- Femmes de plus de 65 ans : 25 à 50 % d'entre elles signalent des symptômes d'incontinence significatifs.
- Hommes de plus de 65 ans : 10 à 20 %, souvent liée à la prostate.
- En maison de retraite : plus de 70 % des résidents.
- À partir de 80 ans : près d'une femme sur deux et un homme sur trois.
Ces chiffres sont probablement même sous-estimés — de nombreux patients n'évoquent pas le problème, même lorsqu'on leur pose directement la question. C'est là une mission gériatrique à part entière : poser activement la question, ne pas attendre que le sujet soit abordé spontanément. En savoir plus sur la spécialité : gériatrie et médecine gériatrique.
Chaque forme a une cause et un traitement différents. Une classification correcte est la première étape du traitement.
1. Incontinence d'effort
Fuite d'urine lors d'un effort physique — toussotement, éternuement, rire, montée d'escaliers, soulèvement d'objets. La cause est un affaiblissement du mécanisme de fermeture de l'urètre. C'est la forme la plus fréquente chez les femmes après un accouchement ou en postménopause, et chez les hommes après une opération de la prostate. Pas d'envie d'uriner avant la perte.
2. Incontinence par impériosité
Besoin mictionnel soudain et incontrôlable, s'accompagnant souvent d'une perte d'urine avant d'atteindre les toilettes. La cause en est une hyperactivité de la vessie (vessie hyperactive, VHA). Les patientes rapportent souvent : « Quand j'entends la clé dans la serrure, c'est déjà trop tard. » Les mictions nocturnes (nycturie) sont également typiques.
3. Incontinence mixte
Combinaison d’incontinence d’effort et d’incontinence par impériosité — la forme la plus courante chez les femmes âgées. Le traitement doit prendre en compte ces deux composantes.
4. Incontinence par regorgement
La vessie est chroniquement pleine et se vide goutte à goutte, sans qu’une véritable envie d’uriner ne soit ressentie. Chez les hommes, elle est généralement due à une hypertrophie de la prostate ; chez les deux sexes, elle peut être causée par des lésions nerveuses (par exemple en cas de diabète sucré chez les personnes âgées) ou par certains médicaments.
5. Incontinence réflexe
Vidéation involontaire de la vessie sans contrôle, souvent observée en cas de maladies de la moelle épinière ou de démence sévère chez les personnes âgées. Elle se distingue de l’incontinence fonctionnelle — état dans lequel la mobilité ou les capacités cognitives empêchent d’atteindre les toilettes à temps, bien que la fonction vésicale elle-même soit intacte. Pour en savoir plus : l'immobilité chez les personnes âgées.

Chez les personnes âgées, plusieurs facteurs s’additionnent et peuvent, ensemble, déclencher ou aggraver l’incontinence urinaire :
- Faiblesse du plancher pelvien : chez les femmes, due aux accouchements, aux modifications du tissu conjonctif et à la postménopause.
- Maladies de la prostate : la cause la plus fréquente chez les hommes de plus de 65 ans.
- Maladies neurologiques : AVC chez les personnes âgées, maladie de Parkinson, démence, sclérose en plaques, polyneuropathie liée au diabète chez les personnes âgées.
- Médicaments : les diurétiques augmentent le volume urinaire, les anticholinergiques peuvent provoquer une incontinence par regorgement, les sédatifs réduisent la perception de l'envie d'uriner. Pour en savoir plus : polypharmacie chez les personnes âgées.
- Infections : une infection aiguë des voies urinaires peut provoquer une incontinence temporaire mais intense chez les personnes âgées.
- Mobilité réduite : si le fait de se lever, de se rendre aux toilettes et de se déshabiller prend trop de temps, même une fonction vésicale normale peut entraîner une incontinence. Voir aussi : Immobilité chez les personnes âgées.
- Déficience cognitive : la patiente oublie le chemin des toilettes ou ne reconnaît plus à temps l’envie d’uriner. Causes possibles : troubles cognitifs légers (MCI).
???? Lorsqu'une incontinence apparaît soudainement et de manière nouvelle, la première cause à envisager n'est pas l'âge, mais une infection. Chez les personnes âgées, une infection urinaire ne se manifeste souvent pas par des brûlures et des douleurs, mais précisément par cela : incontinence soudaine, confusion, faiblesse.
Le chemin vers le traitement adéquat commence par un examen structuré. En gériatrie, cela comprend :
- Anamnèse et journal mictionnel : pendant deux à trois jours, le patient note la quantité de liquide consommée, ses passages aux toilettes, le volume d’urine et les épisodes de perte urinaire. Le journal mictionnel est souvent plus révélateur que n’importe quel examen complémentaire.
- Examen physique : examen urogynécologique ou urologique ciblé ; évaluation de la mobilité et de l'état fonctionnel.
- Analyse d'urine : exclusion d'une infection des voies urinaires.
- Échographie de la vessie résiduelle : permet de détecter une vessie de débordement — élément déterminant pour le choix du traitement.
- Bilan médicamenteux : quels médicaments pris actuellement peuvent contribuer à l'incontinence ? Vérification systématique dans le cadre d'une désprescription.
- Le cas échéant, mesure urodynamique : dans les cas complexes ou peu clairs.
→ Comment se déroule une évaluation gériatrique complète : Évaluation gériatrique.
Le traitement suit un concept par étapes qui commence par les mesures les moins risquées et souvent les plus efficaces — et non par des médicaments ou des opérations.
Étape 1 : Thérapie comportementale et rééducation
- Rénforcement musculaire du plancher pelvien : la mesure la plus efficace en cas d’incontinence d’effort. Avec un accompagnement structuré et un entraînement régulier pendant trois mois, des améliorations significatives sont observées chez 60 à 70 % des femmes.
- Entraînement vésical : allongement progressif des intervalles entre les passages aux toilettes. Particulièrement efficace en cas d’incontinence par impériosité.
- Entraînement à la miction (prompted voiding) : chez les patients présentant des troubles cognitifs : rappel régulier et structuré pour aller aux toilettes.
- Perte de poids : une perte de poids de 5 à 10 % suffit à améliorer considérablement les symptômes.
- Adaptation de l'apport hydrique : ne pas boire moins, mais répartir différemment — modérément le soir, en réduisant la caféine. Ceci doit également être pris en compte dans le contexte de la malnutrition chez les personnes âgées.
Niveau 2 : aides techniques et adaptations
- Aides à l'incontinence adaptées à l'anatomie : pas de couches, mais des protections et des culottes sur mesure. En Allemagne, ces aides sont fournies via le répertoire des aides techniques.
- Adaptation du cadre de vie : veilleuse, toilettes accessibles, rehausseur de siège de toilettes, barres d'appui. Ces mesures recoupent la prévention des chutes chez les personnes âgées.
- Soutien fonctionnel : vêtements amples avec des fermetures faciles à ouvrir, en particulier pour les patients âgés souffrant d'arthrose des mains.
Niveau 3 : médicaments
En cas d’incontinence par impériosité, on peut envisager des anticholinergiques (solifénacine, darifénacine) ou l’agoniste bêta-3 mirabegron. Les anticholinergiques doivent être utilisés avec prudence chez les personnes âgées — ils peuvent altérer les fonctions cognitives et déclencher un délire. La prévention du délire revêt ici une importance particulière. Le mirabegron est mieux toléré à cet égard. Chez les hommes présentant une hypertrophie de la prostate, les alpha-bloquants (tamsulosine) et les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (finastéride) constituent le traitement standard.
Niveau 4 : Interventions chirurgicales
En cas d'incontinence d'effort réfractaire au traitement, on utilise des systèmes de bandelettes mini-invasifs (TVT, TOT) — qui présentent de bons taux de réussite, même chez les femmes âgées. Chez les hommes ayant subi une chirurgie de la prostate, un sphincter artificiel peut être utile. Les décisions chirurgicales sont toujours prises dans le cadre d'une évaluation gériatrique préopératoire.
→ Pourquoi l'évaluation gériatrique est importante avant toute opération : risque opératoire chez les personnes âgées.
Qu'est-ce qui distingue le traitement gériatrique de l'incontinence d'un traitement purement urologique ou gynécologique ? La réponse réside dans une vision globale.
Une patiente souffrant d’incontinence par impériosité, prenant quatre médicaments et présentant une instabilité de la marche n’a pas besoin en premier lieu d’un médicament anticholinergique — elle a besoin d’un examen structuré : lesquels de ses médicaments aggravent le problème ? Comment améliorer sa mobilité afin qu’elle puisse atteindre les toilettes à temps ? Les chutes liées aux déplacements nocturnes aux toilettes constituent un risque réel — pour en savoir plus : les chutes chez les personnes âgées. Y a-t-il une dépression concomitante liée à l’âge ? Une infection urinaire est-elle exclue ? Existe-t-il un syndrome de fragilité qui influence la planification du traitement ?
Ces questions ne sont pas superflues — elles constituent la condition préalable à tout traitement durable. C'est pourquoi l'incontinence relève de la gériatrie et de la médecine gériatrique, tout autant que de l'urologie et de la gynécologie.
→ Comment les médicaments contribuent aux chutes et à l'incontinence : la polypharmacie chez les personnes âgées.
→ Pourquoi la dépression chez les personnes âgées est souvent négligée : la dépression chez les personnes âgées.
Lorsque l'incontinence affecte la vie quotidienne — et c'est le cas dans la grande majorité des cas —, elle doit être prise en charge par un médecin. Concrètement :
- Si vous évitez des activités que vous pratiquiez auparavant sans y penser
- Si vous êtes constamment à la recherche de toilettes
- Si votre sommeil est perturbé par des passages fréquents aux toilettes
- Si des problèmes cutanés ou des infections récurrentes apparaissent
- Si des changements soudains sont survenus — il est alors urgent de consulter pour exclure toute infection
Les premières démarches s'effectuent chez le médecin généraliste, qui orientera le patient, le cas échéant, vers un urologue, un gynécologue ou — en cas de situation multifactorielle — vers un gériatre. Une combinaison de ces approches s'avère souvent particulièrement efficace. Chez les patients fragiles, un dépistage de la fragilité est également recommandé.
L'incontinence urinaire est-elle normale chez les personnes âgées ?
Non. Elle est fréquente, mais pas normale au sens où elle « ferait partie du processus de vieillissement ». La plupart des formes se traitent bien — grâce à une combinaison de thérapie comportementale, d’exercices, de médicaments si nécessaire ou d’interventions chirurgicales. L'idée selon laquelle l'incontinence doit simplement être acceptée avec l'âge prive inutilement de nombreuses personnes d'une bonne qualité de vie. Il en va de même pour d'autres maladies souvent sous-estimées, comme la sarcopénie.
Quels médicaments peuvent provoquer ou aggraver l'incontinence ?
Les diurétiques augmentent le volume urinaire. Les anticholinergiques et les antidépresseurs tricycliques peuvent entraîner une rétention urinaire et provoquer une incontinence par regorgement. Les sédatifs et les somnifères réduisent la perception de l'envie d'uriner. Les alpha-bloquants (contre l'hypertension) peuvent aggraver l'incontinence d'effort chez les femmes. Une revue systématique des médicaments est une obligation — et non une option — en cas d'apparition récente d'une incontinence. Pour en savoir plus : désprescription.
Les exercices du plancher pelvien sont-ils également efficaces chez les femmes âgées ?
Oui, et ce même chez les femmes de plus de 70 ans, comme l'ont démontré des études. Les données sont claires : en cas d'incontinence d'effort, environ 60 à 70 % des patientes présentent des améliorations significatives après trois mois d'entraînement structuré. La condition préalable est un accompagnement par une kinésithérapeute qualifiée spécialisée dans le plancher pelvien — les fiches d'information générales ne suffisent généralement pas à elles seules. La rééducation du plancher pelvien fait également partie de la rééducation gériatrique précoce.
Les protections pour l'incontinence sont-elles une solution ?
Ils constituent un élément important de la prise en charge, mais ne sont jamais la première solution. Recourir immédiatement aux protections sans en déterminer la cause revient à renoncer à la possibilité d’une réelle amélioration. Les aides modernes sont adaptées à l’anatomie, pratiquement invisibles et fournies par un magasin de matériel médical sur ordonnance.
Que puis-je faire si la personne concernée ne veut pas parler de son incontinence ?
C'est l'une des situations les plus courantes — et l'une des plus importantes. Une approche utile consiste à aborder le sujet non pas comme un problème personnel, mais comme une question de santé générale. « J'ai lu récemment que la plupart des personnes âgées sont concernées par ce problème — et qu'il est tout à fait possible d'y remédier. « Voulons-nous en parler lors de la prochaine consultation chez le médecin ? » est souvent une bonne façon d’aborder le sujet. Deuxième possibilité : informer le médecin traitant à l’avance et lui demander d’aborder activement le sujet. On retrouve des défis de communication similaires lorsqu’il s’agit de la dépression chez les personnes âgées.