Leading Medicine Guide Logo

Un petit organe aux effets considérables – Le Dr Bolli, professeur agrégé, nous parle du pancréas

12.08.2022
Rédaction de Leading Medicine Guide
Auteur
Rédaction de Leading Medicine Guide

Les interventions chirurgicales du pancréas exigent une excellence chirurgicale tout à fait particulière. Si vous habitez dans la région de Bâle et que vous souffrez de problèmes pancréatiques, il est préférable de vous adresser au Centre du pancréas de Clarunis – Centre abdominal universitaire de Bâle, car c'est là qu'une équipe de haut niveau composée de spécialistes confirmés, sous la direction du Dr Martin Bolli, traite toutes les pathologies concernées selon des normes universitaires. La rédaction du Leading Medicine Guide s’est entretenue avec ce médecin spécialiste expérimenté qui, en tant que médecin-chef adjoint du service de chirurgie viscérale, allie une grande expertise à une maîtrise chirurgicale hors pair – et connaît aussi bien les risques pour la santé liés au pancréas que les options thérapeutiques en cas de maladie.

Bolli2.jpgLégèrement caché entre l’estomac et la colonne vertébrale, le pancréas, qui n’est pas plus grand qu’une tablette de chocolat, est responsable de deux fonctions essentielles : la production d’enzymes digestives importantes et la régulation du taux de glycémie.  

Le pancréas, comme on l'appelle en termes techniques, est un organe glandulaire situé transversalement dans la partie supérieure de l'abdomen, derrière l'estomac. Dans les pays germanophones, environ 70 personnes sur 100 000 sont hospitalisées chaque année pour une pancréatite aiguë, le plus souvent après 45 ans. Les hommes sont légèrement plus touchés que les femmes.


Le nombre de personnes atteintes d’un cancer du pancréas est pratiquement inchangé dans nos régions depuis de nombreuses années : selon l'association Deutsche Krebshilfe, on recense 14 200 cas par an en Allemagne, l'âge moyen de la maladie étant de 69 ans (hommes) et de 76 ans (femmes). En Suisse, on diagnostique 1 250 cas par an, en Autriche 1 500.


Les affections les plus courantes sont la pancréatite aiguë, la pancréatite chronique et le cancer du pancréas (carcinome pancréatique).

Lorsque l'on évoque le cancer du pancréas, la plupart des gens ont un mouvement de recul : cette forme de cancer a la réputation d'évoluer généralement de manière rapide et mortelle. Cela s’explique en effet par le fait que, dans ces cas, les tumeurs ne disposent que d’un faible nombre de vaisseaux sanguins, ce qui rend difficile l’acheminement des médicaments vers les tissus malins.

« Il est vrai que le cancer du pancréas est malheureusement une maladie très agressive et difficile à traiter », confirme le Dr Bolli au début de notre entretien. Sa remarque suivante est toutefois porteuse d’espoir : « Il existe cependant désormais de nouvelles approches sous forme de traitements combinés. On combine par exemple une chimiothérapie suivie d’une intervention chirurgicale. Si les lésions sont encore petites au moment du diagnostic, le pronostic est généralement meilleur. Dans les cas dits « résécables à la limite », c’est-à-dire lorsque la tumeur ne peut pas être retirée directement par chirurgie en raison de sa taille ou de sa localisation, on commence par la réduire par chimiothérapie avant de la retirer chirurgicalement », explique le spécialiste en chirurgie pancréatique.

Bolli4.jpgLe progrès sauve des vies

Des progrès ont été réalisés non seulement au niveau des méthodes de traitement, mais aussi au sein même de la chirurgie. « Grâce à l’amélioration des moyens chirurgicaux et techniques, l’ensemble de l’opération peut être réalisé selon des normes de sécurité plus élevées. On constate également des améliorations significatives pour les patients dans les domaines de l’anesthésie et des soins intensifs », rapporte le Dr Bolli avec optimisme, avant de poursuivre : « Ainsi, les complications survenant pendant ou après une opération, qui entraînaient autrefois souvent le décès, peuvent aujourd’hui être bien mieux prises en charge grâce à des méthodes interventionnelles, par exemple la pose d’un cathéter guidée par tomodensitométrie. »

Le grand avantage du Centre de traitement du cancer du pancréas de l’hôpital Clara et de l’hôpital universitaire de Bâle est que tout se trouve sous un même toit. « L’ensemble du bilan, les traitements par chimiothérapie ou radiothérapie, ainsi que l’opération et le suivi postopératoire ont lieu à l’hôpital. Cela permet d’agir très rapidement et de fixer sans délai les rendez-vous nécessaires. Au sein de notre comité interdisciplinaire de prise en charge des tumeurs, une réunion commune a lieu chaque matin avec des chirurgiens, des gastro-entérologues, des oncologues, des pathologistes et des radiothérapeutes afin de pouvoir proposer à nos patients le plan de traitement et de thérapie le meilleur possible et le plus adapté à chacun », explique le Dr Bolli, soulignant l’excellente collaboration entre ses collègues.


Les centres de traitement du cancer du pancréas de l’hôpital Clara et de l’hôpital universitaire de Bâle sont certifiés par la Société allemande du cancer (DKG). La DKG atteste ainsi que les patients atteints d’un cancer du pancréas bénéficient d’un traitement conforme aux normes de qualité internationales les plus strictes.


L'insuline – un défi supplémentaire

Le pancréas régule la fonction digestive et la glycémie. L'hormone insuline, produite par le pancréas, joue ici un rôle décisif, car elle est principalement chargée de transporter le glucose du sang vers les cellules. C'est là que les molécules de sucre sont nécessaires à la production d'énergie. Lorsque ce processus est perturbé, les personnes développent un diabète. Il faut alors lui administrer de l’insuline de manière externe. On parle de diabète de type 2 lorsqu’il s’agit d’une forme avancée de résistance à l’insuline. Dans ce cas, le glucose n’est plus suffisamment acheminé du sang vers les cellules et le taux de glycémie augmente chez les personnes concernées.

« Si les doses d’insuline d’un diabétique doivent être modifiées, il est impératif d’examiner le pancréas », met en garde le Dr Bolli, qui explique : « Le diabète peut endommager de nombreux organes ainsi que les yeux. La cause d’un dysfonctionnement peut être d’origine génétique, mais les patients peuvent également souffrir d’un surpoids important, ce qui favorise également le diabète. Les causes fréquentes d’un dysfonctionnement du pancréas ou d’une pancréatite aiguë ou chronique sont les calculs biliaires, qui entravent l’écoulement de la bile et du suc pancréatique, une consommation excessive d’alcool, les effets secondaires de certains médicaments, les maladies infectieuses ou les maladies auto-immunes. » Comme souvent, la prévention passe par une alimentation saine et davantage d’activité physique !

Symptômes d’une maladie du pancréas

« Les maladies du pancréas peuvent entraîner divers symptômes. Les tumeurs se développent souvent pendant longtemps sans que l’on ressente de troubles. Les inflammations provoquent généralement de fortes douleurs abdominales et les patients souffrent de ballonnements. En cas d’inflammation grave, la situation peut devenir dangereuse. L’organisme commence alors à s’autodigérer, un processus que les médecins appellent « nécrose ». Toutefois, ces formes graves sont très rares », précise le Dr Bolli.

L'opération de Whipple – complexe, mais efficace

Lors d’un traitement chirurgical d’un patient atteint d’un cancer du pancréas, l’objectif est l’ablation complète de la tumeur et de la zone de drainage lymphatique régionale. Lors de l’« opération de Whipple », du nom du chirurgien américain Allen Whipple qui a largement contribué au développement de cette technique, on retire toute la tête du pancréas, ce qui prend généralement plusieurs heures. Cette technique chirurgicale est utilisée en cas de carcinomes, d’inflammations ou d’obstructions au niveau du pancréas. La tête du pancréas désigne le tiers droit et épais du pancréas, situé à proximité du duodénum et d’une partie du canal biliaire. En cas de pathologie dans cette zone, il existe un risque de propagation rapide via les vaisseaux lymphatiques et sanguins. L’objectif de l’opération, qui dure généralement cinq à six heures, est d’empêcher toute croissance et propagation supplémentaires.

« Cette chirurgie extrêmement complexe exige une précision maximale de la part du chirurgien, car les vaisseaux afférents et efférents doivent être ligaturés via une incision abdominale plus large. Les parties restantes du pancréas et des organes environnants sont reconnectées à l’intestin grêle du patient. L'excellente qualité des interventions pratiquées chez Clarunis est garantie par le nombre élevé de cas – environ 60 par an, répartis entre quelques chirurgiens expérimentés – et le taux de complications est très faible en comparaison internationale. Associée aux chimiothérapies efficaces disponibles aujourd’hui, cette approche permet en outre de prolonger considérablement la durée de survie. « En cas de tumeurs localement avancées, une intervention palliative peut être réalisée afin de permettre l’écoulement de la bile ou le transit alimentaire et d’assurer ainsi la qualité de vie », explique le Dr Bolli pour décrire la difficulté et l’évolution positive des résultats.


Si un patient doit subir l’ablation totale du pancréas, ce qui est tout à fait possible, il devient immédiatement diabétique et doit alors recevoir des sécrétions digestives artificielles à vie.


Chances de guérison et les pièges du pancréas

Le Dr Bolli se montre d’abord optimiste et déclare : « En cas de dépistage précoce, les chances de guérison du cancer du pancréas sont bonnes. Malheureusement, au moment du diagnostic, le cancer est généralement déjà à un stade avancé. En effet, le cancer du pancréas se développe silencieusement. Dans ce cas, il existe aujourd’hui de bonnes possibilités de stopper au moins la progression de la maladie grâce à des médicaments et à la chirurgie. Il faut toutefois toujours s’attendre à une récidive de la tumeur. »

Bolli3.jpgLocalisation du pancréas dans le corps © nerthuz | AdobeStock

Une activité physique accrue et un mode de vie sain sont recommandés à titre préventif par tous les médecins, quelle que soit leur spécialité. Pour conclure notre entretien, le Dr Bolli ajoute : « Bien sûr, un adulte peut se faire plaisir en buvant un ou deux verres de vin de temps en temps. Et là encore, tout est une question d’individu. Certaines personnes le supportent mieux que d’autres. Les effets sur le pancréas ne sont donc pas les mêmes chez tout le monde. J’aimerais qu’à l’avenir, il existe un dépistage du pancréas, par exemple sous forme de marqueurs sanguins, afin de permettre un diagnostic précoce de la maladie. Le développement d’une immunothérapie d’accompagnement serait également précieux pour une évolution plus favorable des maladies du pancréas. »

Monsieur le Dr Bolli, nous vous remercions chaleureusement pour ces informations intéressantes sur le pancréas !

Vous pouvez contacter directement notre spécialiste via la page de profil du Leading Medicine Guide.