Dans le domaine de la neurologie, le professeur Christoph Kleinschnitz, docteur en médecine, est une figure de proue et un expert reconnu dans le domaine des accidents vasculaires cérébraux. En tant que directeur de la plus ancienne « unité de prise en charge des AVC » d'Allemagne, au sein de la clinique universitaire d'Essen, il s'est forgé une excellente réputation et est considéré comme un pionnier de la collaboration interdisciplinaire. Fort d'une compréhension approfondie de l'urgence des traitements des AVC, ce neurologue expérimenté souligne l'importance de chaque minute dans de telles situations. Le Prof. Dr Kleinschnitz a un champ d'action très large en neurologie, avec des spécialisations dans des domaines tels que les AVC, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, la neuroimmunologie, la neuropathie et les maladies neurovasculaires. Son expertise s'étend également au dépistage précoce des AVC, domaine dans lequel il a apporté de précieuses contributions. En 2009, il a pris la direction de l'unité de soins des AVC et du service de neurologie ambulatoire de l'hôpital universitaire de Würzburg, où sont traités les AVC et les maladies vasculaires cérébrales. Son travail exceptionnel dans ce domaine lui a valu une reconnaissance de son expertise. À partir de 2010, il a également dirigé le groupe de recherche clinique sur la sclérose en plaques et la neuroimmunologie, avant de quitter Würzburg en 2016 pour rejoindre l'hôpital universitaire d'Essen. Le Prof. Dr Kleinschnitz a été récompensé à plusieurs reprises pour ses contributions novatrices en neurologie et reste une figure de proue dans la recherche et le traitement des AVC ainsi que d’autres maladies neurologiques. Son engagement envers la communauté médicale et son dévouement constant à l'amélioration des soins aux patients font de lui une figure centrale de la neurologie moderne. La rédaction de Leading Medicine a eu l'occasion de s'entretenir avec le Prof. Dr Kleinschnitz afin d'approfondir le sujet crucial de l'« AVC ».

L'accident vasculaire cérébral (AVC) est un trouble aigu de la circulation sanguine cérébrale et la troisième cause de décès en Allemagne. Il résulte le plus souvent d'un caillot sanguin qui s'est déplacé vers le cerveau et y a obstrué une artère. De plus, la rupture de vaisseaux sanguins peut entraîner des hémorragies cérébrales et provoquer un AVC. L'AVC est une urgence médicale et doit dans tous les cas être traité le plus rapidement possible. Il s'accompagne de déficits neurologiques pouvant prendre différentes formes, comme des tremblements ou des sensations d'engourdissement. Certaines sont temporaires, d’autres permanentes. Un AVC modifie considérablement la vie : une grande partie des handicaps chez les patients de plus de 50 ans est due à un AVC.
En Allemagne, environ 250 000 personnes sont victimes d'un AVC chaque année, et environ 2 500 nouveaux cas de sclérose en plaques sont diagnostiqués chaque année.
Quel est le lien ? Dans le cas d’un AVC et de la sclérose en plaques (SEP), les cellules immunitaires (lymphocytes T auxiliaires) qui sont censées aider l’organisme à reconnaître les agents pathogènes sont perturbées. Le professeur Kleinschnitz explique au début de notre entretien : « Lorsque le système immunitaire est déréglé, comme dans le cas de la SEP et de l’AVC, l’organisme s’attaque à lui-même, ce qui peut entraîner la mort de cellules nerveuses, des paralysies ou encore des troubles du langage ». Les plaquettes sanguines (thrombocytes) jouent par exemple un rôle important : dans un organisme sain, elles aident à arrêter les saignements et à cicatriser les blessures. Lors d’un AVC, elles font partie du caillot sanguin et obstruent le vaisseau sanguin. Il en va de même pour la SEP. Le Prof. Dr Kleinschnitz précise : « Nos recherches montrent toutefois que ces maladies sont bien sûr beaucoup plus complexes et ne s’expliquent pas uniquement par l’activité du système immunitaire ». Les facteurs de coagulation sanguine jouent également un rôle dans les processus inflammatoires du système nerveux. À l'hôpital universitaire d'Essen, il recherche avec son équipe d'autres points communs et des approches thérapeutiques alternatives.
Les personnes âgées présentent un risque plus élevé de subir un AVC, car les modifications des vaisseaux sanguins liées à l’âge et d’autres problèmes de santé sous-jacents augmentent la probabilité d’un AVC. Chez les personnes plus jeunes, en particulier chez les femmes, certains facteurs de risque tels que la contraception hormonale et la grossesse peuvent augmenter le risque d’AVC.
Des mesures de prévention simples, mais appliquées de manière systématique, permettraient d'éviter près de 50 % de tous les AVC.
Pour dépister un AVC à un stade précoce, il est important d'en connaître les premiers signes. Les groupes à risque devraient tout particulièrement recourir au dépistage précoce des risques d'AVC. Cette prestation de prévention est prise en charge par la plupart des caisses d'assurance maladie publiques. La détection précoce des modifications au niveau des vaisseaux sanguins qui irriguent le cerveau revêt une grande importance. Les médecins accordent également une attention particulière à l'élimination des facteurs de risque. Ceux-ci peuvent être mis en évidence lors d'une consultation médicale de dépistage des AVC (bilan de prévention).
« Les principaux facteurs de risque d’AVC sont le tabagisme, l’hypertension artérielle, le diabète sucré, le surpoids, l’artériosclérose, les troubles du métabolisme lipidique, l’âge avancé (à partir de 50 ans), les antécédents familiaux d’AVC ainsi que la fibrillation auriculaire », précise le Prof. Dr Kleinschnitz, qui admet toutefois que des mesures préventives médicamenteuses, prescrites en fonction du profil de risque individuel et des antécédents médicaux du patient, peuvent définitivement prévenir un AVC. « Les anticoagulants sont utilisés pour réduire la coagulabilité du sang et diminuer le risque de formation de caillots. Ils sont souvent indiqués chez les patients souffrant de fibrillation auriculaire ou d’autres maladies cardiaques. Les antiagrégants plaquettaires empêchent les plaquettes de s’agglutiner et de former des caillots sanguins. L’antiagrégant plaquettaire le plus connu est l’aspirine (acide acétylsalicylique). De plus, les antihypertenseurs peuvent aider les personnes souffrant d'hypertension artérielle à prévenir un AVC. Le taux de cholestérol joue également un rôle. En effet, un taux de cholestérol trop élevé peut favoriser la formation de plaques dans les artères, ce qui peut à son tour augmenter le risque d'AVC. Chez les patients diabétiques, le contrôle de la glycémie peut contribuer à réduire le risque d’AVC. Divers médicaments, dont la metformine, les sulfonylurées et l’insuline, sont utilisés pour traiter le diabète », explique le Prof. Dr Kleinschnitz à propos des différentes mesures préventives. « Des examens de dépistage de l’AVC et de la démence peuvent être effectués au sein du Centre pour la santé cérébrale et la prévention d’Essen (ZGP-E), récemment créé au sein du service de neurologie. C’est également là que se poursuivent d’autres études sur de nouvelles thérapies potentielles », ajoute le Prof. Dr Kleinschnitz à propos de l’offre de la célèbre clinique universitaire d’Essen.
Plus il y a de facteurs de risque, plus un bilan de dépistage des AVC est important.
Dans de nombreux cas, le risque d’AVC est accru par un rétrécissement progressif des vaisseaux sanguins. On appelle ischémie cérébrale une diminution de l’irrigation sanguine du cerveau entraînant la mort de cellules nerveuses. Ces petits troubles circulatoires dans le cerveau passent souvent inaperçus. De même, la personne concernée ne peut guère percevoir elle-même le rétrécissement progressif des vaisseaux. Si les premiers symptômes d'alerte ne sont pas détectés, le rétrécissement vasculaire progresse. Leur dépistage précoce fait donc partie de la prévention active et peut sauver des vies.
Examens de prévention des AVC
Chez les patients à risque, le bilan de dépistage des AVC est plus que recommandé, car il peut éviter un handicap grave après un AVC. Dans le cadre de la prévention des AVC, les artères irriguant le cerveau du patient sont examinées de manière approfondie. Cela se fait par échographie (échographie Doppler), grâce à laquelle le médecin traitant vérifie s'il existe un rétrécissement des vaisseaux. L'échographie Doppler est une analyse vasculaire et une prestation clé des neurologues. Cette méthode d'examen fait partie des prestations IGel, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une prestation facultative que les caisses d'assurance maladie obligatoires ne prennent pas en charge lorsqu'il s'agit d'un examen de dépistage. Si elle sert au diagnostic en cas de suspicion d'AVC, les frais sont pris en charge.
Accident ischémique transitoire (AIT)
Bien qu'un AVC survienne soudainement, les médecins ont pu démontrer que, chez un tiers des patients, il est précédé d'un accident ischémique transitoire (AIT). L'accident ischémique transitoire est un trouble circulatoire temporaire au niveau du cerveau. Il s'agit également d'une urgence médicale et les personnes concernées doivent être rapidement transportées à l'hôpital, ou mieux encore, dans une clinique spécialisée. L'accident est provoqué par un petit caillot sanguin qui atteint le cerveau avec le flux sanguin et restreint la circulation sanguine.
L'accident dure environ une demi-heure et présente les mêmes symptômes qu'un « véritable » AVC :
- vision double
- Perte soudaine de la vision d'un œil
- troubles de la marche
- paralysie ou engourdissement d'un côté du corps
- paralysie ou engourdissement des membres
- Troubles de la parole
- Acouphènes
- Vertiges ou évanouissements
« En général, les symptômes disparaissent au plus tard au bout d'un jour, ce qui explique que cette affection soit souvent mal diagnostiquée. Si l’AIT n’est pas traitée, elle réapparaît régulièrement (récidive). En tant que signe avant-coureur d’un AVC imminent, elle doit être prise au sérieux, car le risque d’AVC est très élevé au cours des quatre semaines suivantes. Les patients présentant ces symptômes doivent consulter immédiatement leur médecin. Celui-ci prendra les mesures nécessaires pour les orienter vers un spécialiste (neurologue) », met en garde le Prof. Dr Kleinschnitz.
Cause fréquente : l'athérosclérose de l'artère carotide
Souvent, l’AVC est dû à un rétrécissement de l’artère carotide causé par des dépôts (sténose carotidienne). « L’artériosclérose touche principalement les personnes âgées, car elle se développe au fil des années et constitue un facteur de risque majeur d’AVC. Les principaux facteurs de risque de l’artériosclérose sont le tabagisme, l’hyperlipidémie et l’hypertension artérielle. Le diagnostic est posé par échographie Doppler, imagerie par résonance magnétique ou angiographie par tomodensitométrie », explique le Prof. Dr Kleinschnitz. En cas de symptômes avérés, l'examen de l'artère carotide est pris en charge par les caisses d'assurance maladie.
Si la sténose carotidienne est très prononcée, une intervention chirurgicale est recommandée. Elle consiste à dilater le vaisseau concerné ou à y implanter un dispositif de soutien, appelé stent. Pour empêcher l’athérosclérose de progresser, il faut traiter les facteurs de risque.
« Les patients doivent en principe être encouragés à faire davantage d’exercice physique, à perdre du poids s’ils sont en surpoids et à adopter une alimentation saine. Il faut également arrêter de fumer. Si le patient souffre de troubles métaboliques, ceux-ci doivent être traités. On prescrit généralement des médicaments contre l’hypertension, et si les recommandations médicales sont respectées, le pronostic est très bon », encourage le Prof. Dr Kleinschnitz en énumérant les mesures que chaque personne concernée peut prendre pour elle-même.
Le traitement des patients victimes d’un AVC
« Idéalement, le traitement des patients victimes d’un AVC se déroule dans une unité spécialisée (Stroke Unit). Ici, à l’hôpital universitaire d’Essen, les patients gravement malades et nécessitant une surveillance sont pris en charge dans notre unité de soins intensifs neurologiques (Neuro-INT) et notre unité de surveillance (Neuro2 Stroke Unit/IMC). L'admission des patients victimes d'un AVC se fait dans notre service certifié dédié aux AVC (Neuro2 – Stroke Unit/IMC). Il s’agit d’un service hospitalier spécialisé dans le traitement des AVC », explique le professeur Kleinschnitz, qui effectue quotidiennement des visites personnelles auprès des patients bénéficiant d’une assurance privée et discute avec eux des résultats des examens au fur et à mesure.
Une unité de soins des AVC dispose d’une équipe de médecins, d’infirmiers et de thérapeutes expérimentés, spécialisés dans le traitement des AVC. Ils possèdent les connaissances et l’expérience nécessaires pour comprendre les besoins spécifiques des patients victimes d’un AVC et prendre les mesures appropriées. « Une unité de soins des AVC propose des traitements spécifiques pour la prise en charge des AVC, notamment l’administration de médicaments tels que la thrombolyse pour rouvrir les vaisseaux sanguins obstrués et prévenir d’autres lésions. De plus, des mesures de rééducation telles que la kinésithérapie, l’ergothérapie et l’orthophonie sont mises en œuvre pour rétablir les fonctions motrices et les capacités de communication des patients », explique le Prof. Dr Kleinschnitz.
Premiers secours en cas d’AVC
Plus l’infarctus cérébral est détecté et traité rapidement, plus les chances pour le patient de ne subir aucun ou très peu de séquelles sont grandes. Cependant, le traitement des victimes d’AVC est de longue haleine. Les AVC mettant la vie en danger, il faut immédiatement appeler les secours (pompiers, médecin urgentiste, service d’ambulance). Sinon, le patient risque de décéder. Les premiers secours consistent à rassurer le patient et à le mettre en position couchée sur le dos. Il convient de surélever le haut de son corps à l'aide d'un oreiller. Les patients inconscients et les victimes d'AVC qui vomissent doivent être placés en position latérale de sécurité. Il faut vérifier régulièrement le pouls et la respiration. Si celles-ci ne sont plus perceptibles, il faut allonger le patient prudemment sur le dos et pratiquer une réanimation. Les secours l'emmènent ensuite à l'hôpital le plus proche ou à l'unité de soins spécialisée dans les AVC, où il sera immédiatement pris en charge.
La rééducation après un AVC
La rééducation joue un rôle décisif dans le rétablissement des fonctions motrices après un AVC. Grâce à des thérapies et des stratégies ciblées, les personnes concernées peuvent améliorer leur mobilité, leur coordination et leur force musculaire, ainsi que réapprendre les activités quotidiennes. Dans certains cas, la rééducation précoce a lieu dès l’unité de soins spécialisée dans les AVC de la clinique. En fonction des lésions causées par l’AVC, le patient bénéficie d’une rééducation par la kinésithérapie et/ou l’ergothérapie.
« La kinésithérapie, qui commence chez nous à l'hôpital dès le premier jour, vise à rétablir progressivement les mouvements perturbés, le sens de l'équilibre et d'autres fonctions altérées du patient. Elle permet également de corriger les mauvaises postures et les paralysies, afin que le patient retrouve sa mobilité. Si cela ne réussit pas complètement, la rééducation doit au moins aider à préserver les fonctions et capacités physiques encore présentes. Le service social est également impliqué dans la rééducation », explique le Prof. Dr Kleinschnitz. Grâce à l’ergothérapie, le patient victime d’un AVC apprend à manipuler certains objets et à accomplir les tâches nécessaires de la vie quotidienne, ce qui le prépare à mener à nouveau une vie aussi autonome que possible. Si l’infarctus cérébral a entraîné des troubles du langage et/ou des difficultés à avaler, une rééducation orthophonique est nécessaire. « Outre les mesures de rééducation standard, il existe des méthodes spécifiques telles que l’entraînement neuropsychologique, qui peut être indiqué en cas de paralysie d’un côté du corps, et la psychothérapie d’accompagnement. Celle-ci permet au patient souffrant de dépression suite à son AVC de surmonter ses problèmes psychologiques. Environ 30 à 40 % des patients victimes d’un AVC souffrent d’une dépression dite post-AVC – après tout, les conséquences d’un AVC sont clairement perceptibles et changent souvent le cours d’une vie », explique le neurologue Prof. Dr Kleinschnitz.
Regard vers l’avenir
« Pour l’avenir, je souhaiterais qu’un traitement médicamenteux neuroprotecteur soit disponible, afin que les cellules nerveuses puissent survivre plus longtemps en cas d’AVC. Dans le cadre des mesures de rééducation, de nouvelles approches en matière d’intelligence artificielle (IA) et de robotique pourraient s’avérer utiles, tout comme la télémédecine, afin que les personnes vivant en zone rurale, en particulier, puissent néanmoins bénéficier d’un accès facile aux mesures d’aide. D'une manière générale, il est important, grâce à une meilleure information, de sensibiliser la population à l'importance du dépistage précoce d'un AVC », conclut le Prof. Dr Kleinschnitz, mettant ainsi un terme à notre entretien.
Professeur Kleinschnitz, merci beaucoup pour cet entretien instructif et enrichissant !
