Les déformations des petits orteils résultent souvent de malpositions au niveau de plusieurs articulations des orteils. La définition des différentes déformations des petits orteils dépend généralement de la déformation la plus proche du tronc :
- Dans le cas d'un orteil en griffe, on observe toujours une (sous-)luxation dirigée vers le dos du pied au niveau de l'articulation métatarsophalangienne. On entend par luxation une déboîtement. Une subluxation est un déboîtement incomplet, c'est-à-dire partiel. Le plus souvent, l'orteil en griffe s'accompagne d'une déformation en flexion au niveau de l'articulation interphalangienne et l'extrémité de l'orteil a perdu le contact avec le sol.
- Dans le cas d'un orteil en griffe, la flexion en position de flexion se situe au niveau de l'articulation intermédiaire. Le contact de la pointe de l'orteil avec le sol peut être préservé. D'autres déformations des orteils peuvent parfois être associées.
- On parle d’orteil en marteau lorsqu’il y a une flexion isolée au niveau de l’articulation terminale. La pointe de l’orteil reste alors en contact avec le sol.
- Il existe par ailleurs d'autres déformations des petits orteils, telles que le « mallet toe », le « curly toe » ou le « Taylor's bunion ».
Des petits orteils intacts et mobiles sont nécessaires à l'équilibre du pied et jouent un rôle dynamique important lors de la poussée du pied. Les déformations des petits orteils peuvent donc nuire durablement à la fonction et à la stabilité du pied.
Une tension croissante des longs tendons fléchisseurs des petits orteils peut être à l'origine des déformations des petits orteils.
- souvent des facteurs externes, tels que des chaussures trop étroites ou des accidents,
- plus rarement des facteurs physiques, tels que des petits orteils trop longs (ce qu'on appelle le pied grec) ou
- des maladies neurologiques.
La plupart du temps, les déformations des petits orteils accompagnent d'autres déformations du pied, comme par exemple l'hallux valgus. On observe également souvent des déformations des petits orteils en cas de pied creux.

Illustration d’un orteil en griffe comme exemple de déformation des petits orteils © rob3000 | AdobeStock
Si des chaussures inadaptées sont à l'origine d'une déformation, des callosités se forment au-dessus de l'articulation médiane de l'orteil. En cas de transfert de charge perturbé (pathologique) lors de la marche, des callosités apparaissent sous l'articulation métatarsophalangienne.
Souvent, les personnes concernées ne peuvent pas toucher le sol avec le bout de l'orteil. Parfois, des troubles de la croissance de l'ongle de l'orteil apparaissent également.
Avec le temps, des douleurs apparaissent, y compris au niveau des orteils voisins non touchés. En raison de ces douleurs, les personnes concernées finissent tôt ou tard par consulter un médecin.
Le médecin examine les articulations à la recherche des manifestations visibles de l'extérieur et des déformations mentionnées. Il évalue également la stabilité des articulations ainsi que leur mobilité résiduelle.
Une radiographie du pied en position debout permet ensuite de confirmer le diagnostic.
Dans certains cas, des examens complémentaires, tels qu'une mesure de la pression plantaire, peuvent s'avérer nécessaires. La mesure de la pression plantaire est souvent utilisée en préparation d'une chirurgie de révision. On entend par chirurgie de révision les interventions visant à corriger une première intervention qui n'a pas donné de résultats satisfaisants.
L'imagerie par résonance magnétique (IRM) ne joue pas non plus un rôle essentiel dans le processus diagnostique. Elle n'est utilisée que pour exclure d'autres pathologies. Cela s'avère nécessaire lorsque les symptômes présents ne sont pas suffisamment clairs pour établir un diagnostic certain.
En principe, des mesures conservatrices (non chirurgicales) et chirurgicales sont possibles pour corriger les déformations des orteils.
Les méthodes conservatrices ne permettent toutefois de corriger une déformation des orteils que pendant la période de croissance. Chez l'adulte, seule une intervention chirurgicale permet de corriger une déformation des orteils.
Dans certains cas, des mesures conservatrices sont utilisées chez l'adulte afin d'éviter une aggravation. Les dispositifs disponibles dans le commerce (« correcteurs d'orteils ») suggèrent certes une correction sans opération, mais ils ne garantissent pas le succès.
Traitement conservateur des déformations des petits orteils
Parmi les mesures conservatrices utiles, on peut citer une adaptation adéquate de la chaussure à la déformation. Il faut veiller à ce que la pointe soit suffisamment large et que le dessus soit en cuir souple.
Les semelles de soutien pour les chaussures constituent également une mesure courante. Elles sont destinées à soutenir les os du métatarse derrière leurs « têtes ». Un rembourrage en mousse souple est utile pour les têtes des orteils.
De plus, de nombreuses personnes concernées trouvent également utiles les petits coussinets interdigités.
Traitement chirurgical des déformations des petits orteils
Le choix de la technique chirurgicale dépend
- de la stabilité ou de l'instabilité des articulations des orteils et
- si la déformation en flexion est souple ou contractée.
En cas de flexion flexible au niveau de l'articulation interphalangienne proximale, le transfert du tendon fléchisseur peut être envisagé comme technique chirurgicale. La condition préalable est que l'articulation métatarsophalangienne soit stable. On parle ici de la technique de Girdlestone-Taylor.
Le tonus excessif du tendon fléchisseur est alors redirigé vers le côté extenseur de l'orteil. Il en résulte une extension de l'articulation métatarsophalangienne et de l'articulation interphalangienne proximale. Le résultat est stabilisé à l'aide d'un bandage adhésif pendant 3 semaines.
Si l'articulation métatarsophalangienne est stable et qu'il existe une contracture en flexion de l'articulation interphalangienne proximale, une « arthroplastie par résection » de la tête de la phalange proximale est possible (technique de Hohmann).
Lors de cette intervention, le phalange proximale est raccourcie d’environ un tiers, de sorte que l’articulation interphalangienne proximale puisse être mise en extension. Le résultat est stabilisé à l’aide d’un fil métallique pendant 3 semaines.
En cas d’articulation métatarsophalangienne instable avec (sub)luxation du phalange, il faut d’abord corriger cette malposition. L'« ostéotomie de déplacement de la tête métatarsienne » (technique de Weil) est indiquée à cet effet. La tête métatarsienne est alors raccourcie de manière à obtenir une articulation stable. Pour la stabiliser, l'ostéotomie est fixée à l'aide d'une vis.
Jusqu’à la consolidation complète, le port d’une chaussure de contention spéciale est souvent recommandé. Une « chaussure de décharge de l’avant-pied » est également envisageable. Vous devrez porter cette chaussure pendant 4 à 6 semaines, en fonction de l’ampleur de l’intervention.
Une prophylaxie antithrombotique, c'est-à-dire des mesures préventives contre la thrombose, est souvent recommandée pendant cette période. Cela est particulièrement nécessaire lorsque le pied concerné ne doit pas supporter tout le poids du corps.
Peu après l'opération, des mesures décongestionnantes sont également mises en place, telles que
- la surélévation,
- l'application de glace au début,
- et, le cas échéant, un drainage lymphatique.
De plus, une rééducation est mise en place. Une attention particulière est portée à
- la flexion de l'articulation métacarpophalangienne,
- la capacité d'extension de l'articulation intermédiaire et
- au renforcement de la musculature intrinsèque du pied.
Ces exercices peuvent ensuite être rapidement réalisés de manière autonome à domicile.
En cas d’indication certaine et d’application correcte de la technique chirurgicale, on peut s’attendre à une nette amélioration de la déformation initiale du pied. En règle générale, les douleurs associées ont disparu à la fin de la phase de guérison.
Dans certains cas isolés, malgré une intervention des plus minutieuses, une limitation extrême de la mobilité persiste au niveau de l'articulation métatarsophalangienne et de l'articulation interphalangienne. Celle-ci n'a toutefois aucune importance sur le plan fonctionnel, ou tout au plus une importance mineure. Elle n'entraîne pas non plus de perturbation perceptible ou visible de la démarche.
Pour bon nombre de ces opérations, une intervention en ambulatoire est tout à fait possible. Le patient n'a donc pas besoin de rester à l'hôpital, mais peut rentrer chez lui le jour même de l'opération.
Il doit toutefois s'attendre à une convalescence de 4 à 8 semaines. Celle-ci dépend de la méthode de traitement et de la technique chirurgicale.
Par la suite, le patient peut reprendre progressivement ses activités sportives. La capacité à pratiquer un sport devrait être entièrement rétablie après 12 semaines (pour les « sports de type stop-and-go »).