Entretiens avec des experts
Gynécologie opératoire : entretien avec le professeur Hornemann
Alexandra Pfitzmann · 31 janvier 2025
Le professeur Amadeus Hornemann, docteur en médecine, est un spécialiste en gynécologie très estimé qui a pris, en octobre 2024, la direction de la nouvelle clinique de gynécologie opératoire du Bürgerhospital à Francfort-sur-le-Main. Fort de son expertise approfondie en oncologie gynécologique et en chirurgie mini-invasive, il constitue un atout majeur pour le Bürgerhospital, réputé pour son haut niveau de spécialisation en gynécologie et en obstétrique.
Le Prof. Dr Hornemann s'est forgé une excellente réputation, notamment dans le traitement de l'endométriose, des myomes et d'autres pathologies gynécologiques. Après ses études de médecine et sa formation de spécialiste, il a acquis une expérience précieuse à divers postes de direction, notamment en tant que médecin-chef aux cliniques universitaires de Lübeck et de Mannheim. Son activité académique en tant que professeur extraordinaire à l’université de Heidelberg témoigne également de son expertise scientifique.
Sous la direction du Prof. Dr Hornemann, la nouvelle clinique de gynécologie opératoire mettra particulièrement l'accent sur les techniques chirurgicales mini-invasives, qui permettent aux patientes de bénéficier d'interventions moins traumatisantes et d'une convalescence plus rapide. La clinique est spécialisée dans le traitement d'un large éventail de pathologies gynécologiques, notamment les prolapsus utérins et vaginaux ainsi que l'endométriose.
La méthode qu'il a mise au point pour traiter les prolapsus utérins, qui utilise des tissus autologues, est un excellent exemple de son esprit novateur. Son travail de pionnier en chirurgie gynécologique laparoscopique, en particulier l'introduction de la laparoscopie 3D, a considérablement amélioré la précision et la sécurité des interventions chirurgicales.
La rédaction du Leading Medicine Guide a eu l'occasion de s'entretenir avec le Prof. Dr Hornemann afin d'en savoir plus sur la gynécologie opératoire.

La gynécologie opératoire est une branche spécialisée de la gynécologie qui traite des maladies du système reproducteur féminin par voie chirurgicale. Elle englobe une multitude de procédures, allant des techniques mini-invasives aux interventions complexes. L'objectif de la gynécologie opératoire est de traiter efficacement les troubles et les maladies tels que l'endométriose, les myomes, les prolapsus utérins et vaginaux ainsi que les tumeurs malignes, tout en améliorant la qualité de vie des patientes. Grâce aux technologies de pointe et aux progrès scientifiques constants, la gynécologie opératoire permet des interventions plus précises et moins invasives, qui se traduisent par une convalescence plus rapide et moins de complications postopératoires. Grâce à des approches thérapeutiques personnalisées et à un concept de prise en charge holistique, l'accent est mis sur les besoins des femmes afin d'obtenir les meilleurs résultats thérapeutiques possibles.
Ces dernières années, la gynécologie opératoire a connu des progrès significatifs grâce à des techniques innovantes qui améliorent considérablement tant la sécurité des patientes que leur convalescence.
« Des progrès significatifs ont été réalisés, ne serait-ce que grâce à la chirurgie mini-invasive, qui est devenue de plus en plus douce. Il y a moins de lésions, moins de complications et des cicatrices plus petites – un grand avantage pour les patientes. De plus, on est aujourd’hui globalement plus prudent en matière d’interventions chirurgicales, car on cherche d’abord d’autres voies thérapeutiques. Prenons l’exemple de l’ablation de l’utérus. Il y a encore quelques années, environ 200 000 hystérectomies étaient pratiquées chaque année rien qu’en Allemagne ; aujourd’hui, ce chiffre a diminué de moitié. Cela s’explique par le fait qu’il est désormais possible de traiter les troubles hémorragiques à l’aide d’hormones ou d’autres méthodes, ce qui permet d’éviter aux femmes de subir une intervention chirurgicale. Et pour l’ablation des myomes, il est aujourd’hui tout à fait possible de pratiquer une intervention qui préserve l’utérus et ne consiste qu’à retirer la muqueuse utérine. Ici, à l’hôpital Bürger, on évalue soigneusement si une opération est vraiment nécessaire, et si c’est le cas, on s’efforce toujours de choisir l’intervention la moins invasive possible », explique le Prof. Dr Hornemann à propos de l’évolution générale de la gynécologie.
La laparoscopie 3D s’est imposée comme une avancée innovante en chirurgie gynécologique.
« La laparoscopie, l’examen de l’abdomen par caméra, a été très controversée à ses débuts. Lorsqu’un collègue de Kiel, le professeur Kurt Semm, a réalisé les premières opérations avec cette méthode, cela n’a pas suscité d’enthousiasme, et il a fallu de nombreuses années avant qu’elle ne soit véritablement acceptée. L'un des arguments contre cette technique était qu'elle ne permettait de voir qu'en deux dimensions – ce que l'on peut simuler en se couvrant un œil. Nous, les humains, voyons en trois dimensions avec nos deux yeux, et lorsqu’on ne travaille qu’en deux dimensions lors d’une opération, c’est nettement plus difficile. En 2012, j’ai introduit en Allemagne la laparoscopie 3D, qui rend visible cette troisième dimension manquante et représente les structures avec encore plus de précision. Plus on voit clairement, plus on peut opérer avec précision. À l’époque, j’organisais de nombreuses sessions d’observation au cours desquelles des confrères d’autres cliniques venaient s’essayer à cette nouvelle technique. J’entendais souvent d’eux ce commentaire : « Eh bien, n’importe qui peut le faire », car la vision en 3D était considérablement améliorée. Aujourd’hui, la laparoscopie 3D est utilisée par de nombreux chirurgiens et est devenue la norme, notamment en chirurgie robotique (par exemple avec les systèmes da Vinci). Curieusement, il y a cependant encore des collègues qui pensent pouvoir s’en passer, bien que les avantages soient évidents. Cette technique rend l’opération dans son ensemble plus détendue, car on n’a pas besoin de se représenter constamment la troisième dimension », explique le Prof. Dr Hornemann.
La chirurgie laparoscopique a débuté par des interventions sur des organes tels que l’appendice (communément appelé « appendice ») et la vésicule biliaire. En 1983, le gynécologue de Kiel, le Prof. Dr Kurt Semm, a réalisé la première ablation laparoscopique de l’appendice (appendicectomie) au monde. Quatre ans plus tard, en 1987, le Dr Mouret, à Lyon, a été le premier à réussir l’ablation d’une vésicule biliaire par laparoscopie (cholécystectomie). En Suisse, le Dr Ch. Klaiber, d’Aarberg, a réalisé la première ablation laparoscopique de la vésicule biliaire en 1989.
La visualisation plus précise des structures anatomiques a également des répercussions directes sur la durée des opérations et les taux de complications. Grâce à une identification et une gestion plus rapides des configurations tissulaires complexes, les chirurgiens peuvent réaliser les interventions de manière plus efficace. Cela permet non seulement de raccourcir la durée des opérations, mais aussi de réduire le risque de complications peropératoires, car les défis anatomiques inattendus peuvent être surmontés plus facilement. Lors d'interventions telles que l'ablation de myomes ou la reconstruction d'organes après le traitement de l'endométriose, cette meilleure visibilité permet une approche plus douce, qui endommage moins les tissus environnants. Cela peut être déterminant pour minimiser les douleurs et les complications postopératoires et raccourcir le temps de guérison.
L'accent mis sur les techniques mini-invasives en gynécologie a un impact profond sur la convalescence postopératoire et la qualité de vie des patientes.
« Bien sûr, tout dépend d’abord du type d’opération à réaliser. Il existe différentes voies d’accès pour pénétrer dans la cavité abdominale. On peut par exemple pratiquer une incision transversale, comme c’est habituellement le cas lors d’une césarienne, ce qui permet d’accéder facilement aux organes du petit bassin. En cas de lésions importantes, comme de grosses tumeurs, on pratique une incision longitudinale. Ces incisions constituent certes des blessures que le corps peut guérir, mais le tissu cicatriciel est loin d’être aussi résistant que le tissu d’origine. C’est donc un grand avantage de pouvoir éviter de telles incisions. À cela s’ajoute le fait qu’un abdomen ouvert n’offre qu’une vue limitée. En revanche, si on le gonfle avec du dioxyde de carbone, comme c’est le cas lors d’une laparoscopie, on obtient une vue complète de toute la cavité abdominale et on peut identifier toutes les structures avec précision », explique le Prof. Dr Hornemann.
Les cicatrices plus petites résultant des techniques mini-invasives sont également plus esthétiques que celles des procédures conventionnelles. De plus, des études montrent que les procédures mini-invasives sont souvent associées à des taux de complications plus faibles. Moins de problèmes postopératoires signifient des coûts médicaux réduits et moins de stress pour les patientes, ce qui a à son tour un effet positif sur leur santé mentale.
Le Prof. Dr Hornemann illustre cela par un exemple concret : « Lors d’une hystérectomie ouverte, l’incision mesure environ 15 cm, tandis que la technique mini-invasive ne nécessite que plusieurs petites incisions de 5 à 10 mm seulement. La cicatrisation est donc plus rapide et se déroule nettement mieux. Une grande incision abdominale doit être immobilisée pour bien cicatriser – un peu comme un os cassé qui est plâtré pour guérir. La durée d’hospitalisation est nettement plus courte pour les interventions mini-invasives, et de nombreuses interventions peuvent désormais être réalisées en ambulatoire. Autrefois, les femmes restaient plusieurs semaines à l’hôpital après une ablation de l’utérus. »
Endométriose : quand la maladie silencieuse réclame à grands cris qu’on s’y intéresse.
« L’endométriose est une maladie très répandue qui provoque des troubles importants chez de nombreuses femmes. L’augmentation de cette maladie s’explique par le fait que la nature a prévu que les femmes en âge de procréer soient soit enceintes, soit en période d’allaitement. Dans ces deux situations, les femmes n’ont pas de règles, ce qui est considéré comme la cause de l’apparition de l’endométriose. De nos jours, cependant, les grossesses sont planifiées ou délibérément évitées, par exemple grâce à la pilule. Avec l’augmentation du nombre de cycles menstruels, le risque que la muqueuse utérine, qui est au cœur de l’endométriose, s’implante dans la cavité abdominale augmente également. Cet épaississement tissulaire se produit généralement à proximité de l’utérus, mais peut également toucher d’autres zones. Le problème : ce tissu muqueux ne peut pas « s’écouler » chaque mois comme il le ferait de l’utérus, ce qui provoque les douleurs menstruelles typiques. Pour soulager ces douleurs, il est essentiel de retirer ce tissu par voie chirurgicale. Un traitement hormonal sans interruption mensuelle est ensuite recommandé pour prévenir de nouveaux saignements menstruels. Ces hormones doivent alors être prises jusqu’à la ménopause ou jusqu’à une grossesse planifiée », explique le Prof. Dr Hornemann à propos de la problématique de l’endométriose.
Le traitement des prolapsus utérins pose aux spécialistes plusieurs défis particuliers, tant d’ordre anatomique que liés à la patiente.
L’un des principaux défis réside dans la variabilité individuelle de l’anatomie et le degré de gravité du prolapsus. Cela nécessite un diagnostic précis et une approche thérapeutique sur mesure. De plus, de nombreuses patientes s’inquiètent souvent des répercussions du traitement sur leur qualité de vie, notamment en ce qui concerne la sexualité et la fonction vésicale.
« Tout comme pour l’endométriose, on constate également une augmentation des cas de prolapsus utérin, car les femmes ont aujourd’hui leur premier enfant à un âge nettement plus avancé qu’auparavant. Le vieillissement s’accompagne d’une modification du tissu conjonctif, que l’on peut observer, par exemple, par l’apparition de rides sur le visage ou d’autres parties du corps. Cependant, de nombreuses femmes souhaitent absolument accoucher par voie basse, même à un âge avancé, ce qui sollicite fortement le tissu conjonctif. En cas de prolapsus, les femmes ressentent d’abord une sensation gênante de corps étranger au niveau du vagin. Souvent, des problèmes supplémentaires sont signalés lors de la miction et de la défécation. Une correction chirurgicale vise à renforcer les structures affaiblies ou à les remplacer. Bon nombre des techniques mises au point n'ont pas abouti. C'est pourquoi on a finalement tenté de renforcer les tissus affaiblis à l'aide de matériaux synthétiques (filets synthétiques), ce qui fonctionne en principe bien. Mais après quelques années, on a constaté une augmentation des complications, qui étaient jusqu'alors inconnues. Lors des tentatives de retrait des mailles synthétiques, on a constaté à quel point celles-ci s’étaient soudées aux tissus, rendant leur retrait pratiquement impossible. « J'ai moi-même pratiqué cette technique pendant de nombreuses années, car il n'y avait tout simplement pas d'alternative », explique le Prof. Dr Hornemann à propos de la problématique du traitement. Il décrit ensuite comment il a eu l'idée d'utiliser des tendons autologues :
« J’ai vu un ami chirurgien traumatologue prélever un tendon de la cuisse d’un patient pour remplacer un ligament croisé déchiré au genou. J’ai été impressionné par le fait que mon collègue prélevait un tendon sur une jambe déjà endommagée sans que le patient ne subisse de lésions supplémentaires. Je me suis alors dit que si le tissu tendineux était si peu sollicité, je pouvais moi aussi l’utiliser. Et en effet, le tendon convient très bien. On peut s’en servir pour remettre l’utérus en place ou, si l’utérus a été retiré, pour fixer le vagin. Le grand avantage, c’est justement qu’on travaille avec du tissu autologue et non avec un matériau étranger. En ce qui concerne la méthode, je n’ai fait que combiner deux procédures déjà établies, ce qui a permis de la mettre en œuvre immédiatement. À l’heure actuelle, six hôpitaux en Allemagne, ainsi qu’un hôpital en Suisse et un autre en Autriche, l’utilisent. Les résultats sont encourageants dans tous les cas, et la demande des patientes augmente fortement. »
La nouvelle clinique de gynécologie opératoire du Bürgerhospital de Francfort-sur-le-Main mise sur une approche intégrative afin d’intégrer les derniers résultats de la recherche et les technologies les plus récentes dans le traitement des femmes souffrant de troubles urogynécologiques.
La nouvelle clinique de gynécologie opératoire du Bürgerhospital élargit l’éventail des traitements gynécologiques et mise sur une offre étendue ainsi que sur des procédures spécialisées et mini-invasives. Les femmes souffrant notamment de pathologies utérines, d’endométriose ou de tumeurs bénignes telles que les myomes y trouvent des options thérapeutiques modernes et adaptées à chaque cas. Une attention particulière est accordée au traitement des prolapsus utérins, qui comptent parmi les troubles les plus fréquents chez les femmes de plus de 50 ans, mais qui peuvent également toucher des femmes plus jeunes après une grossesse ou en raison d’autres facteurs de stress. Avec la création de cette clinique, le Bürgerhospital renforce son rôle de leader en gynécologie, complété par un service d’obstétrique déjà bien établi qui, avec bien plus de 4 000 naissances par an, est depuis de nombreuses années l’hôpital enregistrant le plus grand nombre d’accouchements en Allemagne.
« La réforme hospitalière est actuellement en cours, et il est donc avantageux pour les hôpitaux de s’adjoindre des compétences spécialisées. Et ici, au Bürgerhospital, cela s’est tout simplement très bien passé. Car c’est l’hôpital qui dispose du service d’obstétrique le plus important d’Allemagne, avec le plus grand nombre d’accouchements. En même temps, on ne s’était pas encore beaucoup concentré ici sur les opérations gynécologiques, ce dont je me suis désormais chargé. À cet égard, nous nous complétons très bien. Je suis ravi de pouvoir travailler ici avec une équipe formidable. Et je connais déjà très bien de nombreux collaborateurs, car nous travaillons ensemble depuis plusieurs années. « Le Bürgerhospital est un hôpital tout à fait particulier, fort d’une tradition séculaire et doté de services spécialisés, ce qui explique pourquoi mon service s’intègre parfaitement dans ce cadre », souligne le Prof. Dr Hornemann à la fin de notre entretien.
Un grand merci, Prof. Dr Hornemann, pour ces informations très utiles !
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