Entretiens avec des experts
Prothèses oculaires - Pose de prothèses en verre : entretien avec le professeur Heindl
Alexandra Pfitzmann · 12 février 2025
Le professeur Ludwig M. Heindl, titulaire de deux doctorats, est un spécialiste de renommée mondiale en chirurgie des paupières, de l'orbite, des voies lacrymales et des tumeurs, ainsi qu'en ophtalmologie générale. Il exerce au Centre d'ophtalmologie de l'hôpital universitaire de Cologne. C'est un expert dans son domaine qui jouit d'une excellente réputation grâce à sa grande expérience et à son engagement exceptionnel dans la prise en charge des patients. Le Prof. Dr Dr Heindl est professeur d'ophtalmologie et compte parmi les experts les plus reconnus dans ce domaine, tant au niveau national qu'international. Il est réputé pour sa contribution innovante à l'oncologie ophtalmologique et à la chirurgie ophtalmoplastique.
Le professeur Dr Dr Heindl est spécialisé dans la chirurgie des paupières, la chirurgie des voies lacrymales et les tumeurs des paupières et de la conjonctive. Il est un expert reconnu dans le domaine des sténoses des voies lacrymales et a mis au point une technologie au laser sans incision, qui est efficace et ne laisse aucune cicatrice. Grâce à son travail de pionnier, il a contribué de manière décisive au développement des techniques chirurgicales mini-invasives, qui améliorent considérablement l'expérience des patients. Sa collaboration interdisciplinaire au sein du comité des tumeurs, où il élabore avec d'autres spécialistes des plans thérapeutiques individuels pour les patients atteints de tumeurs oculaires, illustre bien son approche holistique. Cette prise en charge globale vise à garantir que les patients bénéficient d’une prise en charge optimale, non seulement sur le plan chirurgical, mais aussi grâce à des thérapies alternatives telles que la radiothérapie et les traitements médicamenteux.
Enfin, le suivi étroit et à long terme assuré à la clinique ophtalmologique de Cologne illustre l'engagement du Prof. Dr Dr Heindl à toujours garder à l'esprit le bien-être de ses patients. Grâce à sa profonde compréhension des maladies de l'œil et à la combinaison optimale de la théorie et de la pratique, le Prof. Dr Dr Heindl est un médecin exceptionnel qui offre à ses patients des services d'excellence et durables. Son objectif n'est pas seulement de répondre aux besoins médicaux des patients, mais aussi de les considérer et de les traiter comme des personnes ayant des besoins thérapeutiques uniques. Il garantit ainsi une prise en charge d'excellente qualité et contribue à améliorer considérablement la qualité de vie de ses patients.
La rédaction du Leading Medicine Guide a pu en apprendre davantage sur le thème des prothèses oculaires lors d'un entretien avec le Prof. Dr Dr Heindl.

Des millions de personnes dans le monde sont touchées par diverses maladies oculaires. Celles-ci peuvent varier considérablement par leur nature et leur gravité, allant de troubles visuels bénins à des pathologies graves pouvant altérer considérablement la vision et la qualité de vie. Parmi les maladies oculaires les plus courantes figurent la cataracte, le glaucome, la dégénérescence maculaire ainsi que les tumeurs, qui non seulement affectent la santé physique des yeux, mais peuvent également entraîner un stress émotionnel et psychologique. La prothèse oculaire est un domaine particulièrement sensible et souvent négligé dans le traitement des maladies oculaires. Lorsque des parties de l'œil, voire l'œil tout entier, sont perdus à la suite de blessures, de maladies ou d'interventions chirurgicales, cela peut entraîner des limitations considérables de la qualité de vie. Dans de tels cas, une prothèse oculaire peut constituer une solution importante qui tient compte non seulement des aspects esthétiques, mais offre également des avantages fonctionnels et psychologiques.
La perte d'un œil peut avoir différentes causes, tant traumatiques que médicales.
« La perte d’un œil est souvent due à des traumatismes très graves résultant d’accidents domestiques, professionnels ou sportifs. Une autre cause fréquente de la perte d’un œil est la présence de tumeurs volumineuses pour lesquelles la radiothérapie n’est plus possible et qui nécessitent l’ablation de l’œil. De plus, certaines maladies, telles que les affections oculaires chroniques ou les infections graves, peuvent également entraîner la perte de l’œil. Un infarctus oculaire peut également conduire à la perte de l’œil et est souvent associé au glaucome. Lors d’un infarctus oculaire, il se produit une occlusion vasculaire dans l’œil. En conséquence, de nouveaux vaisseaux se forment, ce qui entraîne une augmentation de la pression intraoculaire et, finalement, un infarctus. Il est donc recommandé, à partir d’un certain âge, de consulter un ophtalmologue chaque année et de faire contrôler la pression intraoculaire », explique le Prof. Dr Dr Heindl au début de notre entretien.
Des maladies systémiques telles que le diabète peuvent également jouer un rôle dans certains cas, en endommageant les structures oculaires. De plus, des complications suite à des interventions chirurgicales, telles que des opérations de la cataracte ou de la rétine, peuvent nécessiter l’ablation de l’œil. Dans de rares cas, des infections postopératoires ou d’autres réactions inattendues peuvent entraîner des lésions irréversibles. Dans tous ces cas, la pose d’une prothèse oculaire devient nécessaire lorsqu’un œil a dû être retiré.
Le Prof. Dr Dr Heindl commente à ce sujet : « En tant que médecin, il faut aborder le patient avec beaucoup de soin, de prudence et de temps. Et il faut distinguer les différents groupes de patients. Les patients victimes d’un traumatisme ou atteints d’une tumeur, par exemple, voyaient encore jusqu’à récemment avec l’œil désormais endommagé, de sorte que la perte de la vue constitue ici un bouleversement majeur dans leur vie. D’autres patients, en revanche, ont déjà subi de nombreuses opérations oculaires et ont un long passé de souffrances derrière eux ; ils perçoivent alors l’ablation de l’œil plutôt comme un soulagement. Dans ce cas, de nombreux patients déclarent qu’ils auraient dû demander cette ablation plus tôt. Dans tous les cas, la perte d’un œil est un événement qui change la vie – mais les perspectives sont très différentes.
Il existe trois méthodes chirurgicales différentes en cas de perte d’un œil.
« Il y a l’éviscération, l’énucléation et l’exentération. Ces trois méthodes se distinguent par leur technique chirurgicale et leurs indications. Lors de l’éviscération, une incision est pratiquée au niveau de la jonction avec la cornée et tout l’intérieur de l’œil est retiré – choroïde, rétine, corps vitré – puis un bouchon est placé dans la sclère et suturé comme une balle de baseball. Cela présente le grand avantage de ne pas devoir détacher les muscles oculaires, qui restent ainsi fixés à la sclère. La conjonctive est ensuite suturée, puis la prothèse est mise en place ; grâce à cette procédure, celle-ci est nettement plus mobile. Cette méthode ne peut toutefois pas être appliquée dans tous les cas. Elle ne fonctionne notamment pas en cas de tumeurs, car celles-ci ont souvent envahi la membrane oculaire, plus précisément la sclère. Et dans le cas de tumeurs malignes, on souhaite absolument obtenir une résection R0 complète. C’est pourquoi, dans ces cas particuliers, il faut opter pour la deuxième méthode chirurgicale, l’énucléation. Cette intervention consiste à ouvrir la conjonctive et à retirer l'ensemble du globe oculaire, y compris la membrane oculaire, en sectionnant les muscles oculaires externes et le nerf optique. Un implant est ensuite placé dans cette cavité, et les muscles oculaires sont suturés par-dessus. Avec cette technique, la motilité de la prothèse est légèrement moins bonne qu’avec l’éviscération. La troisième technique est l’exentération, qui est utilisée en cas de tumeur si volumineuse qu’elle envahit l’orbite. Dans ce cas, il faut vider l’orbite jusqu’à l’os. On ne pose alors pas de prothèse, mais une épithèse qui ne fait que reconstruire l’aspect de l’œil. Si l’œil a été endommagé par un événement traumatique, on peut privilégier l’éviscération. En principe, les techniques doivent être discutées individuellement avec le patient. « L'éviscération, qui est généralement privilégiée, comporte toutefois le risque d'une ophtalmie sympathique, une inflammation dirigée contre les protéines de l'autre œil sain », explique le Prof. Dr Dr Heindl à propos des méthodes chirurgicales.
Une épithèse en cas d’exentération de l’orbite consiste à mettre en place une prothèse oculaire artificielle. Elle sert à reconstruire l’aspect esthétique du visage en remplaçant l’œil perdu. L’épithèse est fabriquée sur mesure afin de se rapprocher le plus possible de l’aspect de l’œil naturel et est généralement composée de matériaux tels que le silicone ou l’acrylique. Elle contribue à améliorer l’aspect esthétique.
Les prothèses en verre offrent de nombreux avantages en prothétique oculaire, tant sur le plan esthétique que fonctionnel.
« La prothèse qui est placée sur le moignon conjonctival est couramment en verre en Allemagne. Ce verre, appelé verre cryolithique, est spécialement fabriqué en Allemagne ; il se caractérise par sa dureté exceptionnelle, sa résistance chimique et sa surface lisse, et est adapté sur mesure. En raison des événements survenus pendant et après la Seconde Guerre mondiale, l’approvisionnement en verre en provenance d’Allemagne a été interrompu. Les autres pays ont donc dû remplacer le verre, et le plastique PMMA (polyméthacrylate de méthyle) a été développé. En raison de cette évolution, on utilise encore principalement du verre dans les pays germanophones, tandis que le reste du monde utilise le plastique. De nombreuses études comparatives de qualité ont été menées, qui ont conclu que le verre est un matériau nettement supérieur au plastique, ce qui explique que la communauté scientifique recommande également le verre. Sur le plan esthétique également, le verre est bien meilleur, car son reflet est celui qui se rapproche le plus de la cornée humaine. « Le verre est en outre mieux toléré que le plastique, ce qui réduit considérablement le risque d’inflammation et diminue globalement les gênes ressenties par les patients », explique le Prof. Dr Dr Heindl à propos de la haute qualité des yeux en verre, avant d’ajouter :
« La prothèse en verre doit être remplacée une fois par an, car la surface devient plus rugueuse sous l’effet du flux lacrymal. La prothèse en plastique, en revanche, doit être poncée au bout d’un an, et le patient la conserve généralement pendant environ quatre à cinq ans. Le plastique a certes aussi son utilité : le verre peut se briser si la prothèse tombe par exemple lors du nettoyage, ce qui est toutefois extrêmement rare. Si le patient pratique un sport de combat de contact, je conseillerais plutôt le plastique. La supériorité du matériau réside toutefois clairement dans le verre ».
Le processus d’adaptation d’une prothèse oculaire est une procédure minutieuse en plusieurs étapes qui vise à garantir un ajustement optimal et un aspect naturel.
Ce processus commence généralement par un premier entretien de consultation, au cours duquel le patient est informé de ses besoins, attentes et souhaits individuels. Les aspects médicaux, tels que la cause de la perte de l’œil et l’état de santé général du patient, sont également abordés.
« Ce sont des prothésistes qualifiés qui fabriquent les prothèses – la formation de ces « ocularistes » dure entre cinq et sept ans avant qu’ils puissent adapter des prothèses oculaires. Pour la fabrication d’une prothèse oculaire, l’orbite doit être analysée afin d’identifier les reliefs correspondants. La prothèse est ensuite fabriquée à partir de prothèses semi-finies, de la taille d’une balle de ping-pong, et ajustée individuellement au patient en termes de taille et de forme, afin qu’elle s’adapte parfaitement à l’orbite. La couleur de l’autre œil est bien sûr également prise en compte et choisie en conséquence », précise le Prof. Dr Dr Heindl.
Une fois la prothèse définitive terminée, un nouvel ajustement est effectué. Au cours de cette étape, la prothèse est placée dans l’orbite et son ajustement, son confort et son esthétique sont à nouveau vérifiés. La prothèse doit être confortable et ne causer aucune irritation. Le suivi est également un élément important du processus d’adaptation. Le patient est informé de la manière dont la prothèse doit être entretenue et nettoyée correctement afin d’en maximiser la durée de vie et d’assurer une bonne hygiène. De plus, des contrôles réguliers sont effectués pour vérifier que la prothèse reste bien ajustée, car les conditions anatomiques peuvent évoluer avec le temps. Si nécessaire, des ajustements, voire le remplacement de la prothèse, sont nécessaires pour garantir une fonctionnalité et une esthétique optimales.
« Au début, chaque patient a naturellement peur de l’ablation de l’œil et de la défiguration esthétique qui pourrait en résulter. Mais cette peur finit par céder la place à la crainte de perdre la vue de l’autre œil. L’aspect esthétique n’est donc plus le problème après l’opération, mais plutôt l’inquiétude pour l’autre œil. Et c’est précisément là qu’il faut capter l’attention du patient », constate le Prof. Dr Dr Heindl. Il existe bien sûr certains risques. L’ophtalmologue commente à ce sujet : « Chez les patients plus jeunes notamment, l’orbite peut également cicatriser. De plus, un manque de volume peut survenir en raison de l’affaissement de l’orbite. Dans ce cas, une greffe de graisse est nécessaire. Il existe également le « syndrome de l'orbite sèche », une sécheresse oculaire qui touche également le côté de la prothèse, raison pour laquelle nous prescrivons très souvent des larmes artificielles aux patients ».
Les soins et l’entretien d’une prothèse oculaire en verre sont essentiels pour maximiser sa durée de vie et minimiser le risque d’infections ou d’autres complications.
Des soins réguliers et minutieux garantissent non seulement un aspect esthétique de la prothèse, mais contribuent également à la santé des tissus environnants. « Autrefois, on recommandait de ne porter la prothèse que pendant la journée et de l’enlever la nuit, ce qui est aujourd’hui à proscrire, car l’orbite peut alors se refermer. Aujourd’hui, on en sait davantage. La prothèse oculaire doit être portée en permanence. En ce qui concerne le nettoyage régulier, les recommandations ont également changé. La prothèse doit rester le plus longtemps possible dans l’orbite, car un nettoyage trop fréquent élimine également les bactéries saines et peut ainsi modifier le microbiome de l’orbite. Certains patients sont tout à fait satisfaits de porter la prothèse sans interruption pendant six mois, tandis que d’autres la nettoient une fois par semaine ou une fois par mois – c’est très individuel. Aux États-Unis, on recommande même des durées de port encore plus longues, et je conseille moi-même à mes patients de laisser la prothèse dans l’œil le plus longtemps possible », explique le Prof. Dr Dr Heindl, avant de décrire brièvement la procédure de nettoyage : « Pour retirer la prothèse de l’orbite, il existe une petite ventouse que l’on place sur la prothèse, ce qui permet au patient de la retirer facilement. L’orbite est en effet recouverte de conjonctive – le patient ne voit donc pas de trou vide avec son œil sain. Il n’en reste pas moins que la peur des patients est grande dans ce cas, et que l’ensemble du processus est en quelque sorte un acte intime ».
Impression 3D de prothèses oculaires : engouement, défis et rôle indispensable des ocularistes
« Il y a deux ou trois ans, un véritable engouement s’est développé autour de la fabrication de prothèses oculaires à l’aide d’imprimantes 3D. C’est surtout l’Angleterre qui a fortement encouragé cette évolution grâce à une start-up – une entreprise qui n’existe plus aujourd’hui. Le problème central réside toutefois dans le fait que, si l’impression 3D pour les prothèses en plastique est une idée intéressante, l’adaptation individuelle à l’orbite représente un défi particulier. La forme de l’orbite doit être mesurée avec précision. C’est difficile, car tant les paupières que l’orbite elle-même sont mobiles. Les IRM ou les scanners ne sont d’aucune aide dans ce cas, car ils ne peuvent pas rendre compte entièrement de la nature dynamique de l’orbite. En théorie, il serait possible de fabriquer une prothèse par impression 3D, mais le résultat devrait ensuite être fortement ajusté et retravaillé à la main. C'est précisément pour cette raison que le métier d'oculariste est si important et irremplaçable. En Allemagne, il existe l’association professionnelle des oculistes, qui s’occupe également de projets de recherche sur l’impression 3D de prothèses oculaires. « La recherche évolue dans ce domaine, mais pour l’instant, je déconseillerais à tout patient de se faire fabriquer une prothèse à partir d’une impression 3D », déclare le Prof. Dr Dr Heindl.
« L'ablation d'un œil est en soi toujours un aveu d'échec. Il est donc important de développer de nouvelles approches thérapeutiques encore plus efficaces afin d'épargner au patient cette étape douloureuse qu'est l'ablation d'un œil. En ce qui concerne la fabrication des yeux de verre, il faudrait faire davantage de travail de fond. Les oculistes sont à l’origine issus d’un métier artisanal, mais une étude montre qu’une prise en charge intégrée pourrait être la voie de l’avenir. Cette prise en charge devrait associer des oculistes, des chirurgiens ophtalmoplastiques, des psychologues et un ophtalmologue spécialisé qui s’occupe de l’œil restant. Des changements pourraient également intervenir à l’avenir au niveau des matériaux. Ainsi, la surface du verre pourrait par exemple être encore optimisée afin d’améliorer davantage sa tolérance – un domaine dans lequel des recherches sont également en cours », souhaite le Prof. Dr Dr Heindl. C’est ainsi que nous terminons notre entretien. »
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