Leading Medicine Guide Logo

Prof. Christoph Erggelet : Le ménisque – l'amortisseur du genou

29.11.2022
Rédaction de Leading Medicine Guide
Auteur
Rédaction de Leading Medicine Guide

Nos genoux nous sont indispensables pour presque tous les mouvements que nous effectuons. Que ce soit pour marcher, courir ou nous étirer, même en position assise, l'articulation du genou, qui est d'ailleurs la plus grande articulation de notre corps, joue un rôle central. Si le genou présente une anomalie, cela a des répercussions immédiates sur notre appareil locomoteur. Et ce, d'autant plus lorsque le ménisque se déchire ou s'use. Afin d'approfondir les particularités du ménisque, composé de deux disques cartilagineux en forme de croissant, Leading Medicine s'est entretenu avec le professeur Christoph Erggelet, docteur en médecine. Ce spécialiste de renommée internationale en chirurgie orthopédique et traumatologie (FMH) est directeur médical de la clinique spécialisée en chirurgie orthopédique ADUS à Dielsdorf, près de Zurich.

prof-erggelet-1.jpg

Ils se situent entre le fémur et le tibia : nos ménisques, qui stabilisent les mouvements de l'articulation du genou et amortissent, à la manière d'un tampon, toute pression et tout choc brusque au niveau du genou. Ce tissu conjonctif cartilagineux, qui se présente sous la forme d’un triangle dans l’articulation du genou, s’étend sur les faces interne et externe de l’articulation et transmet uniformément la force de la cuisse vers la jambe, permettant ainsi aux deux membres de bien fonctionner ensemble. Cela permet les mouvements de rotation, d'extension et de flexion. Les ménisques internes sont particulièrement sollicités lors des rotations du genou vers l’extérieur, tandis que le ménisque externe est sollicité lors des rotations vers l’intérieur. Les ménisques réduisent en outre le poids qui s’exerce sur l’articulation du genou et alimentent l’articulation en liquide synovial.

« Si le ménisque subit une lésion, il faut prendre en compte deux aspects. D'une part, le ménisque peut être endommagé à la suite d'un accident. Par exemple, en tombant, en se levant de manière incorrecte d'une chaise ou en effectuant un mauvais mouvement pendant une activité sportive. Une douleur soudaine et généralement lancinante se fait alors immédiatement sentir, et le genou enfle souvent spontanément. D’autre part, il existe également des lésions dégénératives du ménisque, c’est-à-dire une usure liée à l’âge. Dans ce cas, la douleur se développe lentement. « Les personnes qui, dans leur jeunesse, aimaient faire des randonnées de trois à quatre heures constatent, avec un ménisque usé, qu’elles ne peuvent plus faire qu’une petite promenade d’une demi-heure sans douleur », explique le professeur Erggelet pour décrire les premiers symptômes.


Les patients parlent également de « blocage du genou » en cas de lésion du ménisque. En effet, lorsque le ménisque est coincé, l’articulation du genou ne peut plus être complètement tendue. Il faut également savoir que le ménisque lui-même ne fait pas mal, car, tout comme le cartilage, il ne possède pas de nerfs. Mais il peut, en cas de torsion ou de flexion incorrecte, irriter la capsule articulaire du genou et ainsi provoquer des douleurs.


L'entretien approfondi avec le patient joue un rôle important dans le diagnostic

« Dans le cadre du diagnostic, il est très important de laisser le patient décrire précisément ce qui s’est passé. A-t-il glissé ? A-t-il effectué un mauvais mouvement de rotation, s’est-il entraîné trop intensément et a-t-il perdu l’équilibre ? », souligne le professeur Erggelet. C'est seulement ainsi que le médecin peut déterminer à l'avance la nature de la lésion. Vient ensuite, bien sûr, l'examen clinique, au cours duquel une IRM est toujours réalisée. Il s'agit d'une technique d'imagerie qui, à l'aide d'un champ magnétique puissant et d'ondes radio, permet de générer des images en coupe du corps et de fournir des informations supplémentaires sur la taille, la nature et la localisation de la déchirure du ménisque ainsi que d’autres lésions consécutives, telles que des lésions du cartilage, au niveau de l’articulation du genou. Si la lésion du ménisque est identifiable et peut être classée (par exemple, déchirure, fissure ou usure), il est alors possible de discuter du traitement à appliquer.

meniskus-abb.jpg

Coupe transversale de l'articulation du genou – ménisques vus de dessus (Photo : bilderzwerg/fotolia)

« Pour moi, il est très important à ce stade de déterminer à quel type de personne j’ai affaire. S’agit-il d’une personne jeune et active qui pratique beaucoup de sport et souhaite continuer à le faire à l’avenir ? S'agit-il d'une personne qui exerce plutôt des activités sédentaires ? Car ce n'est qu'à travers cette évaluation individuelle que je peux proposer un traitement adapté », explique le professeur Erggelet, qui prend toujours beaucoup de temps pour cela.

Il y a encore quelques années, on opérait beaucoup plus rapidement et plus souvent en cas de lésions du ménisque – aujourd’hui, de nombreux cas peuvent être traités de manière conservatrice

Si, par exemple, la déchirure du ménisque est stable et ne cause pratiquement aucune gêne, un traitement médicamenteux et de kinésithérapie peut suffire. « Une lésion du ménisque n’est pas une menace pour la vie », déclare le professeur Erggelet, avant de préciser : « Tant que la qualité de vie n’est pas dramatiquement réduite et que l’on peut marcher sans douleur, on peut très bien vivre sans ménisque intact. Il faut toutefois garder à l’esprit qu’un ménisque endommagé abîme le cartilage à la longue, ce qui peut entraîner de l’arthrose à long terme. À titre de comparaison, imaginez que vous rouliez sur une route goudronnée lisse ou sur un chemin de gravier. Le ménisque endommagé correspondrait dans ce cas au chemin de gravier, de sorte que le cartilage qui glisse dessus s’use naturellement plus rapidement », explique le Prof. Dr Erggelet.

Chez les personnes plus jeunes, on procède généralement à l’ablation des zones lésées du ménisque, puis on le suture. Le chirurgien est alors confronté à un défi particulier : déterminer quelle est la meilleure approche, en tenant compte notamment du profil de la personne traitée. Le ménisque est-il réparable ? L’irrigation sanguine est-elle encore bonne ? « La question de l’irrigation sanguine est déterminante. Les faces externes du ménisque sont irriguées, contrairement aux faces internes. Or, si des zones de la face interne sont endommagées, il est inutile de vouloir les suturer, car l’irrigation sanguine est essentielle à la guérison. Le risque que la suture se rompe à nouveau est extrêmement élevé. Je dois alors bien informer le patient et lui expliquer clairement qu’en cas de doute, nous nous reverrons dans six mois », explique le professeur Erggelet pour décrire les réflexions qui précèdent une opération.


Les footballeuses et footballeurs soumettent leurs genoux à des contraintes extrêmement élevées. Combien de fois voit-on, lors d’un match de football, de violents chocs et des accidents ? Là encore, il faut évaluer ce qui est le plus judicieux. Ainsi, un footballeur de 17 ans peut tout à fait se permettre de s’absenter un an pour se rétablir si un ménisque est recousu et que la guérison nécessite ce délai. Un footballeur de 31 ans, en revanche, est déjà considéré comme « sur le déclin » et, avec une telle période de convalescence, verrait probablement sa carrière toucher à sa fin. C'est pourquoi, dans ce cas, on opterait plutôt non pas pour une suture, mais pour l'ablation du ménisque afin de le remplacer.

Quand le ménisque doit être retiré

Tant que seules de petites parties du ménisque sont endommagées, celles-ci peuvent être retirées et l’on peut très bien vivre avec le reste. Si, en revanche, l’ensemble du ménisque est endommagé, il doit être entièrement retiré et remplacé. « Nous dépendons ici des dons de personnes titulaires d’une carte de donneur d’organes. Le ménisque prélevé est adapté, mis en place en salle d’opération à l’aide d’instruments spéciaux et doit cicatriser. L’opération dure environ une heure. Je pratique des greffes de ménisque depuis une bonne quinzaine d’années et je peux affirmer que les chances de guérison sont excellentes. En général, le patient ou la patiente peut remarcher au bout de deux à trois jours. Il faut parfois attendre six mois avant de pouvoir s’accroupir complètement. Malheureusement, en Suisse, les coûts ne sont pas pris en charge, et la volonté de donner des organes est également plutôt problématique, de sorte que nous devons très souvent recourir à des prothèses. Or, les prothèses ne sont qu’une imitation de la nature et ne sont bien sûr pas comparables en termes de qualité », regrette le professeur Erggelet.


Sur cent personnes concernées, environ soixante-dix présentent une lésion du ménisque interne et trente une lésion du ménisque externe. Parmi ces trente personnes, quatre ou cinq auraient besoin d’une greffe.

Les atouts de la clinique ADUS – Devise : « simplement.bien.entre-deux-mains »

La particularité de la clinique ADUS réside dans le large éventail de prestations qu’elle propose en orthopédie. « Ici, il n’y a pas de médecin-chef qui doit tout savoir faire, ni une équipe d’internes peu expérimentés. Nous disposons de médecins expérimentés dans chaque domaine. Nous ne proposerions pas certains traitements ou procédures si nous n’étions pas en mesure de les réaliser. De plus, les opérations se déroulent toujours selon le même schéma. Cela signifie que c’est toujours le même médecin qui opère les épaules et toujours le même qui opère les genoux, en utilisant toujours la même technique et en suivant le même protocole. Cela permet de réduire considérablement les complications et d’assurer une meilleure guérison des patients, car les procédures sont stables dans le temps et s’appuient sur une solide routine », explique le professeur Erggelet à propos du fonctionnement de la clinique.

prof_erggelet_interview.jpg

« Pour l’avenir, je souhaite une politique d’austérité moins stricte en Suisse. Souvent, nous ne pouvons pas offrir aux patients ce à quoi ils ont droit. Je citerai ici l’exemple des forfaits par cas. Le montant forfaitaire reste inchangé, mais les coûts qui l’entourent augmentent, de sorte que la valeur du forfait par cas diminue inévitablement ; les cliniques doivent donc faire des économies : sur le personnel, les instruments, les implants, les services… C'est bien sûr dans l'intérêt des responsables politiques, mais ce sont les assurés qui souffrent de ces décisions. Moins de personnel signifie par exemple un temps d'attente plus long pour voir une infirmière lorsqu'on a mal à l'hôpital ou qu'on doit aller aux toilettes. Moins de personnel signifie des délais plus longs pour les diagnostics et les traitements. La situation en Angleterre et au Canada montre clairement où cela mène », déplore le professeur Erggelet, qui conclut notre entretien par cette phrase : « Mieux vaut rester en bonne santé ! »

Un grand merci, professeur Erggelet, pour cet entretien intéressant et franc !

Vous pouvez contacter directement notre spécialiste via sa page de profil dans le Leading Medicine Guide.