'objectif est de soutenir les organes vitaux et de gérer les complications éventuelles.
Naissance extrêmement prématurée (avant la 30e semaine de grossesse) : à ce stade, les bébés sont particulièrement immatures et très exposés aux complications de santé. Les mesures de maintien en vie sont extrêmement complexes et peuvent inclure l'administration de médicaments pour favoriser le développement pulmonaire, une ventilation continue, une alimentation par voie intraveineuse et des soins spécialisés dans des unités de néonatologie. « En cas de naissance extrêmement précoce, le risque que l'enfant subisse des séquelles à vie est très élevé. Il faut savoir qu’un prématuré de seulement 22 semaines est théoriquement viable hors de l’utérus. Cependant, cela ne concerne que 0,1 % de toutes les naissances et est donc très rare », commente le Prof. Dr Berger.
Un prématuré qui vit dans une couveuse passe ses premières semaines ou ses premiers mois dans un environnement spécial, surveillé et contrôlé médicalement. Ces couveuses créent un environnement qui répond aux besoins des prématurés et les protège des influences extérieures.
Les incubateurs, c'est-à-dire les couveuses pour prématurés, existent depuis les années 1960. Dans un incubateur, la température, l'humidité et la concentration en oxygène sont régulées avec précision afin de favoriser la capacité d'adaptation de l'organisme immature. Les prématurés sont installés dans des matelas ou des coussins spéciaux afin d’éviter les points de pression et les irritations cutanées. Ils reçoivent de la nourriture et des liquides par perfusion ou via des sondes spéciales. « Nous encourageons les parents à passer autant de temps que possible auprès de leur prématuré. En caressant et en tenant leur bébé dans la couveuse, ils peuvent créer un lien étroit, même si le bébé est très petit. Pour le bébé aussi, le contact direct, surtout avec la mère, est important – c’est pourquoi nous avons développé le concept du « kangorooing ». Dans ce cadre, les prématurés sont placés, vêtus uniquement d’une couche, sur le torse nu de la mère ou du père pendant une à plusieurs heures. De plus, ici à la clinique Marienhaus, nous mettons des caméras numériques à la disposition des parents afin qu’ils puissent voir leur bébé dans la couveuse depuis chez eux via une application », explique le Prof. Dr Berger, avant d’ajouter : « Nous sommes un centre périnatal de niveau 1. Cela signifie que nous sommes spécialisés dans la prise en charge des grossesses à risque et des accouchements à haut risque, et que nous sommes en mesure d’offrir des soins complets tant à la mère qu’au nouveau-né en cas de problèmes médicaux particuliers ou de complications survenant pendant la grossesse ou l’accouchement ».
Les femmes enceintes disposent de plusieurs moyens pour minimiser le risque de naissance prématurée. Une alimentation saine est également essentielle. Les femmes enceintes doivent veiller à consommer suffisamment de nutriments tels que l’acide folique, le fer, le calcium et les protéines. Un poids sain avant et pendant la grossesse est un autre facteur clé pour minimiser les risques. Le surpoids ou l’insuffisance pondérale peuvent augmenter le risque de naissance prématurée ; c’est pourquoi une prise de poids appropriée est recommandée. L'arrêt du tabac et l'abstinence d'alcool sont des mesures incontournables pour réduire le risque de naissance prématurée. Il est prouvé que ces deux substances ont des effets néfastes sur la grossesse. La gestion du stress est tout aussi importante. Le stress chronique peut favoriser les naissances prématurées ; les femmes enceintes doivent donc trouver des moyens de le gérer. Les infections, en particulier les infections urinaires et les maladies sexuellement transmissibles, peuvent également déclencher des naissances prématurées. Les femmes enceintes doivent prendre des précautions pour se protéger contre les infections. La prudence est également de mise pour éviter les blessures, car les accidents et les blessures peuvent déclencher un travail prématuré.
La recherche et la technologie ne cessent de progresser pour améliorer la prédiction des naissances prématurées.
Des marqueurs génétiques et des biomarqueurs sont identifiés afin d'établir un profil de risque plus précis. Les technologies d'imagerie de pointe permettent une évaluation plus précise du col de l'utérus et du développement fœtal. L'application de l'intelligence artificielle et de l'apprentissage automatique à de grands ensembles de données permet de détecter des schémas de risque complexes. La télémédecine et les appareils portables permettent une surveillance continue des femmes enceintes. Les modèles prédictifs sont de plus en plus sophistiqués pour prévoir les risques individuels. La médecine personnalisée intègre des informations génétiques, des données médicales et des facteurs liés au mode de vie. Les systèmes d'alerte précoce automatisés utilisent des algorithmes pour détecter les risques en temps réel. Ces progrès permettent des prévisions plus précises et une meilleure prise en charge des femmes enceintes présentant un risque accru de prématurité. La recherche en cours dans ce domaine est d'une importance cruciale pour protéger la santé des mères et des nouveau-nés.
« Nous avons élaboré à Neuwied une fiche d'information destinée aux patients et l'avons rédigée dans un langage accessible à tous (https://register.awmf.org/assets/guidelines/015-025p_S2k_Praevention-Therapie_Fruehgeburt_2022-08.pdf) afin d’offrir à nos patientes les informations les mieux compilées possibles. De plus, notre clinique figure parmi les 10 meilleurs centres périnataux sur un total de 160 en Allemagne et nous avons le plaisir d’enregistrer un taux extrêmement faible de lésions cérébrales chez les prématurés. Il serait souhaitable de disposer de prédicteurs encore plus fiables pour les patientes asymptomatiques, c'est-à-dire chez les femmes qui, malgré un raccourcissement du col de l'utérus (cervix) et un risque accru de naissance prématurée, ne présentent aucun symptôme visible ou perceptible ni aucun signe d'une naissance prématurée imminente. Et je voudrais encore lancer un appel : « Allemagne, fais davantage de lobbying pour les prématurés », souhaite le Prof. Dr Berger, mettant ainsi fin à notre entretien.
Cher Professeur Berger, merci beaucoup pour cet entretien très instructif et pour cet aperçu important de la vie des prématurés !
