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Prof. Dr Peter Issing : « Il faut absolument prendre en charge la perte auditive ! »

09.01.2023
Rédaction de Leading Medicine Guide
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Rédaction de Leading Medicine Guide

En matière de déficience auditive, le professeur Peter Issing, docteur en médecine, compte parmi les spécialistes les plus expérimentés et les plus dévoués. Ce spécialiste ORL de renom s'est fait connaître bien au-delà de la région grâce à son centre d'implants cochléaires de Hesse du Nord, rattaché à la clinique de Bad Hersfeld. Cela est également dû aux actions menées par le Prof. Issing pour toucher précisément les personnes qui ne prennent pas suffisamment au sérieux leurs problèmes auditifs. Même si ce médecin spécialiste, doté d’une grande empathie, possède une expertise exceptionnelle dans l’ensemble du champ de la chirurgie de la tête, du cou et du visage, notamment pour les opérations de reconstruction après des traitements tumoraux, la question de la perte auditive compte parmi ses chevaux de bataille médicaux. Le Leading Medicine Guide s’est entretenu avec lui.

Issing0.jpgLeading Medicine Guide : Professeur Issing, pourquoi les appareils auditifs ont-ils encore tant de mal à s’imposer auprès de nombreuses personnes, alors qu’ils sont synonymes de qualité de vie et d’intégration sociale ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : En effet, la grande majorité des malentendants tentent de dissimuler ce « défaut » dont ils ne sont généralement pas responsables, et de se dérober. Il est intéressant de jeter un regard rétrospectif sur l’Antiquité : à cette époque, les voyants, c’est-à-dire les devins, étaient souvent aveugles, mais néanmoins très respectés. Les lunettes sont considérées dans la société comme une expression d’intellectualité, tandis qu’une aide auditive peut parfois même faire naître des doutes quant à l’intelligence de la personne qui la porte. Cela s’explique par un lien étymologique : la racine du mot « sourd », « deaf » en anglais, signifiait en moyen haut-allemand et en ancien haut-allemand « obtus », « confus ». C’est sans doute dans le petit mot « doof » qu’il faut chercher l’origine.

Leading Medicine Guide : … et d’où cela vient-il ? 

Prof. Dr méd. Peter Issing : Cela tient tout simplement au fait que les malentendants ont des difficultés à communiquer avec leur entourage. Une personne malvoyante y parvient bien mieux qu’une personne qui entend mal ou presque pas du tout. On suppose alors souvent que ces pauvres personnes sont quelque peu limitées mentalement – parce qu’on ne se rend pas compte d’emblée qu’elles n’entendent tout simplement pas bien. Un handicap visuel est tout simplement perçu plus rapidement. Et cela conduit à ce que les appareils auditifs soient davantage perçus comme un stigmate que les lunettes.

Leading Medicine Guide : En effet, les porteurs d’appareils auditifs s’efforcent de faire en sorte que leurs aides auditives ne soient pas remarquées. C’est tout à fait différent pour les lunettes. 

Prof. Dr méd. Peter Issing : Vous soulevez là un point crucial. Prenons l’exemple des lunettes : elles sont en fait comparables à un cornet acoustique, car elles n’améliorent pas la vision, elles veillent simplement à ce que l’image sur la rétine soit nette, mais elles n’ont aucune influence sur le processus visuel proprement dit. La rétine doit toutefois fonctionner correctement, sinon vous ne serez pas satisfait même avec des lunettes – alors que les appareils auditifs sont généralement utilisés lorsque la fonction de l’oreille interne est affectée. Beaucoup de gens pensent que lorsqu’ils entendent mal, il suffit d’augmenter le volume pour retrouver une audition comme avant. Mais ce n’est absolument pas le cas. Et selon certaines estimations, il y aurait plus d’appareils auditifs dans les tables de chevet que dans les oreilles des malentendants – ce qui signifie qu’ils ne sont souvent pas utilisés. Beaucoup de gens attendent très longtemps avant de faire quelque chose pour remédier à leur perte auditive, et il est alors souvent plus difficile de s’y faire. Les lunettes à verres progressifs nécessitent elles aussi une période d’adaptation. 

Leading Medicine Guide : Si, en tant que musicien, je souffre d’une perte auditive due au bruit des amplificateurs et au larsen, que se passe-t-il exactement ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : Vous souffrez alors d’une surdité due au bruit. Que cela soit dû à la musique ou au travail dans une carrière, cela n’a pas vraiment d’importance pour l’oreille interne. Cela conduit alors à une surdité neurosensorielle accentuée dans les aigus ; peu importe que ce soit Beethoven, les Rolling Stones ou le marteau-piqueur qui en soient responsables. Le bruit affecte les cellules ciliées, qui sont particulièrement sensibles dans les hautes fréquences ; c’est là que notre oreille est pour ainsi dire à l’écoute. C’est là que les lésions apparaissent.

Leading Medicine Guide : Il s'agit donc de l'oreille interne.

Prof. Dr méd. Peter Issing : Oui, la plupart des personnes souffrant d’une perte auditive sont atteintes d’une surdité de l’oreille interne, c’est-à-dire d’un problème au niveau de la cochlée. Cette cochlée comporte deux types de cellules sensorielles : les cellules ciliées externes et les cellules ciliées internes. Les cellules ciliées internes sont les véritables cellules sensorielles de l'audition, tandis que les externes modulent la sensibilité de l'oreille en fonction de l'environnement sonore, qu'il soit bruyant ou calme. C'est souvent à elles que l'on doit les problèmes d'audition, car elles réagissent de manière sensible aux volumes sonores élevés. Les cellules ciliées externes peuvent, lorsque le silence règne, rendre l’oreille sensible. Lorsque le bruit augmente, elles atténuent les sons afin que nous puissions mieux supporter le bruit. Et une oreille qui entend normalement dispose d’une plage dynamique : l’écart entre le seuil d’audibilité, à partir duquel nous entendons les sons faibles, et le seuil d’inconfort, est généralement d’environ cent décibels. C’est une plage incroyablement large lorsque nous entendons bien. Mais si nous entendons mal, c'est-à-dire si nous souffrons d'une perte auditive, notre seuil à partir duquel nous disons qu'il fait calme est alors plus élevé. Pour que nous entendions quoi que ce soit, il faut par exemple que le volume soit de quarante décibels. Juste pour entendre quelque chose.

Leading Medicine Guide : Mais le seuil d’inconfort n’augmente pas, n’est-ce pas ? En effet, ma sensibilité au bruit n’a pas changé.

Prof. Dr méd. Peter Issing : Exactement. Logiquement, on pourrait penser que si l'on n'entend quelque chose qu'à partir de quarante décibels, le seuil d'inconfort va également augmenter, que les cent décibels s'y ajoutent simplement – et que ce seuil se déplace alors à 140 décibels. Mais ce n’est pas le cas. Le seuil d’inconfort reste le même, il se peut même que la sensibilité augmente encore. La plage dynamique entre trop faible et trop fort est donc extrêmement réduite. Et c’est là le gros problème pour les appareils auditifs : en termes d’amplification, ils ne peuvent justement évoluer que dans cette plage. On parle ici du phénomène de recrutement : une oreille endommagée est alors effectivement plus sensible au bruit qu’une oreille saine. Cela est lié à l’absence de fonction d’atténuation des cellules ciliées externes.

Issing1-1.jpgLeading Medicine Guide : Il y a bien sûr une différence entre le fait de simplement percevoir certains sons de manière étouffée et le fait de souffrir d’une perte auditive sévère. Que se passe-t-il lorsque les aides auditives classiques ne suffisent plus ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : Lorsque la perte auditive est trop prononcée, lorsqu’on constate une chute brutale de l’audition dans les hautes fréquences, il est alors difficile d’aider les personnes avec des appareils auditifs. Dans certains cas, un implant cochléaire peut alors être la meilleure solution. L'implant stimule électriquement le nerf auditif. Il ne s'agit donc plus d'une amplification acoustique, mais d'une stimulation électrique du nerf auditif. Cette technique est aujourd'hui très fiable. Lorsque les patients ne tirent plus suffisamment de bénéfices des appareils auditifs, c'est une solution raisonnable. La stimulation électrique excite le nerf auditif. Pour cela, une électrode est insérée dans la cochlée, où il n’y a alors plus d’activité acoustique. On contourne donc la cochlée. La cochlée reçoit des impulsions électriques par le biais de vibrations mécaniques, et lorsque cela ne fonctionne plus, on peut stimuler le nerf auditif dans l'axe de la cochlée à l'aide de l'électrode.

Leading Medicine Guide : Dans quels cas précis un implant cochléaire est-il envisagé ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : Bien sûr, on essaiera toujours de choisir la procédure la moins invasive. Beaucoup de gens pensent aussi que leurs appareils auditifs sont de mauvaise qualité. Nous en revenons à la mauvaise réputation des appareils auditifs : cela est également lié à cette dynamique particulière de l’oreille interne, et ce n’est pas un défaut des appareils auditifs – mais on ne peut plus compenser cela avec des appareils auditifs à ce stade. Dans de tels cas, la stimulation acoustique, c'est-à-dire l'amplification via le haut-parleur d'une aide auditive, ne me permet plus d'avancer. Même si le son est plus fort, on ne comprend pas mieux. Bien sûr : la technologie des appareils auditifs est impressionnante, tout ce que ces petites merveilles offrent dans un espace minuscule, avec un microphone directionnel et d’autres fonctionnalités, il y a eu beaucoup de progrès techniques. Mais face au problème fondamental des lésions de l’oreille interne, même le meilleur appareil auditif ne pourra rien y faire.

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Leading Medicine Guide : Les implants cochléaires peuvent être une véritable bénédiction non seulement pour les personnes âgées, mais aussi pour les enfants nés sourds. Peuvent-ils permettre un apprentissage du langage à peu près normal ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : Je peux le confirmer sans réserve. Le moment choisi est ici primordial. Il faut tout d'abord détecter le plus tôt possible les enfants nés sourds. Il existe aujourd'hui un dépistage auditif néonatal qui permet de vérifier, quelques jours seulement après la naissance, si un enfant entend – afin de pouvoir intervenir très tôt sur le plan thérapeutique si l'enfant est né sourd. La fréquence de la surdité nécessitant un traitement chez les nouveau-nés est d’environ 1,5 pour mille, ce qui est donc relativement fréquent. Lorsque vous traitez des enfants nés sourds ou malentendants, que ce soit avec une aide auditive ou un implant cochléaire, ces enfants ont la chance de développer une capacité de langage normale. On tente aujourd’hui de procéder à l’implantation dès la première année de vie, car la maturation des voies auditives ne se développe que si le processus auditif a effectivement lieu.

Leading Medicine Guide : … La maturation de la voie auditive ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : La voie auditive doit mûrir, c'est-à-dire que les synapses, c'est-à-dire les points de contact entre les nerfs, doivent se développer. Et cela ne fonctionne que si des impulsions électriques traversent ces points de connexion. Si cela ne se produit pas, la maturation de la voie auditive ne se produit pas. Elle ne se déroule que pendant une phase critique – qui dure au maximum trois ou quatre ans. Cela doit donc se produire pendant cette période, d’où la nécessité d’un début précoce du traitement. Plus tard, on ne reconnaîtrait pas ces personnes comme malentendantes. C’est absolument fascinant : ces enfants peuvent alors fréquenter une école ordinaire tout à fait normale – le traitement est donc également rentable sur le plan économique.

Leading Medicine Guide : Ces implants doivent-ils être remplacés à un moment donné ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : Pas en raison de leur taille – la cochlée est, à la naissance, plus ou moins développée. Mais bien sûr, la technologie évolue, et il peut être nécessaire à un moment donné de procéder à une mise à niveau technique. Cependant, il n’y a pas d’usure et l’implant ne devient pas trop petit.

Leading Medicine Guide : Quelles sont généralement les différences entre les personnes âgées et les jeunes en matière de perte auditive ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : En principe, c’est relativement similaire – si l’on part du principe que la perte auditive est survenue après l’acquisition du langage. Si l’on devient sourd à sept ou huit ans, il est possible que le développement du langage régresse. En revanche, chez les personnes âgées, si l’audition a été fortement réduite pendant une longue période, la situation se complique. C’est un peu comme une voiture de collection que l’on sort de la grange après de nombreuses années : remettre le système en marche demande beaucoup d’efforts. Lorsque les personnes ne prennent pas conscience de ce besoin, cela devient également difficile. Mais si ces personnes cessent alors de se rendre à des fêtes d’anniversaire, cela a rapidement d’énormes conséquences sociales. Les personnes plus jeunes ont davantage tendance à comprendre qu’elles doivent agir pour pallier leurs déficits – et qu’elles en tirent généralement un bénéfice significatif dès le départ.

Leading Medicine Guide : Ce sont donc surtout les personnes âgées qui ne prennent pas leur perte auditive très au sérieux. Que peut-on faire pour y remédier ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : En effet, beaucoup attendent trop longtemps avant d’agir. Cela tient aussi au fait que la perte auditive ne fait pas mal. Si vous avez mal à la hanche, vous finirez par consulter un médecin. Certains pensent aussi : « Je suis vieux, c’est normal d’entendre moins bien. » Et puis, il y a peut-être aussi le préjugé : « Mon voisin a des appareils auditifs, mais ça ne sert à rien. » Je peux seulement dire qu’il est important d’agir. Sinon, on entre dans une spirale : plus on attend, plus cela devient difficile – surtout si vous vous êtes replié sur vous-même à cause de votre perte auditive et que vous n’avez pratiquement plus d’amis. Il est également important de noter que la perte auditive peut favoriser la progression d’une démence.

Leading Medicine Guide : Comment cela ?

Prof. Dr méd. Peter Issing : Lorsqu’un canal sensoriel ne fonctionne pas bien, le cerveau reçoit moins d’informations – c’est donc un facteur de risque de démence. Nous pouvons agir sur ce facteur par des moyens thérapeutiques. Quand on explique aux gens qu’ils ne consultent pas le spécialiste en premier lieu pour leur entourage, mais qu’un appareil auditif leur est bénéfique à eux-mêmes pour que leur cerveau reste actif, cela en convainc certains. Les retours que je reçois me donnent raison. Il existe toutefois des profils auditifs qui se traitent mieux avec une aide auditive que d’autres, et il faut alors évaluer au cas par cas si un implant cochléaire est la meilleure solution. Encore une fois : bien sûr, toutes les personnes souffrant d’une perte auditive n’ont pas besoin d’un tel implant, mais c’est une option supplémentaire – une flèche thérapeutique dans l’arc. L’important, c’est de s’y attaquer. On peut aussi essayer des appareils auditifs, on peut les tester pendant un certain temps. On peut ainsi voir quel son nous plaît le plus – comme pour une chaîne stéréo, qui doit aussi plaire subjectivement. Il faut donc faire face à la perte auditive, et dans la plupart des cas, un appareil auditif peut aider.

Leading Medicine Guide : Professeur Issing, merci beaucoup pour cet entretien intéressant et instructif !

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