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Implantation cochléaire assistée par robot en cas de surdité profonde : entretien avec le professeur Caversaccio

28.03.2025
Rédaction de Leading Medicine Guide
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Rédaction de Leading Medicine Guide

Le professeur Marco Domenico Caversaccio, docteur en médecine, est un spécialiste hautement qualifié en oto-rhino-laryngologie, spécialisé dans les tumeurs de la tête et du cou ainsi que dans le traitement de la perte auditive. En tant que directeur clinique et médecin-chef de la clinique universitaire d'ORL et de chirurgie cervico-faciale à l'Inselspital de Berne, il apporte une expertise et une expérience approfondies dans les domaines de la chirurgie et des procédures médico-techniques modernes. Le Prof. Dr Caversaccio s'est forgé une réputation internationale grâce à son intérêt particulier pour les techniques mini-invasives et la chirurgie assistée par ordinateur.

Il est réputé pour ses méthodes innovantes, qui concernent aussi bien le traitement des tumeurs de la tête et du cou que l'amélioration de la capacité auditive grâce à des implants cochléaires et de l'oreille moyenne. Il convient de souligner tout particulièrement son travail dans le domaine de l'implantation cochléaire assistée par robot, où il a obtenu des résultats exceptionnels chez des patients atteints de surdité profonde. Outre la chirurgie, le Prof. Dr Caversaccio réalise également des opérations spécialisées, telles que la préservation de la voix lors d’interventions sur des tumeurs du larynx, et s’engage en faveur du développement de la chirurgie ORL dans le domaine de la chirurgie endoscopique du nez et des sinus.

Grâce à une étroite collaboration interdisciplinaire avec d'autres spécialités telles que la neurochirurgie et l'ophtalmologie, il garantit à ses patients un traitement global et à la pointe de la technologie. Fortement engagé dans la recherche et le développement, le Prof. Dr Caversaccio a également contribué à la mise au point d'implants qui améliorent la qualité de vie de nombreux patients. L'expertise et l'engagement du Prof. Dr Caversaccio ainsi que de son équipe offrent aux patients de l'Inselspital de Berne une prise en charge médicale exceptionnelle, à la pointe de la science et de la technologie.

La rédaction du Leading Medicine Guide a pu en savoir plus sur le thème de « l’implantation cochléaire assistée par robot en cas de surdité profonde » lors d’un entretien avec le Prof. Dr Caversaccio, spécialiste ORL.

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L'implantation cochléaire assistée par robot représente une avancée majeure dans le traitement de la surdité profonde. Cette méthode innovante permet une mise en place particulièrement précise et mini-invasive de l'implant dans l'oreille interne, ce qui permet d'améliorer durablement la capacité auditive des patients concernés. Grâce à l’utilisation d’une technologie robotique de pointe, les interventions sont réalisées avec une précision maximale, ce qui minimise le risque de complications et préserve au mieux les structures sensibles de l’oreille. Cette technique ouvre de nouvelles perspectives en matière de rééducation auditive et contribue à améliorer de manière décisive la qualité de vie des patients malentendants.

Un implant cochléaire (IC) est une prothèse auditive sophistiquée qui permet aux personnes souffrant d'une perte auditive de l'oreille interne sévère, voire proche de la surdité, de percevoir à nouveau les signaux acoustiques. 

Il est indiqué chez les patients pour lesquels les appareils auditifs classiques n'apportent plus de bénéfice suffisant, car la perte auditive est si importante que l'amplification du son seule ne suffit plus. « Les candidats appropriés pour une implantation sont aussi bien les adultes que les enfants qui, en raison d’une surdité de l’oreille interne congénitale ou acquise, présentent des limitations considérables dans la compréhension de la parole. Un implant cochléaire est particulièrement bénéfique pour les personnes souffrant d’une perte auditive sévère ou d’une surdité totale des deux oreilles. Il existe bien sûr aussi les cas de perte auditive due à un accident, lorsque la cochlée a été endommagée », explique le Prof. Dr Caversaccio au début de notre entretien.

L'éligibilité à un implant cochléaire est déterminée par un diagnostic médical, audiologique et psychologique complet. Différents facteurs jouent ici un rôle. Il faut tout d'abord vérifier si le nerf auditif est intact, car c'est lui qui doit transmettre les signaux électriques de l'implant au cerveau. Des lésions ou des malformations du nerf auditif peuvent rendre l’implant inefficace. L’état de la cochlée elle-même est également examiné, car l’électrode de l’implant est insérée dans la cochlée. « En cas de malformations graves ou d’ossification de la cochlée, il peut être techniquement difficile, voire impossible, de positionner correctement l’implant. Si un patient a par exemple souffert d’une méningite, il peut arriver qu’une ossification bilatérale de l’oreille interne se produise en très peu de temps, rendant alors impossible l’implantation d’un implant cochléaire. Heureusement, cela arrive de moins en moins souvent. Il existe par ailleurs la neurofibromatose de type 1 et de type 2 – des maladies génétiques qui touchent principalement le système nerveux et entraînent la formation de tumeurs le long des nerfs. Chez ces patients, on aurait plutôt recours à des implants du tronc cérébral pour améliorer l’audition. « Et lorsque les personnes présentent une malformation particulièrement prononcée de l’oreille interne, ou lorsque le nerf cochléaire est absent chez les nouveau-nés, un implant du tronc cérébral est également plus efficace », précise le Prof. Dr Caversaccio. 


Un implant du tronc cérébral, également appelé implant auditif du tronc cérébral (ABI), est un implant auditif spécial qui est implanté directement dans le cerveau, plus précisément au niveau du noyau auditif du tronc cérébral. Il est utilisé lorsqu’un implant cochléaire (IC) classique n’est pas possible, par exemple parce que le nerf auditif est absent, endommagé ou ne fonctionne pas. Alors qu’un implant cochléaire stimule électriquement les nerfs auditifs dans la cochlée, un implant du tronc cérébral contourne complètement ce nerf. Il est plutôt implanté chirurgicalement à l’endroit où les informations auditives sont traitées dans le tronc cérébral. Le cerveau peut ainsi recevoir directement des signaux électriques. Les candidats typiques à un implant du tronc cérébral sont les personnes atteintes de neurofibromatose de type 2, une maladie caractérisée par l’apparition de tumeurs bilatérales au niveau des nerfs auditifs (appelées schwannomes vestibulaires) pouvant détruire ces derniers. Un ABI peut également constituer une alternative en cas d’autres malformations congénitales ou acquises de l’oreille interne ou du nerf auditif. L'impression auditive obtenue grâce à un implant du tronc cérébral est toutefois généralement moins nuancée qu'avec un implant cochléaire. La compréhension de la parole peut être limitée, mais de nombreux patients retrouvent au moins les bruits ambiants importants ou améliorent leur lecture labiale grâce à cette perception auditive supplémentaire.


Les enfants constituent un groupe de patients particulier pour lequel un implant cochléaire est souvent particulièrement prometteur. Plus un enfant malentendant ou sourd reçoit un implant tôt, meilleures sont les chances de permettre un développement normal du langage. Idéalement, l'implantation est réalisée dès la petite enfance, car le cerveau est particulièrement adaptable à ce stade. Ici aussi, une thérapie intensive est toutefois nécessaire, dans le cadre de laquelle des orthophonistes et des audioprothésistes accompagnent l'enfant et sa famille.

L'implantation cochléaire assistée par robot représente une avancée majeure dans la chirurgie des implants auditifs et offre plusieurs avantages par rapport aux méthodes chirurgicales traditionnelles. 

L'un des principaux avantages réside dans l'extraordinaire précision avec laquelle le robot insère l'implant dans la structure sensible de la cochlée. La cochlée étant un organe extrêmement petit et fragile, même un positionnement légèrement incorrect de l'électrode peut avoir des répercussions à long terme sur la capacité auditive. « Nous menons des études à ce sujet depuis 2016 et travaillons déjà depuis 2020 avec le robot HEARO ; nous avons en quelque sorte inventé l’implantation cochléaire assistée par robot. Le robot est utilisé pour réaliser une perforation mini-invasive à travers l’os crânien jusqu’à l’oreille interne. Il permet une navigation précise au micromètre près, de sorte que les structures sensibles telles que le nerf facial, les vaisseaux sanguins ou l’organe de l’équilibre puissent être contournées en toute sécurité. L’objectif est d’introduire le faisceau d’électrodes de l’implant cochléaire dans la cochlée de la manière la plus douce possible afin d’obtenir le meilleur résultat auditif possible. « L’opération représente un défi de taille qui exige une expertise de haut niveau et dure environ trois heures », explique le Prof. Dr Caversaccio, qui présente de nouvelles possibilités pour préserver l’audition résiduelle chez les patients :

« Actuellement, on s’efforce de poser des implants cochléaires ou les électrodes nécessaires même en cas d’audition résiduelle, par exemple chez les patients qui ont encore une audition normale dans les basses fréquences, mais une perte dans les aigus. L’objectif est de préserver l’audition résiduelle, ce qui est possible grâce au perfectionnement de l’implant cochléaire, la technique Otodrive. Il s’agit d’une procédure chirurgicale entièrement automatisée dans laquelle le robot, sur la base de données d’imagerie préopératoires (par ex. des scans CT) et d’un tracé de forage préplanifié, réalise de manière autonome le forage précis vers l’oreille interne, sans que le chirurgien ne guide manuellement le forage. Le robot HEARO utilise ces informations pour réaliser un forage au millimètre près – parfois même au dixième de millimètre près – qui mène exactement à la cochlée. Ce faisant, les structures anatomiques critiques telles que le nerf facial, les vaisseaux sanguins ou l’organe de l’équilibre sont contournées en toute sécurité.


La Suisse – en particulier l’Inselspital de Berne – compte parmi les sites leaders mondiaux dans le développement et l’application de la microchirurgie robotique dans le domaine de l’oreille. Le robot HEARO a été développé en grande partie en collaboration avec l’industrie, et la première implantation cochléaire entièrement automatisée à l’aide de la méthode Otodrive a été réalisée avec succès. L’Oto-Drive permet d’introduire automatiquement l’électrode à 0,1 mm dans la cochlée afin de préserver l’audition résiduelle et les structures.


Lors d'une implantation cochléaire traditionnelle, le chirurgien doit insérer manuellement l'électrode dans la cochlée, ce qui peut entraîner une certaine contrainte mécanique sur les tissus sensibles. La technique assistée par robot utilise des algorithmes de haute précision pour effectuer l'insertion avec une pression contrôlée et une vitesse optimale. 

« Avec le robot, nous pratiquons ce que l’on appelle une chirurgie par tunnel, au cours de laquelle un robot réalise un petit forage ciblé (tunnel) à travers l’os crânien jusqu’à la cochlée. Le tunnel relie directement l’os crânien à la cochlée, ce qui évite toute lésion des structures importantes telles que le nerf facial, les nerfs de l’équilibre ou les vaisseaux sanguins – une procédure « tunnel-to-tunnel ». Cela n’est pas possible lors d’une opération conventionnelle sans robot. Cependant, il doit y avoir suffisamment d’espace entre les structures sensibles pour créer le tunnel sans risque, afin que le robot puisse forer avec précision et en toute sécurité. Tout se joue au millimètre près – voire à quelques fractions de millimètre. Pour le forage prévu, il doit y avoir au moins 2,5 à 3 mm d’espace entre les nerfs, car le canal de forage a une épaisseur de 1,8 mm et nécessite une marge de sécurité de 0,4 à 0,5 mm de chaque côté. Si le passage est trop étroit, la méthode mini-invasive ne peut pas être utilisée – on procède alors à une opération conventionnelle avec un accès plus large afin de protéger les nerfs en intra-opératoire sous contrôle visuel. C'est pourquoi nous procédons à ce que l'on appelle un « staging » avec le patient afin de déterminer si l'intervention robotisée est possible ou non », précise le Prof. Dr Caversaccio. 

Après une implantation cochléaire assistée par robot, la phase de convalescence postopératoire est souvent comparable à celle des méthodes conventionnelles, mais présente quelques différences subtiles mais significatives qui peuvent finalement influencer le succès de l’intervention. 

Après la phase opératoire, une phase de rééducation approfondie commence généralement, qui est déterminante pour le succès à long terme. Au cours de cette phase, le fonctionnement de l’implant et la perception auditive sont régulièrement contrôlés et ajustés. Grâce à un suivi audiologique personnalisé, comprenant un entraînement linguistique et auditif, le cerveau peut s’adapter de manière optimale aux nouveaux stimuli électriques, ce qui revêt une importance particulière pour les enfants et les patients âgés. 

« Après la pose d’un implant cochléaire à l’Inselspital de Berne, l’entraînement linguistique commence, en particulier chez les enfants nés sourds, avec l’activation de l’implant, qui a lieu quelques semaines après l’opération. Au cours de cette première phase, l’appareil est adapté aux besoins individuels de l’enfant. Vient ensuite une thérapie auditive ciblée, au cours de laquelle l’enfant apprend à percevoir les sons et la parole. Tout au long du processus, l’implant est régulièrement contrôlé et ajusté afin de garantir son fonctionnement optimal. Les parents sont activement impliqués dans le processus d’apprentissage et reçoivent un soutien pour savoir comment favoriser l’apprentissage auditif et linguistique à la maison. L’objectif de l’ensemble de la formation est d’aider l’enfant à comprendre la parole et à s’exprimer lui-même afin de pouvoir communiquer au quotidien et à l’école. Nous disposons pour cela d’une école d’orthophonie près de Berne, où l’on peut également apprendre la langue des signes. Nous apportons notre aide pour l’ensemble de l’organisation », explique le Prof. Dr Caversaccio, qui donne également quelques précisions sur la rééducation nécessaire chez les adultes :

« Environ trois semaines après l’opération, un « premier ajustement » a lieu pour le patient dans notre clinique. Après 3 à 4 semaines supplémentaires, nous procédons à un deuxième « ajustement », au cours duquel les réglages individuels sont adaptés. De nombreux patients suivent en parallèle des cours d’orthophonie ou de lecture labiale. Parallèlement, il faut s’exercer à la manipulation complète du nouvel appareil. Cela demande une certaine dextérité, et tout dépend de l’âge et des capacités de chaque patient. Les personnes doivent être disposées à s’y consacrer – l’entraînement est très important ! Car au final, l’objectif est que les personnes participent à nouveau davantage et plus activement à la vie, qu’elles ne se trouvent plus dans une situation d’isolement et qu’elles préviennent ainsi un éventuel risque de démence », souligne le Prof. Dr Caversaccio, et c’est ainsi que nous terminons notre entretien.

Un grand merci, professeur Caversaccio, pour ces précieuses informations sur l’utilisation des implants cochléaires !